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JEAN- JACQUES EST UN PARESSELTS: LABORIEUX

Sur la fin de sa vie. Jean-Jacques n'écrit plus que pour se délasser, pour épancher son âme ou pour dénoncer les noirs complots auxquels il croit de plus en plus. Sa vigueur décroît: mais son charme augmente. Quand il quitte son ton de plaidoirie, ou ses accès d'humeur noire, quel peintre de lui-même et de l'homme en général! que d'iiurnanité et d'innocence! quelle douce et insinuante psychologie!

Jean-Jacques est indolent, paresseux, comme tous les contemplatifs ; mais cette paresse n'est que dans sa tête. Il ne pense qu'avec effort, il se fatigue à penser, il s'effraie de tout ce qui l'y force, à quelque faible degré que cesoit, et s'il faut qu'il réponde à un bonjour avec quelque tournure, il en sera tourmenté. Cependant il est vif, laborieux à sa manière. Il ne peut souffrir une oisiveté absolue : il faut que ses mains, que ses pieds, que ses doigts agissent*, que son corps soit en exercice, et que sa tête reste en repos. Voilà d'où vient sa passion pour la promenade : il y est en mouvement sans être obligé de penser. Dans la rêverie on n'est

1. Sur la fin de sa vie, il avait invenlc tle faire des lacets pour s'occuper.

point actif. Les images se tracent dans le cerveau, s'y combinent comme dans le sommeil, sans le concours de la volonté ; on laisse à tout cela suivre sa marche, et Ton jouit sans agir. Mais quand on veut arrêter, fixer les objets, les ordonner, les arranger, c'est autre chose : on y met du sien. Sitôt que le raisonnement et la réllexion s'en mêlent, la méditation n'est plus un repos; elle est une action très pénible, et voilà la peine qui fait l'effroi de Jean-Jacques, et dont la seule idée l'accable et le rend paresseux. Je ne l'ai jamais trouvé t^l que dans toute œuvre où il faut que l'esprit agisse, quelque peu que ce puisse être. Il n'est avare ni de son temps ni de sa peine, il ne peut rester oisif sans souffrir; il passerait volontiers sa vie à bêcher dans un jardin pour y rêver à son aise ; mais ce serait pour lui io })lus cruel supplice de la passer dans un fauteuil, et fatiguant sa cervelle à chercher des riens pour amuser des femmes. /, j (>t«^-^*tV-^'.-

De plus, il déteste la gêne autant qu'il aime l'occupation. Le travail ne lui coûte rien, pourvu qu'il le fasse à son heure, et non pas à celle d'autrui. Il porte sans gêne le joug de la nécessité des choses, mais non celui de la volonté des hommes. Il aimera mieux faire une tache double en prenant son temps, qu'une simple au moment prescrit.

A-t-il une affaire, une visite, un voyage à faire? il ira sur-le-champ, si rien ne le presse; s'il faut aller à l'instant, il regimbera. Le moment où, renonçant à tout projet de fortune pour vivre au jour la journée, il se défit de sa montre, fut un des plus doux de sa vie. Grâces au ciel, s'écria-t-il dans un transport de joie, je n'aurai plus besoin de savoir l'heure qu'il est! {Deuxième Dialogue.)

V lA RÊVERIE DE JEAN-JACQUES.

Nouvelles études de Rousseau sur lui-même.

Un cœur actif et un naturel paresseux doivent inspirer le goût de la rêverie. Ce goût perce et devient une

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passion 1res vive pour peu qu'il soil seconde parTimap-Hialion. C'est ce qui arrive très l'récfuemment aux Orientaux. C'est ce qui est arrivé à Jean-Jacques, qui leur ressemble à bien des égards. Trop soumis à ses p^ sens pour pouvoir en secouer le joug, il ne s'élèverait pas sans peine à des méditations purement abstraites, et ne s'y soutiendrait pas longtemps. Mais cette faiblesse d'entendement lui est peut-être plus avantageuse que ne serait une tête plus philosophique. Le concours des objets sensibles rend ses méditations moins sèches, plus douces, plus illusoires, plus appropriées à lui tout entier. Lajiature s'habille pour lui des formes les plus charmantes, se peint à ses yeux des couleurs les plus vives.se peuple pour son usage d'êtres selon son cœur : et lequel est le plus consolant dans l'infortune, de profondes conceptions qui fatiguent, ou de riantes fictions f[ui ravissent et transportent celui c|ui s'y livre au sein de la félicité? Il raisonne moins, il est vrai, mais il jouit davantage : il ne perd pas un moment pour la jouissance, et sitôt qu'il est seul, il est heureux.

La rêverie, c|uelque douce rju'elle soit, épuise et fatigue à la longue, elle a besoin de délassement. On le trouve en laissant reposer sa tête et livrant unicfuement ses sens à l'impression des objets extérieurs. Le plus indifférent spectacle a sa douceur par le relâche qu'il nous procure : et, pour peu que l'impression ne soit pas ,

tout à fait nulle, le mouvement léger dont elle nous agite suffit pour nous préserver d'un engourdissement léthargic{ue et nourrir en nous le plaisir d'exister, sans donner de l'exercice à nos facultés. Le contemplatif Jean-Jacques, en tout autre temps si peu attentif aux objets qui l'entourent, a souvent grand besoin de ce repos, et le goûte alors avec une sensualité d'enfant dont nos sages ne se doutent guère. Il n'aperçoit rien, sinon quelque mouvement à son oreille ou devant ses yeux; mais c'en est assez pour lui. Non seulement une parade de foire, une revue, un exercice, une procession l'amusent : mais la grue, le cabestan, le moulin*, le jeu

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