‹ Pages choisiesChapitre 89 sur 202 · PORTRAIT DE M""^ D HOUDETOT · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M""^ D HOUDETOT

M"^ d'Houdetot était la belle-sœur de M""^ d'Épinay. Rousseau en fut longtemps épris, et il y paraît dans ce portrait si délicatement caressé.

M"^ la comtesse d'Houdetot approchait de la trentaine, et n'était point belle; son visage était marqué de la petite vérole; son teint manquait de finesse; elle avait la vue basse et les yeux un peu ronds : mais elle

1. Nous avons déjà vu M"* de Verdclin dans le morceau : La lapidalion de Moliers.

avait Tair jeune avec tout cela; et sa physionomie, à la! fois vive et douce, était caressante ; elle avait une forêt' de grands cheveux noirs, naturellement bouclés, qui lui tombaient au jarret. Sa taille était mignonne, et elle mellait dans tous ses mouvements de la gaucherie et de la grâce tout à la fois. Elle avait l'esprit très naturel et très agréable ; la gaieté, Fétourderie et la naïveté s'y mariaient heureusement : elle abondait en; saillies charmantes qu'elle rie recherchait point, et qui partaient quelquefois malgré elle. Elle avait plusieurs talents agréables, jouait du clavecin, dansait bien, fai sait d'assez jolis vers. Pour son caractère, il était angelique; la douceur d'àme en faisait le fond; mais, hors la prudence et la force, il rassemblait toutes les vertu Elle était surtout d'une telle sûreté dans le commerce^ d'une telle fidélité dans la société, que ses ennemi même n'avaient pas besoin de se cacher d'elle. J'entends par ses ennemis ceux ou plutôt celles qui la haïssaient car, pour elle, elle n'avait pas un cœur qui put haïr, e\ je crois que cette conformité contribua beaucoup à me passionner pour elle. Dans les confidences de la plus intime amitié, je ne lui ai jamais ouï parler mal des absents, pas même de sa belle-sœur*. Elle ne pouvai ni déguiser ce qu'elle pensait à personne, nimêmecon traindre aucun de ses sentiments. Enfin, ce qui prouve sans réplique la pureté et la sincérité de son excellen naturel, c'est qu'étant sujette aux plus énormes dis tractions et aux plus risibles étourderies, il lui en échappait souvent de très imprudentes pour elle-même, mais jamais d'offensantes pour qui que ce fût. {Confessions, II, IX.)

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