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PORTRAIT DE M. DE GAUFFECOURT

Capperpnnier de Gauffecourt est surtout connu par son amitié pour Rousseau, et par ses goûts de bibliophile. — Né en 1G91 à Paris, mort au mois de mars 17G6.

M. de Gauffecourt était un des hommes les plus aima-

1. Rousseau croit alors avoir beaucoup à se plaindre de M"' d'Epinay. D'où ce trait.

l^les qui aient existé. Il était impossible de le voir sans lainier, et de vivre avec lui sans sy attacher tout à lait. Je n"ai vu de ma vie une physionomie plus ouverte, plus caressante, qui eût plus de sérénité, qui marquât l»lus de sentiment et d'esprit, qui inspirât plus de confiance. Quelque réservé qu'on put être, on ne pouvait, (lès la première vue, se défendre d "être aussi familier avec lui que si on l'eût connu depuis vingt ans; et moi qui avait tant de peine d'être à mon aise avec les nouveaux visages, j'y fus avec lui du premier moment. Son ton. son accent, son propos, accompagnaient parfaite ment sa physionomie. Le son de sa voix était net, plein, Men timbré, une belle voix de basse, étoffée et mordante, qui remplissait l'oreille et sonnait au cœur. Il est impossible d'avoir une gaieté plus égale et plus riouce, des grâces plus vraies et plus simples, des talents plus agréables et cultivés avec plus de goût. Joignez à cela un cœur aimant, mais aimant un peu ii'op tout le monde, un caractère officieux avec peu de rlioix. servant ses amis avec zèle, ou plutôt se faisant l'ami des gens qu'il pouvait servir, et sachant faire très adroitement ses propres affaires en faisant très chaudement celles d'autrui. Gauffecourt était fils d'un simple horloger, et avait été harloger lui-même. Mais sa figure et son mérite l'appelaient dans une autre sphère, où il ne tarda pas d'entrer. Il fit connaissance avec M. de la Closure, résident de France à Genève, qui le prit en amitié. Il lui procura à Paris d'autres connaissances qui lui furent utiles, et par lesquelles il parvint à avoir la fourniture des sels du Valais, qui lui valait vingt mille livres de rente. Ce qu'il y eut de plus rare let de plus honorable pour lui fut qu'ayant des liaisons pans tous les états, il fut partout chéri, recherché de 'fout le monde, sans jamais être envié ni haï de personne; et je crois qu'il est mort sans avoir eu de sa vie un seul ennemi. Heureux homme! Il venait tous les ans aux bains d'Aix. où se rassemble la bonne compagnie jJes pays voisins. Lié avec toute la noblesse de Savoie, ^' !il venait d'Aix à Chambéri voir le comte de Bellegarde,

el son père le marquis d'Antremont, chez qui M"" de Warens fit et me fit laire connaissance avec lui. Cette connaissance, qui semblait devoir n'aboutir à rien, et fut nombre d'années interrompue, se renouvela dans l'occasion que je dirai, et devint un véritable attachement. C'est assez pour m'autoriser à parler d'un ami avec cjui j"ai été si étroitement lié; mais, quand je ne prendrais aucun intérêt personnel à sa mémoire, c'était un homme si aimable et si heureusement né, que, pour l'honneur de resi)èce humaine, je la croirais toujours bonne à conserver. {Confessions, I, v.j

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