INTRODUCTION XXI II
Pour ne citer qu'un exemple^ Vlmmense GardiMi City quunc société puissante est en train (Védifier au nord du llertfordshire^ près de Ilitch in ^ d 34 milles de Londres^ avec un capital de 300 000 livres sterling^ est une adaptation pratique, très différente dans sa for/ne, mais semblable dans son esprit, des idées de Vautenr de Unto this last et de la Couronne d'olivier sauvage. Car, premièrement, c'est le retour à la vie dans les champs, prophétisée par Ruskin, et secondement — ce qu'ion n'eût jamais imaginé avant lui, — des artistes ont été appelés en un grand concours pour donner à ces maisons de travailleurs, à ces milliers de petites demeures, un aspect esthétique, c'est-à-dire un aspect riant, gai, qui attire, retienne, et fasse revenir V ouvrier le plus tôt possible après sa journée de travail.
Avec le temps, l'émotion soulevée par sa dernière phase de combat s'est calmée. Tandis qu'il se retirait dans la région des lacs, à Brantwood, sur le lac de Coniston, pour y écrire ses souvenirs intitulés Praeterita et pour y passer les longues années de la vieillesse où sa pensée fatiguée s'endormait, dans un rêve à demi conscient, l'apaisement se faisait et le (( Prophète » recueillait, peu à peu, les una-
XXIV INmODUOTION
nimes hommages de son peuple^ depuis le prince de Galles {Edouard VII) jusqu^au chef des positivistes anglais^ Frédéric Ilarrison. Celui-ci^ pour célébrer le 80^ annii^ersaire de Ruskin (8 février 1899), écrivait ces lignes bien significatives :
« Franchement, bien que je sois le dernier homme qui s'enrôlerait jamais dans la Guilde de Saint-George qu'a fondée Ruskin et qu'au contraire je puisse être considéré comme un enfant du Dragon que saint George a pour mission de tuer, cependant je suis plein des sentiments que ce 80® anniversaire de Ruskin m'inspire. Cette longue vie qui mesure quatre règnes, commença à une époque de souffrance pour notre peuple, de grossièreté, de vulgarité et de réaction. Les grands écrivains des premiers jours de notre Reine sont tous disparus : Macaulay et Carlyle, Dickens et Thackeray^ Charlotte Bront'è et George Eliot, Tennyson et Browning. Avec eux aussi s"* en sont allés Millais et Leighton, Burne-Jones et Morris, Mill et Darwin, Froude et Freeman, Newman et Maurice, Symonds et Matthew Arnold, tous partis et, dans une certaine mesure, oubliés. De tous les hommes éminents du milieu de ce siècle, il reste Spencer, en philosophie;
iNrnoDucTioi^ xx\
Jtuskin, en littérature. El, en littcraturCj sûrement, Rnskin peut se tenir au milieu d'eux tous. Mais ce n'est point à son pouvoir littéraire que je i^eux penser surtout, aujourd'hui, bien que son don d'éloquence, en prose, n'ait jamais été surpassé dans notre langue. Je préfère reposer ma pensée sur l'immense impulsion qu'il nous a donnée pour arriver à une appréciation élevée de la Nature et de la Vie, Son enseignement artistique n'a jamais été qu'une espèce de préface à son enseignement d'honnêteté, de pureté, de discipline et de religion. S'il a hérité une grande fortune, ce fut seulement pour la semer largement dans le public et parmi les pauvres. Lorsqu'il a eu rassemblé des trésors sans prix, il les a donnés ensuite avec une munificence insouciante,,. Personne n'a gagné autant d'argent que lui, avec sa plume, dans les temps modernes. Mais il n'a gagné cet argent que pour pouvoir fonder des musées, enrichir des galeries publiques, aider des tra'y^ ailleurs pauvres... Que nous importent ses erreurs, ses faiblesses, ses bévues ou même ses folies? Est-ce que le Christ, ou Bouddha, ou saint François, furent de si parfaits hommes d'affaires, de si bons modèles de prudence?