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ROMAINE

On appelle « campagne romaine ^, la plaine qui t*étend autour de Rome entre la mer, les monts Albains et ceux de la Sabine, et qui n*est qu'un vaste désert couvert de ruines, et dont à peine un dixième est labouré. La malaria ou fièvre des marais empêche ce pays d*être habité. La partie de ce désert dont il est le plus souvent question dans les descriptions, et que montre, ici, Ruskin, est celle qui s'étend au sud de Rome, à droite et à gauche de la voie Appienne, t^mée de tombeaux antiques» au-dessus des Catacombes, et qui supporte les immenses aqueducs ou tronçons des aqueducs construits par les Romains pour amener dans la ville Teau des montagnes.

IL n'est peut-être rien sur la terre de plus impressionnant que la campagne de Rome, au soleilcouchant. Imaginez, pour un moment, que vous êtes jeté, seul, hors de tous les bruits et de tous les mouvements du monde vivant, dans cette plaine inculte et dévastée. La terre cède et s'émiette sous votre pied, si légèrement que vous marchiez, car sa substance est blanche, creuse et cariée comme des débris d'ossements humains. L'herbe longue et noueuse ondule et tressaute faiblement auvent

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du soir et ses ombres mouvantes tremblent fébrilement le long des tertres de ruines qui se dressent dans la lumière du soleil. Des monticules d'une terre pulvérulente se soulèvent autour de vous^ comme si les morts qui sont au-dessous, s'agitaient dans leur sommeil. Des blocs épars, d'une pierre noire, débris anguleux de puissants édifices dont pas une pierre ne reste posée sur l'autre, gisent sur ces morts pour les empêcher de surgir... Une brume violacée, lourde de miasmes, s'étend horizontalement le long du désert, voilant les épaves spectrales de ces ruines massives, tandis que sur leurs déchirures, repose la rouge lumière du soir, ainsi que sur des autels qu'on a violés, un feu qui va mourir. La chaîne bleue des monts Albains se dresse sur la solennelle étendue d'un ciel vert, clair et quiet. Des nuages sombres se tiennent immobiles le long des promontoires des Apennins, comme des tours d'alarme. Se dirigeant de la plaine vers les montagnes, les aqueducs ruinés s'enfoncent dans l'ombre, arche après arche, comme des files obscures et innombrables de pleureurs funéraires qui quitteraient le tombeau d'une nation.

{Les Peintres modernes.)

Quelles sont les caractéristiques de chaque arbre, de chaque plante, de tout ce qui constitue le " voile de la terre " et ce qui sert d'intermédiaire entre le sol géologique dur, inhospitalier et le vivant qui l'habile, Thomme ? Voilà ce que doit savoir le paysagiste et ce que Ruskin étudie, pour lui, dans les Peintres modernes. Son point de vue est toujours le point de vue de l'artiste et c'est, par là, qu'il peut démêler, beaucoup mieux que le savant, les causes subtiles des impressions que nous ressentons devant telle plante, telle fleur.

UN enfant classerait les plantes en deux catégories : les arbres et les fleurs. Si, cependant, nous allons le prendre au printemps, au moment où il a ramassé plein ses bras de marguerites et si, le faisant passer de la prairie au verger, nous lui demandons comment il appelle ces guirlandes de fleurs, plus riches, dont les frêles pétales projettent en Fair leur écume pleine de promesses entre lui et le ciel, il sentira, tout de suite, la nécessité de quelque dénomination intermédiaire et les appellera peut-être des « fleurs d'arbres ». Menons-le ensuite devant un bou

leau et montrons-lui que les « chatons » des arbres sont des fleurs aussi bien que les fleurs des cerisiers, cet enfant pourra, si nous l'aidons un peu, arriver à classer les fleurs en deux catégories : celles qui poussent par terre et celles qui poussent sur les arbres.

Le botaniste sourirait d'une telle classification. Mais le peintre, pas. Pour lui, comme pour l'enfant, il y a quelque chose de spécifique et de distinctif dans ces troncs rugueux qui portent plus haut les fleurs. Pour lui, la principale différence entre une plante et une autre est que l'une fait l'effet d'une lumière sur le sol, l'autre d'une ombre sur le ciel. Et si, après cela, nous réclamons un coup de main du botaniste, et, laissant là les fleurs, s'il nous amène à considérer plus attentivement les feuilles et les bourgeons, nous pourrons justifier, même à ses yeux, notre puérile classification. Elle est la plus suggestive et la plus convenable à notre dessein présent, — que celuici soit justifiable ou non. Les plantes peuvent être, en effets réparties en deux grandes classes : les premières que nous pouvons, avec quelque avantage, appelerles/)/an^65 nomades. Elles vivent en campement sur le terrain comme les lys, ou sur la surface du rocher ou

sur les liges des autres plantes, comme les lichens et les mousses. Elles vivent, quelquesunes une année, quelques-unes plusieurs années, quelques-unes des myriades d'années, mais lorsqu'elles périssent, elles passent comme l'Arabe passe avec sa tente ; elles ne laissent aucun monument commémoratii d'elles-mêmes, sauf la semence ou l'oignon ou la racine qui n'est que pour perpétuer la race. L'autre grande classe de plantes pourrait peut-être s'appeler les plantes qui bâtissent. Celles-ci ne vivent pas sur le terrain, mais élèvent sur lui, avec ardeur, des édifices. Chacune d'elles trime dur, durant toute sa vie, dans un esprit solennel de prévoyance. Lorsqu'elle périt, elle laisse son œuvre en la forme qui sera la plus utile à ses successeurs; son propre monument est leur héritage. Nous appelons ces édifices architecturaux des « arbres ». On pourrait penser que cette nomenclature implique déjà quelque théorie. Mais je ne me soucie ni de nomenclature, ni de quoi que ce soit de discutable lorsque je décris ces classes. Le lecteur est averti de leur donner tel nom qu'il préfère et d'en faire telle description qu'il trouve la plus commode. Mais, pour nous, artistes ou amateurs d'art,

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la première question et la plus vitale touchant une plante est celle-ci : a-t-elle une forme fixe ou une forme changeante? La trouver ai-je toujours comme je trouve aujourd'hui cette Parnassie des marais^ avec une seule feuille et une seule fleur, ou peut-elle, quelque jour, présenter une incalculable pompe de feuilles et un incommensurable trésor de fleurs? S'élèvera-t-elle seulement à la hauteur d'un homme comme un épi de blé et périra-t-elle, comme un homme, ou étendra-t-elle ses rameaux sur la mer et ses branches sur le fleuve, élargissant dans le ciel son cercle d'ombre durant un millier d'années?

Telle est, je le répète, la première question que je pose à une plante, et selon sa réponse, je la range de l'un ou de l'autre côté, parmi celles qui se reposent ou celles qui travaillent, celles qui vivent sous la tente, qui ne travaillent ni ne filent ou les bâtisseurs d'arbres dont les jours sont comme les jours d'une nation. Je trouve, de plus, si j'interroge un peu plus avant ces plantes qui se reposent, qu'un groupe d'entre elles se repose indéfiniment, satisfaites, sur le sol, mais que celles d'un autre groupe^ plus ambitieuses, rivalisent avec les bâtisseurs ; et quoiqu'elles ne puissent

pas construiro vraiment bien, s'i^riji^cnt à elles-mêmes des colonnes, du milieu des ruines des gent^rations passées. Là-dessus, elles vivent la vie de saint Simeon Stylite, et on les appelle par courtoisie des « arbres », beaucoup d'entre elles dtant, comme les palmiers par exemple, tout à fait aussi imposantes que de vrais arbres.

Nous pouvons appeler ces deux classes : plantes qui vivent sur terre et plantes qui vivent sur des colonnes.

Enfin, en interrogeant les vrais bâtisseurs sur leur mode de travail, je trouve qu'on peut aussi les diviser en deux grandes classes. Sans prétendre le moins du monde que le lecteur acceptera cette fantaisiste nomenclature, je pense que le plus avantageux pour lui serait de se les rappeler comme bâtisseurs avec le bouclier^ ou bâtisseurs avec Vépée.

Les bâtisseurs avec le bouclier sont les arbres qui ont des feuilles étalées, lesquelles ressemblent plus ou moins à des boucliers, un peu par leur forme, mais bien plus encore par leurs fonctions, car sous leur ombre élevée, le jeune bourgeon de Tannée précédente est gardé de tcut mal. Ce sont les plus aimables de tous les bâtisseurs ; ils vivent dans des

lieux agréables, et assurent à l'homme nourriture et abri. Les bâtisseurs avec l'épée, au contraire, ont des feuilles affilées en forme d'épée et les jeunes bourgeons, au lieu d'être aussi nombreux que les feuilles et de se blottir chacun à l'ombre d'une feuille, sont rares et croissent sans crainte, chacun au beau milieu d'une gerbe d'épées. Ces bâtisseurs vivent dans des lieux sauvages, sont d'une couleur sombre et sévère, et quoiqu'ils viennent sérieusement en aide à l'homme, simplement par leur force physique, ils ne lui donnent (à peu d'exceptions près) ni nourriture, ni un bien complet abri. Leur façon de bâtir est plus rude que celle des bâtisseurs avec le bouclier et, en plusieurs points, ils ressemblent aux plantes à colonnes de l'ordre opposé. Nous les appelons généralement des « pins ».

(Les Peintres moder?ies.)

Après avoir observé, dans l'arbre, le bourgeon, la feuille, la tige et les branches, Ruskin se met, ici, â étudier les ombres des feuilles, la manière dont le feuillage est disposé. A ce point de vue, il a divisé les arbres en arbres qui bâtissent avec le bouclier et en arbres qui bâtissent avec l'épée. Et parmi ces derniers, le plus caractéristique lui parait être le Sapin de la haute montagne. Il le regarde attentivement, démêle en quoi il diffère esthétiquement des arbres de la plaine et quel est son rôle singulier dans la nature vis-à-vis de 1 homme et voici l'hymne qu'il lui dédie :

DE toutes les adaptations de la Nature à l'esprit de l'homme, une des plus curieuses est celle-ci : que les arbres spécialement créés pour servir d'ornements aux monts les plus sauvages se trouvent être, dans leur contour général, ceux dont la forme est la plus rigoureusement définie. La vigne, qui est faite pour être la compagne de Fliomme, croît avec une docilité capricieuse, retombe en festons auprès des champs qu'il cultive, ou sert de toit aux allées de son jardin, ou projette, tout Tété, de l'ombre sur sa porte. Toujours associée à une culture proprette, elle fournit tous les éléments possibles de charme sauvage. Le

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sapin, au contraire, placé presque toujours parmi des scènes de désordre et de désolation, leur apporte tous les éléments possibles d'ordre et de précision.

labre aux arbres des plaines de se pencher de côté ou d'autre, bien que leurs têtes ne sentent guère passer sur elles que la brise de la vallée ou que leurs troncs ne portent que quelques touffes de primevères I Mais que la^ tempête et l'avalanche soient à leur paroxysme, ♦ il suffit que le sapin trouve sur le plan vertical du précipice un ressaut oii s'accrocher et il croîtra droit vers le ciel. Tirez une ligne depuis sa plus haute tige jusqu'à sa base, elle se dirigera juste vers le centre de la terre aussi longtemps que l'arbre vivra.

Libre encore aux branches de la plaine de vaguer par-ci, par-là, à la recherche de ce dont elles ont besoin et d'affecter toutes sortes de formes et d'extensions irrégulières I Mais le sapin est habitué à n'avoir besoin de rien et à endurer tout. Il est un ensemble se suffisant à lui-même, maîtrisant ses aspirations, ne désirant rien que d'être droit, content d'une perfection limitée. Géant ou nain, il sera droit. Petit ou gros, il sera rond.

Libre, aussi, à la mollesse de ces arbres

dos plaines de chercher la gaieté d'unéventaire de ileurs ou la gentillesse d'une charitable distribution de fruits. Nous autres qui bâtissons avec Tëpee, nous avons à remplir pour l'homme une tache plus rude et nous devons la remplir en bataillons serrés. Arrêter le glissement des neiges de la montagne, qui pourraient Tensevelir; retenir en gouttes divisées à la pointe de nos épées, la pluie qui le balaierait lui et les trésors de ses champs; ménager dans l'ombre, parmi nos brunes feuilles mortes, les sources qui alimentent les rivières pendant la sécheresse; opposer un massif bouclier au vent d'hiver qui siffle à travers les branches nues de la plaine, — voilà ce que nous devons faire pour Thomme, sans faillir, tant que nous vivons. Nos corps, aussi, sont à son service : plus faciles à travailler que les corps des autres arbres, quoique notre tâche soit plus rude que les leurs. Qu'il nous emploie comme il voudra pour ses maisons ou ses navires.

Libre, enfin, à ces timides arbres des plaines de trembler de toutes leurs feuilles ou d'en tourner le pâle revers vers le ciel au moindre souffle de pluie qui passe, ou délaisser tomber leurs feuilles à la fin, malades et desséchées.

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Mais nous, sapins, nous devons vivre, sans que personne prenne soin de nous parmi le courroux des nuages. Nous nous contentons de soulever et d'abaisser nos branches, ça et là, quand la tempête nous assaille, — comme des hommes soulevant un peu leurs bras et les laissant retomber dans un rêve.

Enfin, ces faibles arbres des plaines peuvent soutenir une vaine lutte pour conserver quelques restes de vie, et pousser de faibles rejetons issus de leurs racines quand le tronc a été coupé. Mais nous autres, bâtisseurs avec Tépée, nous périssons impassibles ; notre agonie sera parfaite et solennelle comme notre combat ; nous donnons nos vies sans marchandage et pour toujours.

Je prie le lecteur de fixer pour un moment son attention sur ces deux grands caractères du sapin : sa droiture et sa rondeur parfaites; tous les deux merveilleux et, dans leur résultat, charmants, quoique jusqu'ici ils aient empêché cet arbre d'être dessiné. Je dis, d'abord, sa droiture. Parce que nous le voyons constamment dans les paysages les plus sauvages, nous sommes portés à nous rappeler seulement comme des exemplaires caractéristiques du sapin ceux qui ont été bouleversés

par quelque accident violent ou quelque maladie. Naturellement de tels exeinj)le8 sont fréquents. Le sol oij pousse le sapin est sujet à des changements continuels; peut-être le rocher où il a pris racine éclate sous la gelée et tombe, jetant les jeunes troncs sur la pente ou bienlamasse entière du terrain qui Tentoure est minée par la pluie, ou un énorme bloc tombe sur son tronc du haut de la montagne et Toblige pendant vingt ans à croître avec un poids de deux tonnes appuyé sur son côté. De là, spécialement au bord de falaises friables, auprès des chutes d'eau ou sur le bord des glaciers, et en d'autres endroits propices aux catastrophes, on peut voir des pins tordus et obliques ; et dans la « Source de FArveron » de Turner, le peintre, avec son impeccable perception du point décisif en toute chose, s'est attaché à ce moyen de raconter l'histoire du glacier. Le glacier ne peut pas témoigner luimême de son propre mouvement ; et les observateurs ordinaires n'ont vu en lui que son immobilité ; mais Turner vit que la chose merveilleuse était justement qu'il n'est pas immobile. Ailleurs la glace est figée, seule cette glace-là remue. Tous les bords sont ébranlés sous ses vagues, tombent en miettes

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OU se flétrissent comme sous un perpétuel ouragan. Turner faisait les rochers de son premier plan branlants, roulant et chevauchant les uns sur les autres ; les sapins frappés à leurs côtés ont leur tête morte, dénudée par le vent

de glace

Les autres arbres qui coiffent le rocher ou la coUine s'ajustent à la forme et au mouvement du terrain, l'habillent avec une douce complaisance, sont en partie ses sujets, en partie ses flatteurs, en partie ses soutiens. Mais le sapin se dresse, maître de soi, dans une indépendance sereine. Ce n'est jamais sans un profond sentiment que, m'arrêtant longtemps au pied de quelque grand rocher des Alpes, loin de toute maison et de toute chose sortie de la main de l'homme, je lève les yeux vers ces bataillons de sapins qui se tiennent sur les saillies inaccessibles et sur les périlleuses corniches de Ténorme muraille, en paisibles multitudes, chacun semblant être Tombre portée de son voisin, droits, fixes, fantomatiques comme des troupes de spectres sur les murs d'Hadès, ayant l'air de ne point se connaître Fun l'autre, muets pour toujours. Vous ne pouvez les atteindre et vous ne pouvez crier vers eux : ces arbres n'ont jamais entendu

la voix de Thomme ; ils sont au-dessus de tous les bruits, hors celui des vents. Aucun pied ne souleva jamais leurs feuilles tombées. Sans rien qui puisse aider leur effort, ils se tiennent entre ces deux éternités : le vide et le roc. Et ils s'y tiennent avec une telle volonté de fer que le roc même semble affaissé, rompu à côté d'eux, fragile, faible, sans consistance si on le compare à la sombre énergie qu'ils déploient dans leur vie délicate et, — innombrables, invincibles, — dans la monotonie de leur orgueil enchanté.

Vous pouvez passer sous de telles forêts, si, quand vous quittez le lieu le plus sacré de l'histoire de la Suisse, la prairie des Trois- Fontaines, vous dites au batelier de ramer quelque temps vers le sud le long des rives de la baie d'Uri. C'est là que, les plus escarpées sur la côte ouest, les murailles des rochers montent vers le ciel. Bien loin dans le bleu du soir, comme le pavement d'une grande cathédrale se perd dans son ombre, dort le lac. On entend le chuchotement des innombrables eaux qui redescendent des anfractuosités du rocher comme la prière quasi silencieuse d'une multitude. De temps en temps, la chute d'une

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vague, paresseusement soulevée à Tendroit où les rochers surplombent la profondeur noire, tombe lourdement comme la dernière note d'un requiem. En face, verdoyant sous une prairie en pente roide et peuplé de villages faits de chalets, le Frohn-Alp se dresse dans une solennelle splendeur de lumière et de paix pastorale ; et, au-dessus, droites contre les nuées du crépuscule, spectrales sur le gris précipice, se tiennent, myriades par myriades, les ombreuses armées du sapin d'Unterwald. Il y a des passants, je l'ai vu, qui peuvent traverser ce grand sanctuaire avec ses baptistères d'eau courante et ses piliers faits de montagnes et sa voûte faite de nuées, sans être touchés par une noble pensée, ni secoués par aucune passion sacrée; mais pour ceux qui reçurent de ces flots le baptême de leur jeunesse et qui apprirent de ces rochers la fidéhté de leur âge mûr, et qui, des yeux de leur vieillesse, cherchèrent parmi les figures de ces nuages la ressemblance des rêves de leur vie, je ne veux pas croire que, lorsqu'il a bâti le sanctuaire de la montagne et ménagé l'ombre de ces forêts, leur Dieu ait travaillé en vain 1

Œes Peintres modernes.)

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