L'ARRIVÉE À VENISE ■^ EN GONDOLE
Venise, comme on le sait, est bâtie sur pilotis, dans la lagune ou bas-fond de la mer Adriatique, à une lieue environ de la terre ferme. Elle est composée de II 7 îles, réunies par près de 400 ponts On y accède, quand on vient d'Italie, par un chemin de fer construit sur une étroite chaussée entre les eaux de la lagune. Mais autrefois, avant le chemin de fer, le voyageur devait prendre une gondole, dans le canal de Mestre et traverser U lagune, à rame. Il se dirigeeût ainsi, du nord-ouest au sud-est, ayant en face de lui Venise ; à sa droite, au sud, la petite ile de Saint-Georges des Algues marines ; à sa gauche, à Test, l'île de Murano et à rhorizon, à gauche, les Alpes. Telle est rarrivéo que décrit, ici, Ruskin.
DANS les anciennes journées de voyage qui ne reviendront plus, oii la distance ne pouvait être vaincue sans peine, mais où cette peine était récompensée en partie par la connaissance approfondie des pays qu'on traversait et en partie par le bonheur ressenti aux heures du soir lorsque, du haut de la colline qu il avait gravie, le voyageur découvrait le calme village où il allait se reposer, épars dans les prairies, le long du torrent de la vallée, ou bien, lorsque du tournant de la
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route après quoi il avait longtemps soupiré, il voyaitjpour la première fois, dans la perspective poussiéreuse du grand chemin, les tours de quelque fameuse cité se deviner dans les rayons du soleil couchant; — heure de jouissance paisible et pensive 1 — et notre arrivée précipitée dans une gare de chemin de fer n'en fournit peut-être pas toujours à tous les hommes l'équivalent; — dans ces jours, dis-je, quand de la première impression à chaque halte successive on pouvait se promettre et se rappeler autre chose qu'un nouvel arrangement de toitures vitrées ou de poutres de fer, il était peu de moments dont le voyageur gardât un plus cher souvenir que celui oii, sa gondole entrant dans la pleine lagune par le canal de Mestre, il apercevait Venise.
Non que l'aspect de la cité même ne fût pas d'ordinaire pour lui la source d'une légère déception, car, vue de ce côté, ses monuments sont beaucoup moins caractéristiques que ceux des autres grandes villes d'Italie. Mais cette infériorité était en partie palliée par la distance et plus que compensée par l'étrangeté de ses murailles et de ses tours surgissant, semblait-il, du miheu même de la pleine mer. En effet, il était impossible pour l'esprit comme