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LA ^ ^ RICCIA

La Riccia ou Ariccia est un village qui se trouve au sud de Rome sur le parcours de la voie Appienne, entre Albano et Genzano, en plein pays montagneux et à l'entrée de forêts magnifiques. Quand on va de Rome au lac de Némi, par la route, on traverse la campagne romaine et en approchant des montagnes qu'on voit, en face de soi, et de la mer qu'on devine à sa droite, au loin, on peut jouir du spectacle que décrit, ici, Ruskin, tandis que si l'on se retourne vers Rome, on aperçoit les tronçons ruinés des aqueducs construits par l'Empereur Claude, longs de 67 kilomètres. Tel est le lieu où l'écrivain, par une rencontre heureuse d'heure et d'atmosphère, ressentit l'impression que voici :

IL avait fait un temps affreux quand je quittai Rome et, sur toute la campagne romaine, les nuages roulaient dans un bleu sulfureux avec un coup de tonnerre ou deux et des rayons de soleil, trouant la nue tout le long de TAqueduc de Claude, éclairaient l'infinité de ses arches comme le pont du chaos. Mais quand je grimpai les longues rampes du Mont Albain, l'orage tourna finalement vers le nord et le noble contour des dômes d' Albano et Tombre gracieuse de son bocage de chênes verts s'enlevèrent sur un pur horizon rayé de bleu et

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d'ambre alternés, tandis que le haut du ciel s'empourprait, peu à peu, à travers les derniers lambeaux des nuages de pluie dans le palpitement d'un profond azur mi-éther, mi-rosée. Le soleil de midi vint frapper obliquement les pentes rocheuses de la Riccia et leurs hautes masses confuses de feuillages, dont les teintes automnales se mêlaient au vert d'un millier d'arbres à feuilles persistantes, en furent pénétrées comme d'une pluie. Je ne peux appeler cela de la couleur : c'était une conflagration. Pourpres, cramoisis, écarlates, comme les rideaux du Tabernacle de Dieu, les arbres frissonnants de joie s'enfonçaient dans la vallée sous des averses de lumière. Chaque feuille distincte frémissait d'une vie allégée et ardente. Chacune, selon qu'elle se tournait pour réfléchir ou pour transmettre le rayon de soleil, était d'abord une torche, ensuite une émeraude. Au loin, dans les rephs delà vallée, se recourbaient en arcades les vertes percées de la forêt, comme l'intérieur de l'énorme vague de quelque mer de cristal, avec les fleurs des arbousiers rejetées sur les côtés pour figurer l'écume et le floconnement argenté des orangers répandu en l'air autour d'elle, s'émiettant sur les grises murailles du rocher en un millier

LA RÏOGIA U

d'étoiles distiiictos qui s'ëteifçnaient et se rallumaient tour à tour, selon que l'intermittente brise les soulevait ou les laissait choir. Chaque clairière de gazon flambait comme le plancher d'or descieux, surbaissant enéblouissements soudains, quand le feuillage s'ouvrait et se refermait au-dessus d'elle, tel un éclair de chaleur surgit dans un nuage au coucher du soleil. Sur toute cette splendeur mouvante, rimmobile masse du rocher sombre, sombre malgré le rougeoiement d'un lichen écarlate, allongeait ses ombres paisibles. Au-dessous, la source remplissait sa cavité de marbre d'un brouillard bleuâtre et d'un bruit capricieux. Et, par-dessus toutes ces choses, on voyait la foule des rayures, d'ambre et de rose, les nuages sacrés qui n'ont pas d'ombre et qui n'existent que pour éclaircir, passer dans l'insondable vide entre les têtes arrondies et solennelles des pins tranquilles, — pour aller se perdre avec la dernière lueur blanche, aveuglante, de la ligne infinie où la campagne romaine se fond dans Téblouissement de la mer.

(Les Peintres modernes.)

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