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ANGLAIS

En étudiant les lois du travail et ce qui distingue le travail utile ou productif du labeur improductif, Ruskin est amené à déplorer Tincurie de ses compatriotes à Tégard des beautés naturelles de leur pays. Il constate que, dans cette nation où Ton travaille tant, personne ne se soucie du moindre effort pour tenir propres et intacts les sites les plus pittoresques de la campagne anglaise, parce qu'on ne considère pas un tel effort comme productif de revenus. Et cette constatation provoque chez lui cet accès de colère :

IL y a vingt ans, il n'était pas de coin plus charmant de paysage de plaines au sud de l'Angleterre, ni de plus pathétique au monde, par son expression de douceur dans le caractère et la vie de l'homme, que celui qui touchait immédiatement aux sources du Wandel et comprenait les ondulations basses d'Addington et les villages de Reddington et de Carshalton, avec tous leurs étangs et cours d'eau. Jamais eaux plus claires ou plus divines n'ont chanté sans interruption la main qui nous donne la pluie du ciel. Aucune prairie ne brilla jamais au printemps d'une floraison plus pas-

VN VILLAGE ANGLAIS Zl

sionnéo; jamais plus douces domeurcs n'adoucirent le cœur du passant de leur paisible joio à demi cachée et pourtant ouvertement avouëe. Cet endroit est resté presque intact dans ses lig^nes fi^énérales, mais je vous affirme que je n'ai jamais rien vu d'affreux dans sa signification intimement trafique, — non pas même dans la Maremme de Pise, ni les tombeaux de la campagne romaine, — comme l'approche insensible des marques d'une incurie insouciante, indolente et brutale, à la délicate douceur de ce paysage anglais !.,.

Là, juste 011 le jaillissement de l'eau immaculée, tremblante et pure comme un faisceau de lumière entrait dans l'étang de Carshalton en se taillant un chenal lumineux jusqu'au gravier, au travers d'un réseau d'herbes légères comme des plumes toutes flottantes, qu'elle traversait avec ses profonds filets de clarté, comme la calcédoine dans Fagate-mousse et étoilée çà et là de la blanche grenouillette, juste dans l'afflux et le murmure des premiers courants qui s'étalent, les misérables humains de l'endroit jettent les immondices de la maison et de la rue, des tas de poussière et de boue, des rognures de vieux métal et des chiffons putrides que, n'ayant ni l'énergie d'enle-

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ver ni la décence d'enterrer, ils versent ainsi dans le courant pour délayer ce qui flotte ou ce qui fond de leur poison au loin dans tous les endroits où Dieu voulut que ces eaux apportassent la joie et la santé. . . Une demi-douzaine d'hommes travaillant un jour, suffiraient à nettoyer ces étangs, à redresser les fleurs sur leurs rives et à enrichir d'un baume rafraîchissant chaque souffle d'air estival qui passe au-dessus, à rendre ainsi chaque ondulation scintillante et hygiénique, comme si ce courant troublé seulement par les anges, venait tout droit de la porte de Bethséda... Mais cette journée de travail n'est jamais ni ne sera jamais accordée, ni aucune joie possible au cœur de l'homme, maintenant, dans les parages de ces sources anglaises...

{La Couromie d'Olivier sauvage.)

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