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LA VILLA DU CARDINAL

Il s'agit, ici, de la villa du cardinal Maurice de Savoie, dans la plaine du Piémont, en ruines à Tépoque où la vil Ruskin,

SI VOUS voulez jeter un coup d'œil sur la carte, vous verrez que Turin est placé au centre du croissant que les iVlpes forment autour du bassin du Piémont; il est à dix milles environ du pied des montagnes à leur point le plus rapproché et, de ce point, la chaîne figure un croissant turc, remplissant les trois quarts d'un cercle du col de Tende au Saint-Gothard, c est-à-dire juste deux cents milles d'Alpes k vol d'oiseau...

De ce point, la plaine du Piémont s'étend au nord et au sud littéralement aussi loin que la vue peut atteindre ; de sorte que cette plaine finit, comme la mer, par une ligne bleue horizontale, avec la houle des feuillages en place de vagues, et la foule des tours des cités au .lieu de navires. Puis, dans l'air lumineux, au ■delà et derrière cette ligne bleue d'horizon, se tiennent, pour ainsi dire, les ombres des mon-

tagnes, sombres elles-mêmes, car les rampes méridionales des Alpes, du lac Majeur et de Bellinzona sont sans neige, mais la lumière des invisibles champs de neige étendus horizontalement derrière les pics visibles, se projette et se réfléchit curieusement sur les nuages, faisant luire, au nord, la calme lueur d'une éternelle aurore. Puis, de plus en plus hautes autour de l'ombre prochaine de la plaine, s'élèvent les chaînes centrales, qui ne sont pas, comme du côté de la Suisse, un groupe reconnaissable et une suite de montagnes successives et distinctes, mais un chaos de pics ébréchés, jetés en une profusion furieuse et passionnée tout le long de l'horizon circulaire du ciel ; précipices après précipices et abîmes après abîmes, inondés des flamboiements du soleil couchant. Gigantesques canaux par 011 s'écoulent les nuages qui roulent contre leurs parois, venus des vastes plaines de l'Italie, comprimés par le rétrécissement du croissant pour se séparer à la fin contre les murailles des Alpes en colonnes d'une écume spectrale ou pour balayer leurs ravins avec de longs murmures de tonnerre gémissant. D'entre ces colonnes de nuées, à mesure qu'elles passent, émergent à jamais les grands cré-

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