‹ Pages choisiesChapitre 62 sur 113 · V01SEAV ET LE SERPENT · texte numérisé non relu

V01SEAV ET LE SERPENT

ne faut pas oublier quc^ ce sont les mAmes choses que les inytiies naturels, et que si les grimoires des hommes sont (liriiciles à lire sans en valoir toujours la peine, les grimoires de la nature deviennent probablement plus clairs pour celui qui y penMre et valent certainement la peine d'ôtre lus. Or, nous réussissons à nous diriger dans la comprc^hension des mythes variables de l'humanité dans la mesure où nous aurons, d'abord, bien saisi le sens des mythes invariables de la Nature.

L'hiéroglyphe mort peut avoir signifié ceci ou cela ; l'hiéroglyphe vivant signifie toujours la même chose La tète du serpent

surmontant la couronne du Roi ou du Dieu sur les colonnes d'Egypte est un mystère, mais le serpent lui-même, qui glisse au pied de la colonne, est-il un moindre mystère? Pourquoi cette horreur que nous éprouvons tous ? Combien elle est du domaine de l'imagination, combien elle est disproportionnée avec la puissance réelle de l'animal I II y a plus de poison dans un égout mal tenu, dans une flaque de relavures de vaisselle, à la porte d'une chaumière, que dans l'aspic le plus

mortel du Nil Mais cette horreur nous vient

pu mythe, non de la créature..... C'est la force

de réiément avili qui est si terrible dans le serpent, c'est l'omnipotence même de la Terre. Ce petit ruisseau d'argent poli, comment coulet-il, pensez-vous ? Il rame littéralement sur la terre avec chaque écaille pour rame. Il mord la poussière avec les tranchants de son corps. Guettez-le lorsqu'il se meut lentement: une vague, mais sans vent; un courant, mais sans chute I Le corps tout entier se meut au même instant; cependant une partie va d'un côté, une partie d'un autre, ou une partie en avant et le reste en arrière, mais avec une même volonté calme et d'une course égale, sans contraction ni extension. C'est la marche sans bruit et sans cause apparente d'une succession d'anneaux et la procession spectrale d'une boue tachetée, avec une dissolution dans ses crochets et une dislocation dans ses replis. Alarmez-le et ce flot sinueux deviendra une flèche retorse. Le jet de vie empoisonnée fouettera l'herbe comme une lance brandie. Le serpent respire à peine avec son unique poumon (l'autre étant atrophié et abortif); il reçoit passivement l'influence du soleil et de l'ombre et est chaud au soleil, froid à l'ombre, comme une pierre. « Pourtant il grimpe mieux que le singe, nage mieux que le poisson.

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