‹ Pages choisiesChapitre 76 sur 113 · LE CAMPANILE ^ # DE GIOTTO · texte numérisé non relu

LE CAMPANILE ^ # DE GIOTTO

Il s*agit, ici, du campanile ou clocher de Sainte- Marie de la Fleur, à Florence, tour carrée de 84 mètre» de haut, revêtue de marbres de couleur et ornée d'un grand nombre de bas-reliefs hexagones sculptés, qui sont des chefs-d'œuvre. On sait que ce campanile fut bâti, vers 1336, par Giotlo, qui fut, ainsi, non seulement un des plus anciens peintres de l'Ecole italienne, meiis un de ses plus grands architectes. La légende dit qu^ Giotto était un simple pâtre que Cimabue avait découvert traçant sur des pierres le portrait de ses moutons. C'est à quoi fait allusion, ici, Ruskin.

LES caractéristiques de force et de beauté se retrouvent plus ou moins dans différents édifices, les unes dans l'un, les autres dans l'autre. Mais, toutes ensemble et toutes à leur plus haut degré respectif, elles n'existent, à ma connaissance, que dans un seul édifice du monde : le Campanile de Giotto, à Florence. En ce qui attire tout d'abord l'œil de l'étranger, il a quelque chose de déplaisant: à la fois, lui semble-t-il, trop de sévérité et trop de minutie. Mais qu'il lui accorde quelque délai, comme on

154 PAGES CHOISIES DE RU S Kl N

doit le faire pour touteœuvred'artconsommée. Je me rappelle combien, dans mon jeune âge, j'accoutumais de mépriser ce campanile; combien je le trouvais mesquinement parachevé et léché. Mais, depuis, j'ai vécu bien des jours tout proche de lui ; je Tai contemplé de mes fenêtres éclairé par le soleil et par la lune, et je n'oublierai pas, de sitôt, combien me parut profonde et sombre la sauvagerie de notre gothique du Nord quand je me retrouvai, après cela, pour la première fois, devant la façade de la cathédrale de Sahsbury. Étrange serait le contraste, — si l'on pouvait rapidement passer de l'un à l'autre, — entre ces grises murailles surgissant de leur tranquille pourtour de gazon, comme des rochers sombres et nus sortis d'un lac vert, avec leurs colonnes grossières, s'effritant, raboteuses et leurs triples fenêtres sans meneaux ni autres ornements à leur sommet que les nids des martinets, d'une part; — et, d'autre part, cette surface brillante, lisse, et ensoleillée de jaspe embrasé, ces fûts torses et ces féeriques réseaux de pierres si blanches, si discrètes, si cristallines, que leurs silhouettes légères seprofîlentà peine en sombre sur la pâleur du ciel au levant : cime sereine d'une^ montagne d'albâtre, colorée

Page 1