LES ANGLAIS
EN premier lieu, voyons la distinction entre les classes qui travaillent et les classes qui jouent. (A:)mrno de juste, il faut nous entendre sur une définition de ces mots « travail » et (( jeu » avant d'aller plus loin. Eh bien I au total, sans vaines subtilités de définitions, mais en usant des mots tout simplement, le jeu est un exercice du corps ou de l'esprit destiné à nous plaire et sans but spécial ; le travail est une chose faite parce qu'elle doit être faite et avec un but spécial. Vous jouez, comme vous dites, au cricket par exemple. Vous vous y donnez autant de mal qu'à n'importe quoi ; mais cela vous amuse et n'a pas d'autre résultat que l'amusement. Si vous le pratiquiez comme une forme prescrite d'exercice, par hygiène, ce serait aussitôt du travail. De même, tout ce que nous faisons pour nous plaire, sans autre objet que le plaisir, constitue le « jeu », — « la chose qui divertit » et non celle qui sert. Le jeu peut être utile en un sens secondaire (et rien n'est
en effet plus utile ni nécessaire), mais pour être ainsi utile, il faut qu'il soit spontané.
Cherchons donc ensemble à quelle sorte de jeux les classes qui jouent en Angleterre consacrent leur existence. Le premier de tous les jeux anglais est faire de Targent. C'est un jeu qui absorbe tout, et nous nous y culbutons plus souvent qu'au foot-ball ou qu'à tout autre sport violent : et cela sans but absolument; pas un de ceux qui mettent tout leur cœur à ce jeu ne sait jamais pourquoi. Demandez à un grand faiseur d'argent comment il compte employer son argent ; il n'en sait jamais rien. Il ne le « fait» pas pour l'employer à quelque chose. Il le gagne seulement pour pouvoir le gagner, n Que ferez- vous de ce que vous avez amassé? demandez-vous. — Eh bien I j'amasserai davantage », répond-il. De même, au cricket, vous augmentez le nombre de vos runs. Les runs ne servent à rien, mais tout le jeu est d'en avoir plus que les autres. Et l'argent ne sert à rien ; mais d'en avoir plus que les autres, voilà le jeu I Ainsi, toute cette grande ville que voilà, — Londres, qui bruit, qui gronde, qui fume, qui empeste, — monceau hideux de briques en fermentation, exhalant le poison par tous ses porcs. — vous