I. F.n français dans le texte
rARAPHRASES DE POEMES DE RUBEN DARÍO.
très subtile. Nous sommes dans un pa5'^s de choses tremblantes, où il faut marcher en retenant son haleine. Ces cantilènes vagues et comme tissées de fils dair, ces vers que Maurras qualifiait d^ enfant ¿liages amorphes ^ et où l'ombre d'une pensée ou dune émotion s'exprime en une espèce de balbutiement, ont chez Verlaine un charme qui vient de leur manque même de réalité et de contenu, qui vient de ce que rien de précis n'entre dans ce qu'ils signifient ou figurent, car il suffit à la fantaisie du lecteur, cet éperon d'argent qui le stimule, l'abandonnant ensuite à lui-même. Chacun de nous met, suivant son caprice, un texte à cette véritable musique verbale, où les mots servent de notes. Chacun a droit à une interprétation personnelle de cette rare espèce de vers, qui sont à peine comme une chiquenaude suggestive, un jour d'un instant ouvert sur une perspective idéale, le coup rapide d'un tranchant de couteau sur un cristal vibrant...
J'admets le genre, légitimé par de très curieuses bagatelles des décadents. Mais, sera-t-il possible d'emplo3'er comme archet le vers espagnol, sur cette corde de la toute dernière lyre? Je crois que non. Superbement belle est notre langue, pour l'effet plastique, et pour la précision et la fermeté de la forme sonore. Mais elle n'a jamais eu — de par sa nature, de par son génie encore plus que pour avoir été insuffisamment « travaillée » — cette flexibilité infinie, cette dislocation de mime antique, qui font du français un idiome admirablement apte à enregistrer les plus curieuses subtilités de la sensation, un idiome tout composé de nuances... Le nôtre est fait comme pour complaire à ce personnage de Gautier qui, amoureux du solide, du sculptural et du hardi, rêvait de tableaux qui eussent semblé des basreliefs de couleurs, de figures qui. d'un modelé herculéen, se fussent enlevées dans la lumière triomphale du soleil, et de