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LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE
nuages, dont les contours mordant sur l'azur leur eussent donné l'apparence de fragments de marbre. Au reste, l'analyse n'a presque rien à voir avec ces compositions entièrement irresponsables dans leur genre. Flocons d'écume lyrique qui se dissolvent aussitôt que les mains veulent les recueillir.
Écartons le Portique, écrit pour le livre En troupe de Salvador Rueda et qui précède, dans le recueil que nous parcourons, une pièce du même ton : V Eloge de la seguidille, et voici que s'ouvre devant nos pas ce que nous pourrions appeler la Cour andalouse de cette ville de rêve des Proses. Entrons. Il est midi : la caresse de l'air laisse sur les tempes des parfums de fleurs d'oranger, des chants brûlants se fondent dans le silence ; une fontaine discrète berce le repos dans la fraîcheur de l'ombre ; et les portes d'ébène des rêves s'ouvrent, poussées par un génie enfant qui porte turban et burnous...
Salvador Rueda est, visiblement, le maître du Parnasse nouveau de l'Espagne au coin de qui sont marquées ces compositions. Le lyrisme pictural et plein d'amabilité bavarde de fauteur des Chants de la Vendange, à l'entraînante évocation de qui a semblé renaître la génialité de la vieille poésie lyrique andalouse, celle du Gongora des meilleurs temps, pour s'accorder avec l'écho lointain de quelques nouveaux courants littéraires, ce lyrisme met sa note caractéristique et vive dans ces pittoresques « gasconnades w de Dario.
Le Portique qui précéda l'œuvre du poète sévillan n'a pas d'autre défaut que celui d'être versifié en un mètre assez mesuré et monotone pour être employé dans une composition d'aussi longue haleine. Le poète évoque la muse des^ pays aimés du soleil. Il nous la montre d'abord, juvénile et hautaine, avec son thyrse de roses et son front doré par la lumière méridionale sous les portiques grecs et dans les tièdes fermes de Venouse ;
PARAPHRASES DE POEMES DE RUBEN DARIO
il la suit, après, vers l'Orient enchanté, où habite le roi du pays 'Fantaisie, « qui a une brillante étoile sur le front » et où elle accompagne les danses mauresques et converse avec les vieux kalifes à la barbe d'argent ; il la regarde partir, comme une hirondelle, à l'aventure, avec la caravane indolente qui s'arrête un jour sur la terre andalouse. Le poète chante alors la muse indigène de l'Espagne. La strophe brûle avec les ocres et les rouges de larène des taureaux, la joie dos verbenas, le rire des filles, l'éclair des couteaux ivres de sang, le son comme brûlant des instruments de caractère : l'amoureuse guitare, admirablement dessinée dans le vers qui lui attribue taille et hanches de femme, l'appel des noires castagnettes et le sonore tambourin qui, dans les mains brunes et rosées sert de plat où ramasser les œillets et les cerises. Le chant est nouveau, plein de grâce et il se dénoue bien par l'élégance du trait final, où le poète envoie son salut à Hugo, souverain de la monarchie poétique, empereur à la barbe fleurie, comme bellement il le nomme, suivant le terme même des chansons de geste rappelé par ce vers hugolien dans Aymcrillot :
Charlemagne empereur à la barbe fleurie '.
Il n'y a pas dans Rueda lui-même une pièce où se condense et se résume aussi puissamment son propre style de peintre. Dans VEloge de la Séguidille vibre aussi la corde nettement espagnole ; et cette strophe ailée et dansante, cette petite amphore lyrique, où le peuple a versé tout le suc de son cœur, cette cantee est comme la clef de l'espagnolisme poétique et comme lame mélodieuse de la vie de l'Espagne. Mais, parmi tant de noms significatifs et ingénieux que l'on donne, en ces vers gracieux, à la séguidille, pourquoi l'appelle-t-il rose métrique, ce qui a donné prétexte au crayon inquiet df mes commentaires