I. En français dans le texte
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de rappeler qu'il existe encore une critique de rats dans les greniers et dans les sous-sols de Tart ? Une telle façon de dire suggère en moi, par une inexplicable association d'idées, une étrange image de fleur géométrique, anguleuse... Et voici que mon cra3^on s'est abaissé à imiter, dans la marge du livre, le genre de glose d'Hermosilla. Que l'observation demeure aujourd hui ineffacée, afin que ne manque pas même la morsure s'accrochant à un détail, ¿ans ces pages où j'ai employé tant de façons de juger.
Pour faire sa pérégrination en Grèce, pour être fidèle à ce précepte du bon goût, auquel peut-être ne désobéira point impunément aucune âme ayant la religion de l'art, notre poète n'a point toujours- cherché le chemin qu'indiquent les Arcadies des Trianonsetles déesses de Clodion. Parfois il a suivi une route moins sinueuse, parce que la Grèce originale et véritable, celle que l'on n'adore pas dans les déesses de Clodion mais dans celles de Phidias, lui paraît digne aussi d'être aimée. Son esprit, somnambule à regard du présent, s'appuie dans le passé sur deux trépieds : la France duxviiT siècle etl'Hellade classique que cette France imita capricieusement, changeant en domino la tunique antique. Voilà ses deux patries. J'ai toujours cru que l'esprit de tout vrai poète choisira, plus ou moins à son insu, sa situation idéale, sa patrie d'adoption, dans quelque partie du passé, dont l'image perpétuellement évoquée sera une ambiance personnelle 'qui l'isole de l'atmosphère de la réalité. Le présent ne peut donner de soi qu'une poésie limitée par les quatre murs de la prose. « il n'y a de poésie, a dit Anatole France, que dans le désir de l'impossible ou dans le sentiment de l'irréparable ». Profonde vérité, à la lumière de laquelle apparaît l'incurable nostalgie de ce qui fut comme le plus immaculé et le plus fécond des sentiments poétiques !... L'avenir est aussi terre de poésie,
PARAPHRASES DE POÈMES DE RU BEN DAHIO
mais à l'iivenir manque le concret, la forme évocable, la plasticité et la couleur de ce qui a existé... Le temps mort a palpité avec des entrailles et du sang humains, c'est la solitude de la maison qui a eu des habitants, le vase où la liqueur, épuisée, a laissé son essence; la vie du passé offre le suggestif désordre d'un lit qu'a occupé l'amour. Et au-dessus de toutes les âmes légendaires du passé — Orient fabuleux, Egypte ou Israël, Mo/en Age ou Renaissance — c'est encore l'attrait de l'Hellade, lumineux et serein, qui triomphe quand il s'agit de fixer le but des pèlerins. Notre siècle est — après celui qui vit se propager sur le monde assombri les papillons attiques sortis des larves des manuscrits anciens — celui qui a aimé le plus sincèrement et le plus profondément la Grèce. Le Romantisme eut un aspect dont la signification est celle d'une seconde et prestigieuse Renaissance. On a parlé du a romantisme des classiques » et, certainement, on ne ferait pas allusion à une moins positive réalité dans l'histoire des lettres modernes si, intervertissant les termes du paradoxe, on parlait du « classicisme des Romantiques » . Comme tout le monde le sait, ce fut une conquête dés premiers révolutionnaires de l'art et de l'esthétique que la véritable intellio-ence de l'antique, la pénétration de sa beauté la plus cachée etlaplus essentielle, longtemps défendues aux yeux de ceux qui avaient fait si tapageuse profession de classiques. On était encore au XVIII* siècle ; André Chénier ciselait dans le portique de la poésie renouvelée la figure homérique de l'Aveugle, révélateur du secret perdu de l'ingénuité des rapsodes ; cependant que Gœthe, le Gœthe transfiguré par l'influence des ruines et des souffles de l'Italie, évoquait, pour apaiser la tempête qu'il avait répandue dans son Werther, l'Hélène classique et le symbolisme d'Euphorion. Cette veine de marbre courra, sans s'interrompre un instant, à travers toutes les pierres gothiques du Romantisme. La pureté de l'imitation authentique, essentielle, sera sans doute, le secret de peu d'initiés ; mais l'inépuisable vertu de sug-
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gestion de la poésie et de la fable se mélangera avec celles qui naissent de toute inspiration. Si nous nous restreignons aux courants littéraires qui ont exercé le plus d'empire sur la formation du poète que nous étudions, il est hors de doute que l'orientalisme même de Hugo n'empêche pas le Maître de chercher parfois, dans cette fable, le point de départ de sa perpétuelle hallucination et de créer, par exemple, le merveilleux Satyre de la Légende. De Théophile Gautier on a pu dire qu'ayant été Chinois d'adoption pendant six mois, Arabe pendant trois, Indien un an, il fut Grec toute la vie. Sur le « Parnasse », le marbre hellénique fut la matière préférée pour la dureté souhaitée de l'œuvre. En vain Leconte de Lisie se plaint de ce que nous ayons perdu pour toujours le chemin de Paros. La Grèce qui revit en ses traductions et en ses poèmes ne vous donnet-elle pas comme à moi Tillusion de ces épaules titaniques qui déchirent les ondes de TÉgée et se plongent dans la profondeur de ses abîmes, pour surgir, en élevant sereinement vers le ciel tout le poids de cette terre sacrée? Qu'est donc sinon un Grec, le Banville des Cariatides et de Le sang de la coupe ? Les mythes classiques ne sont-ils pas aujourd'hui même l'objet dune évocation tenace qui peuple d'images et de symboles le fond poétique de la décadence contemporaine ? L'élément grécolatin n'a-t-il pas été revendiqué par Moréas et Maurice Du Plessys au sein même de cette décadence, et n'a-t-il pas montré un des buts les plus efficaces dans cette aventureuse navigation de poètes qu'une bous.sole désordonnée pousse aussi vite au Nord qu'au Sud?
Il est permis de se demander avec Lemaître si tous ces héllénismes, si dissemblables par la forme et par leur façon d'interpréter lantiquité, ne sont pas plus modernes que païens ; mais, même ainsi, la persistance de l'élan, du désir, la ténacité de l'inspiration demeurent comme uñe réalité indiscutable ; et dans les transports de l'initiation poétique comme dans ceux du mys-
PARAPHRASES DE POEMES DE RUBEN DARIO
ticisme religieux, ce qu'il faut d'abord c'est cette infinie volonté de s'identifier avec l'objet aimé.
Du « classicisme modernisé » deRuben, il)'' a maint exemple dans son livre. Le Colloque des Centaures et le Palimpseste^ qui sont les plus beaux, s'exercent sur une même fiction de l'inépuisable fable : la fiction du Centaure, sculptée, comme un des grands bas-reliefs de la prose française de ce siècle, dans la page immortelle de Maurice de Guérin.
L'inspiration du Palimpseste n'a pas été cherchée, certainement, dans les épisodes de la mythologie héroïque. Ils ne sont pas les siens ces rudes centaures homériques, comme l'Euritos qui trahit l'hospitalité de Pirithoüs et s'éprend d'Hippodamie, ces monstres laids et brutaux à la naissance desquels, conte la fable, les Grâces ne daignèrent pas assister et dont limage, sculptée aux frises du Parthénon et aux métope^ d'Olympie suggère une idée de bestialité et de férocité. Les Grâces aimeraient ces autres-ci, descendants dixion. Courageux, corrects, élégants, les héros du Palimpseste font plutôt penser à ces centaures amollis et galants en qui dégénéra la postérité affaiblie des monstres biformes lorsque, proscrits par la vengeanced'Hercule. ils furent guidés par Neptune vers l'île où les Sirènes tendaient leurs filets de volupté. Ils ne combattent point comme les héros de la Centauroniaquie, adversaires des Lapithes ; ni ne lamentent en plaintes symboliques le conflit de leur double nature, signe peut-être de l'emprisonnement de l'âme dans la chair ; ni ne chantent le plaisir sauvage du galop et du contact avec les âpres forces de la Nature avec Tonction panthéiste de l'admirable fragment de Guérin. Ce sont des monstres délicats. Ils vont au rapt amoureux avec une élégance entièrement humaine ; ils folâtrent comme dans une fête d'Eros, et la vérité c'est qu'ils nous paraissent dignes d'aspirer à la conquête des jolies nymphes.
Le poète les présente dispersés, en bande bruyante, sur les
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prés dorés par le soleil, quand tout à coup un bruit d'eaux et de cris jo3'eux les fait s'arrêter. Diane se baigne tout près, avec ses nymphes. Avec précaution, la troupe inquiète s'approche des eaux, d'un pas silencieux. La blanche Nudité commande ; les cantharides de la tentation bouillonnent, exaspérées. Une des baigneuses ' divines a suscité l'emportement du satyre dans le plus jeune et le plus beau de la troupe, centaure svelte et gracieux comme le Cillaris décrit par Ovide, le Cillaris des Métamorphoses áont le partie humaine ressemblait à une statue et que le poète appelle : « beau si Ion peut donner le nom de beauté aux monstres ^). Le centaure Adonis enlève la nymphe effrayée et il fuit, rapide, avec l'orgueil et le bonheur de sa conquête. Mais Diane le voit. Lachaste Déesse se lance derrière le galop du ravisseur et envoie sur lui un dard qui s'enfonce, mortel, en ses flancs, comme la flèche d'Hercule dans le corps de Nessus. Les centaures, de tous côtés, s'enfuient ; arrivent les n3'mphes ; et les nj'^mphes, désolées, pleurent, parce que le dard de la chasseresse céleste a tué aussi la jeune fille enlevée. . . Telle est la scène, que je me figure comme un bas-relief de Scopas ou de Phidias. Étendu à terre, le Centaure, comme l'autel d'un sacrifice, supporte la victime clouée, inanimée, sur lui par le dard encore vibrant. Autour, le chœur gracieux des nymphes prend des attitudes douloureuses. Diane, tout à fait à la fin, se dresse, hautaine et majestueuse. La simplicité de la description de cette scène et de celle de la troupe des centaures, en peu de traits fermes et sobres, accentue l'illusion de bas-relief. La forme métrique, la décasyllabe scandée par la manière de l'accentuer en deux hémistiches de sonorité autonome, imite la gracieuse mesure de l'asclépiade. Tout est beau, frais, juvénile dans cette charmante évocation de la fable, dont les vers demeurent en nous, vibrants d'une délicieuse sonorité, bien