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I. Er. français dans le texte

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LE CHITiqUE El L ESSAYISTE.

qui ne consentent pas à s'imaginer les choses de l'érudition et l'étude avec la désagréable aridité des pédants... Le poète Ta composé en distiques alexandrins, à la manière française; et cette forme étrangère qui. ainsi réhabilitée en espagnol, évoque toujours dans ma mémoire les souvenirs des vieux rythmes de VA lexa ndre et de Berceo donne, selon moi , aux vers de quelques fragments, certain air d'antiquité, certaine saveur archaïque, qui ne laisse pas de s'harmoniser avec le caractère légendaire de la composition.

Passons aux vers de Frise, que l'auteur a qualifiés, comme ceux du Palimpseste, de Récréations archéologiques. — Le classicisme de ces vers est d'un genre qui sera, plus facilement reconnu par la généralité. Le « poli » de l'élocution, l'art purement horatien de l'épithète et du choix pittoresque des mots, la versification entièrement orthodoxe dans la poétique traditionnelle, et la maîtrise avec laquelle il manie le vers blanc, rachetant par l'élégance du mouvement rythmique et la pureté sculpturale du contour tout le charme dont le prive l'absence de la rime sont autant d'autres conditions qui contribuent à donner un caractère de singularité à cette pièce, en un ensemble où le rare devient le normal et le caractéristique. Ce n'est point certes la Grèce des Parnassiens et des Romanistes qui se montre ici ; mais, simplement, celle qui apparut sous le soleil de l'Italie quand Périclès revivait dans l'avatar des Mediéis. Ces vers sonores ont tout l'àir de la poésie de la renaissance italienne et espagnole, de la poésie de Sannazar, de Garcilaso, de Fray Luis, telle qu'essaya de la rajeunir dans l'Espagne de notre temps le formidable lutteur qui évoqua dans les endécasyllabes de V Epître à Horace l'hymne triomphal des humanistes de Salamanque et de Séville. Le poète veut donc que nous nous reposions, passée si agréable aventure, à l'ombre d'un myrte traditionnel ! Mais n'oublions pas qu'il s'agit de toutes manières de l'œuvre d'un poète et que nous n'avons pas

l'.lRAPHHASLS DE POEMES DE liLBEN DARÍO.

à craindre de nous trouver en face d'une de ces froides et laborieuses exhumations qui font sur l'antique « l'effet de l'humidité sur les allumettes », pour me servir d'une heureuse image de Daudet ; parce que la sensation que nous éprouvons ici est bien plutôt celle d'une chambre restaurée de gynécée, où, après s'être lavé le visage pour en ôter la poussière des bibliothèques, la grâce classique sourit, comme dans ces délicieuses compositions du Guide qui montrent à la fois la patine du vieux bronze et l'humide fraîcheui; de l'improvisation.

Il faut aussi ajouter V^pithalame barbare, qui figure dans le livre, au nombre des pièces inspirées par des sujets classiques. Le Sagittaire, l'incarnation céleste de Chiron, le centaure métamorphosé en archer divin et placé parmi les étoiles après avoir représenté, dans sa race biforme, l'austérité et la sagesse, est une des images qui se présentent avec la plus fréquente complaisance à l'esprit de notre poète. Dans beaucoup d'autres de ses pièces brille le torse fier de l'archer ; et après avoir évoqué, dans le Dialogue des Centaures, l'attitude terrestre de Chiron, il le cherche maintenant dans le ciel, où il resplendit, dominant, avec son arbalète d'argent, un des blancs bastions de la nuit. Le Sagittaire est, en effet, le héros de VEpithalatiie. Se souvenant des légendaires aventures de sa race et oublieux en même temps de la gravité de son savoir et de sa dignité céleste, Chiron a enlevé amoureusement une étoile et il remporte en croupe par l'espace bleu, à la grande colère des Nymphes et des Naïades. L'originalité de cette pensée est heureuse ; et quant à la forme, il me semble qu'elle peut entrer dans la catégorie des extravagances qu'il faut louer. La grâce rude de ces vers a un singulier charme. L'âpreté voulue de la versification fait une excellente enveloppe à ce curieux fragment et lui donne l'aspect d'une vieille médaille, aux bords rongés par le temps.

LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE

Nous avons fini de parcourir ce que j'appellerais « les appartements classiques » dans le palais d'idées et de mots dont nous sommes les hôtes. La pièce qui porte pour épigraphe : Le poète interroge Stella nous conduit maintenant à une chambre où le marbre dur a cessé de régner, à une chambre sombre et raffinée au mur de laquelle est sculpté le buste d'Edgar Poe...

Vous rappelez vous « Ligéia », l'héroïne conçue en rêve par la fantaisie des prodiges et des merveilles, celle qui dans la surnaturelle vertu de ses yeux chantait en quelque sorte l'hymne de triomphe de la volonté sur la mort qui ne put pas les éteindre? Le poète a appelé « Sœur de Ligéia » cette Stella à peine nommée, fugitivement, dans ses vers, et sur son âme, qui s'est envolée retournant au nid céleste, il interroge le lys, qui peut-être l'aura vue passer... Et l'émotion, qui s'élève avec ce souffle de vérité, qui ne se simule ni se supplée, le vers mélancolique où il l'évoque, suggèrent en notre esprit le soupçon d'une histoire réelle ; ils font penser à la réalité d'un souvenir triste et cher sur lequel étend son ombre cette pâle Astapho, aux ailes de neige, qui favorise obscurément l'amour de l'héroïne de Poe et qui présidait, dans le pays des Sphynx, à l'amour malheureux. Je m'arrête pour signaler dans cette pièce la probabilité d'une profonde réalité personnelle, parce que chez Ruben Dario les vers que l'on sent jaillir ainsi, spontanément et rapidement, du secret du sentiment ne sont ni les plus fréquents, ni les plus caractéristiques. La chute sentimentale par quoi s'achève l'élégie dont je m'occupe maintenant a une ineffable vertu de suggestion, renforcée par l'association d'idées grâce à la vibration infinie qu'introduit dans la mémoire le nom poënien de Ligéia. Et Stella est aussi un nom poënien, parce qu'il se rattache au souvenir de cette douce et généreuse poétesse qui se servit de ce pseudonyme, que Poe récompensa avec la dédicace de V Enigme, et qui fut une des bonnes fées du pauvre poète martyrisé par les grosses Euménides de la vulgarité.

PARAPHRASES DE POÈMES DE RÜBE^ DARÍO.

Autre heureuse visite du Sentiment à la demeure de cet artiste grand-seigneur qui ne le compte point parmi ses amis les plus constants est ce très délicat sonnet en alexandrins, où ii évoque — comme dans la pièce précédente celui de Ligéia — le souvenir de Maro-uerite Gautier. Célébrant un nouvel avatar de l'éternelle passionnée, le poète a trouvé moyen de communiquer à une image qui n"a point en soi-même le prestige de la nouveauté — celle de la fleur effeuillée par la mort — un parfum original, intense, indicible.

J'en viens maintenant à la Symphonie en gris majeur qui détache ses notes vibrantes sur la blancheur du papier ! Rien n^est plus cher que la chanson grise\ Je trouve que mon crayon — qui est, tandis que je lis, un peu comme le secrétaire de mes nerfs et fait des incursions de collégien dans les marges blanches des livres — a marqué la page avec cette réminiscence de Verlaine. J'exprime ainsi une préférence qui peut être en grande partie exclusivement personnelle, parce qu'elle est associée avec l'intensité supérieure des sensations de surprise. La Syynphonie en gris majeur fut la première composition de Ruben Darío qui vint sous mes yeux, alors ignorants de certaines sensations déjà définitivement acquises à la langue, et éprouvant, devant cette révélation d'une chose originale, l'impression du coloriste au moment où il surprend une note inattendue et nouvelle dans l'éclair d'une pierre, la nuance d'une fleur, la capricieuse coloration d'une étoffe, le brillant cristallin d'un émail... Et l'impression dure encore. Depuis la blanche Symphonie de Gautier, baume inévaporable pour la fantaisie, je crois qu'aucun poète n'est arrivé à convertir aussi prodigieusement en images le pouvoir suggestif d'une couleur. Henri Mariot a osé donner un pendant^ à cette même Symphonie du maître avec les Variations bleues ; mais ni dans le sourire de

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