UNION DE L'IDÉAL GREC ET DE L'IDÉAL CHRÉTIEN
La perfection de la moralité humaine consisterait à infuser lesprit de la charité dans le moule dâ|^'élégance grecque. Cette douce harmonie a eu dans le monde une passagère réalisation. Quand la parole du christianisme naissant parvenait avec saint Paul au sein des colonies grecques de Macédoine, à Thessalonique età Philippes, et que l'Évangile, encore pur, se répandait dans l'âme de ces sociétés fines et spirituelles où le sceau de la culture hellénique maintenait une charmante spontanéité de distinction, on put croire que les deux idéaux les plus élevés de l'histoire allaient s'unir pour toujours. Dans le style épistolaire de saint Paul demeure la trace de ce moment où la charité s hellénise. Ce doux mariage dura peu. L'harmonie et la sérénité de la conception païenne de la vie se séparèrent chaque fois davantage de l'idée nouvelle qui marchait alors à la conquête du monde. Mais pour concevoir de quelle manière on pourrait montrer un pas en avant à faire au perfectionnement moral de l'humanité, il faudrait rêver que l'idéal chrétien se réconcilie de nouveau avec la sereine et lumineuse joie de l'antiquité, imaginer que l'Évangile se propage une fois encore à Thessalonique et à Philippes.
Cultiver le bon goût ne signifie pas seulement perfectionner une forme extérieure de la culture, développer une aptitude artistique, soigner, superfluité exquise, une élégance de la civilisation . Le bon goût est « une rêne solide pour le jugement ». Martha a pu lui attribuer exactement la signification d'une seconde conscience qui nous oriente, et qui nous remet dans la lumière quand la première s'obscurcit et vacille . Le sens délicat de la beauté est, pour Bagehot, un allié pour le sûr intérêt de la vie, pour la dignité des coutumes. « L'éducation du bon goût, ajoute le savant
ARIEL
penseur, tend à favoriser Texercice du bon sens qui est notre principal point d'appui dans la complexité de la vie civilisée. » Si parfois vous voyez, dans l'esprit des individus et des sociétés, cette éducation unie au dévoiement du sentiment de la moralité, c'est parce que, en pareil cas, elle a été cultivée comme une force isolée et exclusive, et qu'elle a rendu de la sorte impossible cet effet de perfectionnement moral qu'elle peut exercer dans une civilisation dont l'arrangement ne permet point qu'une faculté de l'esprit se développe seule et séparément des autres. Dans l'âme qui a été stimulée par l'harmonie et la perfection, la grâce intérieure et la délicatesse du sentiment du beau ne feront qu'un avec la force et la droiture de la raison. Taine observe également que, dans les grandes œuvres de l'architecture antique, la beauté est une manifestation sensible de la solidité, l'élégance s'identifie avec l'apparence de la force : « et les lignes du Parthénon, qui flattent l'œil de leurs proportions harmonieuses, sont justement les lignes qui contentent l'intelligence, par des promesses d'éternité ».