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PARADOXES DE RENAN SUR LA DÉMOCRATIE

Et cependant l'esprit de la démocratie est, es.sentiellement, pour notre civilisation, un principe de vie contre lequel il serait inutile de se rév-olter. Les mécontentements inspirés par les imperfections de la forme historique actuelle ont conduit souvent à être injuste envers ce que ce régime a de définitif et de

ARIEL

fécond, xVinsi, le sage aristocratisme de Renan formule la plus explicite condamnation du principe fondamental de la démocratie : l'égalité des droits ; il croit que ce principe a consommé un irrémédiable divorce d'avec tout possible pouvoir de la supériorité intellectuelle ; et il en vient à montrer en lui, avec une énergique image, « les antipodes des voies de Dieu puisque Dieu n'a pas voulu que tous vécussent au même degré la vie de l'esprit ».

Ces paradoxes injustes du Maître, complétés par son fameux idéal d'une oligarchie toute puissante de savants, sont comparables à la reproduction exagérée et déformée, dans le rêve, d'une pensée réelle et féconde, qui nous a préoccupé dans l'état , de veille. Méconnaître l'œuvre de la démocratie, dans son essence, parce que, pas encore achevée, elle n'est point parvenue à concilier définitivement son entreprise d'égalité avec une solide garantie sociale de sélection, équivaut à méconnaître l'œuvre, parallèle et concordante, de la science, parce que, interprétée par le jugement étroit d'une école, elle a pu nuire quelquefois à l'esprit religieux et à l'esprit de poésie. La démocratie et la science sont, en effet, les deux irremplaçables bases sur lesquelles repose notre civilisation ; ou suivant l'expression d'une phrase de Bourget, les deux (( ouvrières » de nos destins futurs. « En elles nons sommes, nous vivo7is, nous nous mouvons. » Puis donc qu'il est insensé de penser, comme Renan, à obtenir une consécration plus positive de toutes les supériorités morales, la réalisation d'une hiérarchie raisonnée, le pouvoir effectif des hautes facultés de l'intelligence et de la volonté, par la destruction de l'égalité démocratique, il ne convient ,plus de penser qu'à V éducation de la démocratie et à sa réforme. Il convient de penser que s'incarneront progressivement, dans les sentiments du peuple et dans ses coutumes, l'idée des subordinations nécessaires, la notion des vraies supériorités, le culte constant et spontané de tout ce qui mul-

LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE

tiplie, aux yeux de la raison, le chiffre de la valeur humaine. L'éducation populaire, considérée dans ses rapports avec une telle œuvre, et comme toujours avec la pensée de l'avenir, acquiert un intérêt suprême'. C'est dans lécole — par les mains de qui nous nous efforçons de faire passer la dure argile des multitudes — c'est dans l'école que se trouve la première et la plus généreuse manifestation de l'équité sociale, qui consacre pour tous Taccessibilité du savoir et des moyens les plus efficaces de s'élever. Elle doit s'acquitter d'une si noble mission en prenant pour objets préférés de son éducation attentive le sens de l'ordre, l'idée et la volonté de la justice, le sentiment des légitimes autorités morales.

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