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ÉPILOGUE

Ainsi parla Prospero. Les jeunes élèves prirent congé du Maître après lui avoir serré la main avec une affection filiale. De sa douce parole les accompagnait la vibration persistante,

LE CRITIQUE ET L'ESSAYISTE

comme se prolonge la plainte du cristal blessé, dans une atmosphère sereine. C'était la dernière heure de l'après-midi. Un rayon de soleil mourant traversait la pièce, au milieu de la pénombre discrète, et touchant le front de bronze de la statue, semblait allumer, dans les )^eux fiers d'Ariel, l'étincelle inquiète de la vie. Se réfractant aussitôt, le rayon faisait penser à un long regard que le génie, prisonnier dans le bronze, eût envo5''é sur le groupe juvénile qui s'éloignait. Longtemps le groupe marcha en silence. Sous la protection d'un recueillement unanime, se réalisait dans l'esprit de tous cette fine tombée des gouttes de la méditation, absorbée et grave, qu'une âme sainte a comparée, exquisement, à la chute lente et tranquille de la rosée sur la toison d'un agneau. Lorsque le dur contact de la foule les rejeta dans la réalité qui les entourait, la nuit était déjà venue, une chaude et sereine nuit d'été. La grâce et le repos qu'elle répandait sur la terre de son urne d'ébène triomphaient du prosaïsme flottant sur les choses disposées par la main des hommes. Seule, la présence de la multitude gênait pour l'extase. Un souffle tiède ébranlait l'atmosphère avec une grâce langoureuse et délicieuse, comme la coupe tremblant dans la main d'une bacchante. Les ombres, sans assombrir le ciel très pur, se contentaient de donner à sa bleuité ce ton obscur par quoi semble s'exprimer une sérénité pensive. Elles étaient émaillées de grands astres, qui scintillaient au milieu d'un cortège infini : Aldebaran, qui ceint une pourpre de lumière ; Sirius", comme le creux d'un calice d'argent niellé, renversé sur le monde ; la Croix du Sud, dont les bras ouverts se tendent sur la terre d'Amérique comme pour défendre un dernier espoir.

Ce fut alors que, dans le silence prolongé, le plus jeune du groupe, qu'on appelait « Egjolras », à cause de son recueillement pensif, dit, montrant successivement la paresseuse ondulation du troupeau humain et la radieuse beauté de la nuit :

ARIEL

« Tandis que la foule passe, j'observe que, quoiqu'elle ne regarde pas le ciel, le ciel la regarde. Sur sa masse indifférente et obscure, comme la terre du sillon, quelque chose descend de là-haut. La vibration des étoiles ressemble au geste de mains du semeur. »

^81^ Rodo. — 6

MONTALVO

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