LA GUERRE EUROPÉENNE
d'une expression germanique, qui s'élevèrent énergiques et distinctes, parmi le fracas des conquêtes napoléoniennes. Et si l'on voulait compléter la protestation contre l'impérialisme, menaçant avec la parole d'une autre des races les plus intelligentes et les plus cultivées de l'Europe, il faudrait évoquer la voix évanouie d'une Allemagne moins forte et moins prospère sans doute, mais incomparablement plus riche en attraits et en esprit que l'empire de Guillaume II : l'Allemagne de Schiller et de Kant, de Gœthe et de Fichte, l'Allemagne qui faisait revivre l'idéal stoïque du devoir avec la « critique de la raison pratique » et qui exprimait, par les lèvres du Poza de « don Carlos » le sentiment de la fraternité humaine et le droit de tous les hommes à la vie de la liberté.
Si cette alliance de l'Europe occidentale venait à être vaincue, on ne saurait aujourd'hui préciser vers quels pôles obscurs s'orienteraient les destinées du siècle qui commence, mais il est hors de doute que ce serait suivant des règles et des principes absolument différents de ceux que la nature et l'histoire montrent comme idéal aux jeunes nationalités du Nouveau Monde. Et cela, par soi seul, devrait décider de nos vœux. N'oublions pas, d'autre part, que pour les éléments réactionnaires et guerriers du Vieux Continent, l'Amérique n'a pas du tout cessé d'être « la proie coloniale », le pays de légende ouvert à l'imagination de la conquête. Un impérialisme national européen vainqueur du reste de l'Europe, et partant sans bornes pour le contenir, représenterait pour l'avenir immédiat de ces peuples une menace d'autant plus certaine et d'autant plus considérable qu'il en arriverait à favoriser l'action de cet autre impérialisme américain qui trouverait dans la conscience commune du péril l'occasion de dresser, sans objection, son bouclier protecteur.
En résumé : race, mentalité, institutions, spontanéité du sentiment, notion de notre intérêt collectif, tout, tout nous
L'ORÁTECR ET LE JOURXALISTE.
relie étroitement à un des partis de cette discorde gigantesque. Considérée du point de vue américain comme de n'importe quel autre point distant de quelques heures de la « Wilhemstrasse » de Berlin, la cause de la France et de ses alliées est, dans le sens le plus haut et le plus vaste, la cause de l'humanité.
3 septembre 1914 [La Ra^on, Montevideo).
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LE VOYAGEUR