‹ Pages choisiesChapitre 10 sur 82 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

un lecteur pas très perspicace, à voir Lemaître établir entre des pensées contradictoires des équilibres si fragiles, pouvait se demander si cet écrivain qui avait tant d'idées déciderait jamais entre elles ; dans le domaine moral la question ne se pose plus. M. Anatole France l'a justement noté: « Jules Lemaître est un écrivain honnête homme et très moral. Il a le souci du bon ordre public et des vertus privées. Sur ce point jamais il ne flotte ni varie; son intelligence est vive et souple, elle n'est point perverse. » Nous sommes ici dans le champ où les Natalités de sa nature s'exercent le plus directement. La pensée morale de Lemaître a la spontanéité, Tinfaillibilité et la force d'un instinct.

Certes, il n'a rien d'un prêcheur, et le plus souvent il considère les actions des hommes avec indulgence ou avec pitié. Mais on sait bien quelques sujets où il n'est pas besoin de le pousser longtemps pour provoquer sa colère. Dès ses premiers livres, on pouvait distinguer en lui, avec un peu d'attention, son penchant, son dédain ou son aversion pour certaines manières de vivre et de concevoir la vie ; et c'est en même temps par quelques lignes explicites, par le tour même du style qui nous livre sa plus intime pensée, par l'atmosphère, en quelque sorte, de toute son œuvre, que nous connaissons les amours et les haines — car ce sont bien les mots qui conviennent — de ce singulier sceptique.

Ces amours et ces haines découlent d'une source

Page 1