INTRODUCTION XIX
commune. Profondément séduit par la forme supérieure de vie civilisée que nous offre la France, chef-d'œuvre où collaborèrent le destin, le temps et les hommes, Jules Lemaître devait détester du fond du cœur tous ceux dont l'effort tend à mutiler les traits de cette belle vivante, ou à en altérer la pureté. Il est l'ennemi déclaré du désordre des mœurs, surtout lorsqu'il prend des airs d'élégance et se réclame d'une prétendue supériorité intellectuelle. Aucun respect humain ne le retient quand il s'agit de démasquer les sophismes qu'il est de bon ton d'admettre et qui parent d'un vernis emprunté les actions les plus vulgaires. Il accomplit cette besogne avec vigueur, et aussi avec tant de grâce que cette fois, et contre l'ordinaire, ce n'est pas du moraliste que l'on se gausse.
C'est que la notion du bien général, toujours présente en lui, s'y unit étroitement à l'idée de beauté. Nul n'aura fait autant que Lemaître pour nous débarrasser de ce préjugé barbare qui pousse à chercher dans ce qui est excentrique, anormal ou morbide les plus riches épanouissements de la vie. Vraiment, à relire la plus grosse moitié de la littérature de la fin duxix^ siècle, à considérer ce fatras d'esthétiques paradoxales, de morales subversives, de métaphysiques déréglées, on se prend à douter si les hommes de ce temps-là pouvaient encore agir, dans la réalité courante, selon les modes traditionnels. Etil est trop certain que leurs actions subirent souvent le contre-