INTRODUCTION Y
que le bourgeois est voltairien ; il aimera le peuple, parce que le peuple est dupe des pires mensonges ; il détestera la noblesse, parce qu'il la voit indifférente h ses devoirs, et que le vrai noble est à ses yeux le parfait chrétien. « Si j'avais, dit-il, à refaire le monde, je conserverais la noblesse, mais je ne m'en mettrais pas. » Voilà dans quel sens Veuillot peut passer pour démocrate. La foi n'a pas discipliné sa révolte : elle l'a promu défenseur des vérités qu'elle lui révélait.
Les progrès qu'ont faits certaines doctrines depuis trente ans nous permettent de juger si Veuillot fut bon prophète en prévoyant leurs périls, et bon polémiste en flétrissant leurs excès. Il vit éclore la nouvelle démocratie, il entendit les premières revendications du socialisme naissant. L'aurore idéale de 1848 disparut dans le coup d'État de i85i, qui retarda de vingt ans l'expérience de la vraie démocratie. Cette expérience décisive, il fallait la faire ; nous la faisons aujourd'hui, longuement, douloureusement, et une conclusion semble déjà s'en dégager, c'est que la révolution politique de 1789 n'est peut-être, en effet, que la préface d'une prochaine révolution sociale. Nous pressentons tous cette menace, sans avoir trop l'air de la redouter. La bourgeoisie de notre temps joue à peu près le rôle de la noblesse au XVllP siècle. La noblesse de 1789 était révolutionnaire î aujourd'hui la bourgeoisie et même la noblesse ont des tendances socialistes. Je ne sais comment Veuillot eût accueilli ce nouveau socialisme à la mode, que certains esprits de salon pensent pouvoir concilier avec le pur christianisme. La foi le préserva toujours de ce genre