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I»OI

Aujourd'hui, la Liberté de penser, Revue démocratique, publie des vers de M. Emile Deschanel, intitulés : Vendredi-Saint. Il va sans dire que le Christ et so n Église y sont insultés, traités de choses finies, d'œuvres humaines qui ont vécu, qui sont mortes, qui ne ressusciteront point. Ce sont là les gentillesses et l'industrie de nos penseurs. Blasphémer ainsi en prose et en vers, n'importe quel jour de l'année, ne serait pas chose entièrement nouvelle, et AI. Deschanel, très petit poète, quoique grand incrédule, n'est pas homme à trouver une rime capable de rajeunir ces vieilleries. Mais insulter le Christ en pleine semaine sainte, en présence de la croix voilée et du sanctuaire en deuil, et quand le chant du Slabat retentit dans la chrétienté, c'est au moins choisir son heure, et l'opportunité de l'outrage dispense d'y mettre du talent.

Nous n'avons nulle intention de relever les insultes de M. Deschanel. On est sujet à entendre ces choses-là le Vendredi-Saint comme les autres jours. Prononcées dans la rue, elles sont justiciables des sergents de ville;

la M. DESCHANEL, POETE

imprimées dans les journaux, elles regardent le parquet ; rimées, elles ont droit à quelque chose de l'indulgence qu'il faut avoir toujours pour les faiseurs de vers. Tant mieux pour M. Deschanel, s'il est né poète ! c'est une circonstance atténuante. 11 promet la mort aux prêtres qui se rendraient coupables d'un crime que la Liberté de penser leur impute tous les jours, celui de combattre la philosophie démocratique. Rien ne pourra les préserver de la fureur du peuple, ni M. Deschanel, ni personne... pas même la vertu même. Mais tout cela est en vers ; et l'on sait que la rime a ses exigences :

Quand je veux dire blanc, la quinteuse dit noir.

Pour s'en convaincre, il suffît d'écouter un instant le poète Deschanel :

Malheur! si vos autels cachent des arsenaux.

Si la tour du Seigneur se chargeait de créneaux,

Et si l'airain sacré, voix de plainte et de larmes,

Se changeait quelque nuit en un beffroi d'alarmes,

Aux mains des imprudents cachés dans votre sein,

Dont les ambitions sonneraient le tocsin 1

Alors, n'écoutant plus la voix de ceux qu'il aime, Ce peuple si longtemps trahi... La vertu même Ferait, pour l'arrêter, des efforts superflus ! Ce peuple sévirait, ne respecterait plus Vos asiles sacrés devenus des repaires ; Il broierait du pi-ed ces races de vipères I

On le voit, M. Deschanel n'a pas de talent pour les vers, et la rime peut le rendre plus féroce qu'il ne voudrait l'être en réalité.

Le plus triste et le plus curieux, et ce qui prouve bien l'incurable faiblesse d'un homme qui tient quel-

M. DESCHAÎÏEL, POETE l3

ques vers en portefeuille, c'est la date du morceau. Ces rimes agglomérées h grand renfort de chevilles sont un travail de la jeunesse de l'auteur. Travail de patience I 11 les fit à Bourges, c'est lui qui nous l'apprend, en 1843, sans doute après une mauvaise lecture. M. Deschanel était alors professeur de l'Université. Il ne croyait pas plus en Dieu qu'à présent, nous lui devons cette justice ; mais, par crainte du scandale et peut-être aussi par un peu d'attacliement pour sa carrière et pour ses gages, il tint son chef-d'œuvre secret, ne les communiquant tout au plus qu'à un petit nombre d'amis, probablement aussi à un certain nombre d'élèves.

Et voyez la justice ! Cet homme coupable d'avoir fait de mauvais vers n'a pas eu de repos qu'il ne se fut dénoncé. L'âge est venu et ne lui a pas révélé l'inexprimable ridicule de ces couples d'alexandrins étiques, harnachés de vieilles ficelles, boiteux, poussifs, couronnés, qui traînent et cahotent la patache d'une incrédulité malhonnête. Il les a relus mille fois sans apercevoir les inepties, les pesanteurs, les chevilles, les fautes de prosodie et les fautes de français qui les empuantent ; sans éprouver aucune gêne et aucune honte d'outrager la foi chrétienne, précisément le Vendredi-Saint, comme un butor qui s'en irait ce jour-là dévorer quelque charcuterie sur le seuil d'une église. 11 n'a pas rencontré un ami pour l'avertir qu'il faisait du même coup, blasphème à part, une chose grossière et des vers plats. Il a fallu qu'il reçût son châtiment, et que la pièce vînt au siftlet. C'est bien fait ; c'est juste I

M. de Lamartine sera signalé entre les illustres qui ont donné le détestable exemple de l'amour du bruit pour l'amour de l'argent. Où ce licol ne l'a-t-il pas traîné ? Que de feuillets entassés malgré Minerve, et que de négoces pour placer ces inexorables paraphrases ! Il a promené partout sa grasse pauvreté, tendu sa sébile au coin de tous les feuilletons, employé toutes les ruses pour obtenir par cette industrie de la mendicité poétique, dont il est le créateur, tout l'or et tout le billon que la compassion et la vanité se peuvent laisser traire. C'est le bon pauvre de la France. Sans doute

On le voit, pour son intérêt Moins à la parte de l'église Qu'à la porte du cabaret.

Mais il ne dédaigne pas pourtant la porte de l'église et il a des rabatteurs dans le Nouveau Monde, qui exploitent son christianisme d'autrefois pour écouler les produits de son panthéisme d'aujourd'hui. On a nommé la popularité qu'il cherche ; on a vu la fureur de ses prostcrnements devant l'ombre de Déranger; ne

ALPIIOKSE KARR ET LAMARTINE l5

sachant plus de (jucl piment relever ses prospectus, voici qu'il passe à l'excentricité. Il écrit une lettre en versa M. Alphonse Karr.

M. Karr appartient à l'élite du Siècle ; il est en grand renom d'originalité dans les boutiques. C'est le sourire de M. Ilavin et le côté galant de M. de la Bédollicre. Il exploite depuis quelque trente ans une vingtaine de bons mots qui ne sont point dépourvus de tout sel, et un certain bouquet d'herbes d'Allemagne qui ne manquent pas absolument de saveur. A ce fonds, il a ajouté un assez joli talent de mise en scène personnelle. On a toujours entendu parler de son jardin, de sa barque, d'un soldat qu'il a tiré de l'eau, d'un dogue qui voulut le manger, d'une dame de lettres qui voulut l'occire. Présentement il est établi jardinier dans les environs de Nice, et le succès de ses livres bénéficie du succès de ses oignons. Après tout, rien de plus licite. M. Karr, s'il ne vit pas de tailler sa plume, a bien le droit de tailler sans cesse la queue de son chien ; on peut même honorer sa persévérance. Ce qu'il a de moins louable, c'est un voltairianisme très inculte et très injurieux ; mais cela fait partie de sa petite pacotille de bons mots, et il n'a que tout juste son compte pour en fleurir le rez-de-chaussée de M. Havin. M. Karr s'est fait jardinier à Nice, dit le Siècle, « sans cesser d'être homme de lettres et homme d'esprit )). Ainsi M. Jourdan s'est fait allumeur d'actionnaires dans un journal de finances, sans cesser d'être bec de gaz chez M. Havin.

M. de Lamartine écrit donc à M. Karr une lettre en vers « semi-sérieuse ». Il conte mélancoliquement à ce correspondant bizarre cent choses augustes : qu'il a bien du chagrin, qu'il est bien las, qu'il voudrait bien suspendre sa veste à son buisson, et u déchaussant ses

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pieds percés de dards sans nombre, lui dire en l'embrassant : Ami, vite un peu d'ombre! )) 11 le charge de louer pour lui une colline où il pourra, l'an prochain, abriter ses douleurs. De là il glisse aux chers souvenirs de la révolution de Février : lui et M. Karr y furent si beaux ! Puis il passe à Gicéron, le dernier des Romains, dont il décrit la mort accordée aux rancunes de Fulvie. Gicéron arrive en cette affaire parce que M. de Lamartine et M. Karr lui ressemblent, étant grands républicains, grands amateurs de jardin, grands gens de lettres, grandes victimes de l'ingratitude populaire et des tyrans. Jusqu'ici le pauvre M. Karr avait été bien méconnu I Enfin, pour compléter la ressemblance de M. Karr et de M. de Lamartine avec Gicéron, il sont tous deux assassinés par Fulvie ; mais quelle Fulvie !

Notre Fulvie à nous, c'est quelque amer Fréron, Dont la haine terrestre au feu du ciel s'allume, Et qui nous percera la langue avec sa plume.

Je crois que j'ai tout à fait le droit de prendre ici la parole. Je la prends et je proteste pour Fréron.

Je le connais très bien, ce pauvre Fréron. Jamais il n'a trouvé que M. Karr eût une langue; il n'a donc jamais voulu la percer. Quant à M. de Lamartine, c'est autre chose ; il a deux langues : l'une est belle et noble, qui a récité de beaux et nobles vers ; l'autre diffuse et chargée, qui a débité en prose et en vers de détestables sornettes et aussi misérablement flatté l'erreur populaire qu'aucun rimeur de cour les folies d'aucun roi. De ces deux langues, le Fréron que je connais a toujours admiré la première; de grand cœur il percerait (avec sa plume) le seconde I G 'est à la plume de percer les langues, et souvent elle n'a pas de plus

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utile emploi. Avant de s'appliquer à nettoyer la langue de Béranger, M. de Lamartine s'était clTorcc de percer la langue du Dante et celle de Musset. L'autre jour, un monsieur du Sit'cle crut glorieusement percer la langue de Bossuet : pourquoi Fréron n'aurait-il pas le droit de percer la langue de M. de Lamartine, la seconde, celle qui est malade, et aussi la langue de M. Karr, si M. Karr venait à parler.

A l'égard de M. de Lamartine, cette opération n'est pas seulement permise, elle est nécessaire, elle est urgente : la maladie empire. Sa lettre à M. Karr renferme des maximes que la critique ne peut tolérer. Dans les nudités d'une décadence vengeresse, les plus condamnables théories du mercantilisme littéraire s'y étalent sous les plus risibles boursouflements de la vanité.

La décadence ! Qui voudra bien savoir ce que c'est et jusqu'où cela peut aller, qu'il compare l'ode sur le génie, à M. de Donald, et cette épître u semi-sérieuse » à M. Karr, jardinier. Toutes les décrépitudes y sont : fautes de goût, chevilles, pesanteurs, somnolences, notes fausses, notes croquées, notes ratées, les heurts, les fondrières, la stérile abondance, l'effort impuissant, la honteuse facilité, tout !

En France, presque toujours les lyriques ont eu l'esprit vif. Racine, sans compter le charmant badinage des Plaideurs, a laissé vingt épigrammes des mieux venues et quelques pages de prose très fine et très alerte. Cette gracieuse faculté manque totalement à M. de Lamartine. Jamais il n'a su badiner. Son semisérieux est un va-et-vient perpétuel des limites grotesques du pompeux aux frontières ridicules du lugubre ; ses familiarités exhalent un relent épique le plus dissonnant et désagréable que l'on puisse imaginer. Après avoir averti M. Karr qu'il sent le besoin de se plonger

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dans son sein et de se faire sur la plage un oreiller de sable où le flot le submerge d'oubli, il s'écrie :

Il faut à tout beau soir son jardin des Olives !

Quel souvenir entre ces deux marchands de gaudrioles ! Ce qu'il veut dire, d'ailleurs, il n'en sait rien. Une rime en ive est tout le but et toute l'excuse de cette insupportable irrévérence. La rime, le traînant où elle veut, l'accroche dans des asservissements qui feraient rougir un facteur de bouts-rimés. Il décrit la maison qu'il veut avoir :

Vingt ou trente oliviers à l'ombre diaphane N'y sont-ils pas penchés par la corde de l'âne?

N'y bénit-on pas Dieu de cet arpent de terre Où l'on repose en paix sous l'arbre sédentaire. Où l'on s'éveille au moins comme on s'est endormi Sur cette fourmilière où l'homme est la fourmi ?

N'y voit-on pas :

Le long râteau qui peigne et qui grossit en gerbes, Quand la faulx a passé, les verts cheveux des herbes ?

Les Précieuses, voulant avoir des fauteuils, demandent qu'on leur a voiture les commodités de la conversation ». Le semi-sérieux de M. de Lamartine regorge de semblables élégances. La demoiselle anglaise qui achète, au marché de Nice, les fleurs de M. Karr, est d'Albion la vierge au teint vermeil; l'humide Tibur est trempé des gouttes de Neptune ; depuis « qu'en un carré de fleurs sa vie à jeté l'ancre », l'excellent monsieur, assimilé à Jeannot Lapin, vit de thym au lieu de vivre d'encre,

Et cent autres pathos A mettre en pâmoison Madeion et Cathos.

Mais la littrrntnrc n'est rien encore; il faut voir la morale.

Donnons d'abord vin regard aux boursouflements de la vanité. Celte passion mignonne des gens de lettres prend des proportions qui fatiguent l'indulgence et même l'hahitiide. M. de Lamartine n'y met plus aucun ménagement. \ mesure qu'il se détériore, il s'exalte dans l'admiration de soi-même. Hier il s'abîmait et se ravalait dans l'auréole de Héranger; il demandait un recoin, par grâce, sur le mausolée qu'il propose d'ériger à cet Anacréon de Suresnes. De telles feintises sont bonnes en passant. On quêtait ce jour-là en orphelin de l'amitié, et le vieux chapeau du défunt pouvait favoriser la recette; mais M. de Lamartine a sa pensée sur la grandeur bumaine, et, suivant son estime, lui seul est grand. Les journaux s'amusent à faire courir des vers qu'il écrivit pour être gravés au bas de sa statuette. Autrefois on se contentait d'un quatrain que l'on mettait pudiquement sous le nom d'un ami. M. de Lamartine n'a pas pu s'assouvir sur son propre compte à moins d'une ode ; il s'est décerné cinquante alexandrins, et l'inscription est deux fois longue comme le monument. Il trouve qu'il a sept âmes. Il se voit un pied qui lutte, un front qui vibre, des lèvres de feu, un cœur qui bondit, un geste serein, un bras qui commande, un œil qui rêve, et une arche du flanc que l'extase soulève ; il est soldat, poète, pontifie, tribun ; il finit par dire à son sculpteur (un amateur nommé d'Orsay, qu'il appelle Phidias) que c'est une imprudence d'avoir moulé son image, parce que le souvenir de l'ingratitude publique à son endroit pourra dégoûter quelqu'un de la vertu et de la gloire, et qu'il faut éviter (pie, « faute d'un cœur, un siècle soit perdu ». Voilà l'opinion humble qu'il a de ses mérites.

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S'adressant à M. Karr, il ne prend pas tant de large ; mais il enchérit sur l'habitude où sont nos gens de lettres de se montrer en déshabillé ; il se montre en baignoire. Ici M. Karr pose pour la postérité. L'amateur d'Orsay est devenu Phidias pour avoir modelé M. Lamartine; M. Karr passe Aristippe, « Aristippe masqué du front d'Alcibiade » pour avoir assisté M. de Lamartine dans son bain.

Ecoutons cette églogue que l'on pourrait intituler Les Deux Alphonse :

Je crois te voir encore A l'heure où sur Paris montait la rouge aurore, Quand ma lampe jetait sa dernière lueur, Et qu'un bain de ma veille étanchait la sueur ; Tu t'asseyais tranquille au bord de ma baignoire, Le front pâle et pourtant illuminé d'histoire ; Tu me parlais de Rome un Tacite à la main, Des victoires d'hier, des dangers de demain ; Des citoyens tremblants, de l'aube prête à naître ; Des excès, des dégoûts et la soif d'un maître; Du défilé terrible à passer sans clarté, Pont sur le feu qui mène au ciel de liberté ! Tu regardais la peur en face, en homme libre. Et ta haute raison rendait plus d'équilibre A mon esprit frappé de tes grands à-propos Que le bain n'en rendait à mes membres dispos !

Ah ! France ! le Ciel t'avait donné de tels hommes, et tu les as réduits à jardiner !

Sil m'est permis de prendre la parole comme peuple, j'avouerai pourtant que je suis bien ennuyé et bien humilié de savoir tant de détails intimes sur mes illustres contemporains. Le pauvre petit monde est condamné h cela, sans doute, et il a le défaut de s'y plaire. Toujours à la suite des grands, on a vu des gens de lettres et quelquefois des gens d'esprit pour rapporter au peuple ce qui se passait dans les régions supérieures, pour lui en raconter les divertissements, les aven-

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tiires, autant fjn'ils l'ont pu les scandales ; mais il s'agissait de rois, de grands seigneurs, de grandes dames ; on dépeignait des magnificences, on racontait de vraies aventures, et enfin ces hauts personnages ne prenaient pas eux-mêmes la peine de tenir le public au courant de leurs actions. Nos gens de lettres sont leurs propres Dangeaux, et c'est à qui nous révélera plus avant les mystères de son cœur, et ceux de sa cuisine, et ceux de sa toilette, et pis encore. Nous avons le récit circonstancié de leurs noces, le menu de leurs festins. Voilà qu'il ne nous est plus permis d'ignorer qui était là quand M. de Lamartine prenait son bain, ni ce qui se disait dans ces augustes rencontres. Cela importe à l'histoire de ce fameux provisoire de 1848, où il s'en fallut de peu que M. de Lamartine pût dire à son tour : 0 fortunatam nalam, me consule, Romam!

Tu naissais au bonheur, France, m'ayant pour maître !

Ce comble de suffisance explique d'ailleurs à merveille le goût général des orateurs et gens de lettres politiques de notre époque pour le vaniteux personnage de Cicéron. Par la vanité surtout ils lui ressemblent. (( Il se rendit luy-mesme odieux et acquit la maie gr.;ce de plusieurs gens pour ce (ju'il se louoit et se magiiifioit trop luy-mesme ; car il ne se faisoit assemblée, là où l'on n'eust la teste rompue d'ouïr à tout propos ramener Catilina et Lentulus, jusques à emplir ses livres et les œuvres qu'il composoit de ses propres louanges, ce qui rcndoit son langage et son style, qui autrement étoit si doux et si aggreable, fascheux, ennuyeux et desplaisant à tous ceux qui l'entcndoient ; car il falloit toujours que ceste fascherie y fust attachée, comme un malheur fée qui lui ostoit toute sa bonne

grâce. » M. de Lamartine n'est pas de l'avis de Plutarque ; il ne reprend rien dans Cicéron et allonge son admiration presque aux vers que le consul avait la faiblesse de composer :

Ce grand homme, Esprit athénien dans un consul de Rome, Doué de tous les dons parfaits, quoique divers, Fulminant dans sa prose et rêveur dans ses vers, Cicéron en un mot, âme encyclopédique, Digne de gouverner la saine république.

Si Rome, riche en maître et pauvre en citoyen, Avait pu supporter l'œil d'un homme de bien ! Peut-être sous César trop souple au diadème, Mais par pitié pour Rome et non pas pour lui-même.

Les vers de Cicéron paraissent également éloignés de la précision de Lucrèce, de l'élégance de Catulle, de la profonde harmonie de Virgile ; il y manque la netteté, la chaleur vraie, le mouvement intérieur ; le style est chargé d'expressions vagues, souvent impropres, embrouillé de périphrases ; et tout cela ne lui coûtait rien : « On a dit que quand il s'y mettoitune fois, il en écrivoit bien cinq cents pour une nuict. » Ce sont des vers que M. de Lamartine peut admirer maintenant. L'âme encyclopédique de Cicéron n'était qu'un écho sonore, où les doctrines philosophiques et religieuses entraient, principalement à titre de machines pour l'éloquence. M. de Lamartine, plus blâmable que Cicéron, a parfaitement dans la tcte cette encyclopédie-là. Quant h la dernière politique de Cicéron, trop souple au diadème, mais pdiT pitié pour Rome, ce trait d'apologie explique pourquoi Cicéron se livre aujourd'hui à diverses besognes pacifiques, ici professeur familier de littérature, là autre chose. Je ne l'en blâme point ; cependant il n'y a pas de quoi tant le renchérir, ni tant estimer l'affection qu'il garde à Bru tu s.

ALPHONSE KARK El LAMARTINE îS

11 faut observer que Cicéron était fort bien pour César : u Toiisjours le premier à approuver et conlirnier les honneurs qui lui estoient décernez, et s'estudioit à dire tousjours quelque chose à la louange de luy et de ce qu'il fesoit. » César, de son côté, se conduisait galamment et avec toute la supériorité de son âme magnanime. Il louait le bonhomme et le comparait à Périclès et à Théramènc. En réfutant son Gaton, il lisait ses Tusculanes inédites ; il poussait la bonne grâce jusqu'à se laisser vaincre en plein tribunal par le plaidoyer pour Ligarius. Oh ! que Cicéron se fût bien accommodé d'Octave ! Dans un rêve préparateur, il avait vu qu'Octave devait finir les malheurs de Rome en coupant court aux querelles de tous ces républicains. Octave, après l'avoir, joué, le livra pour s'assurer le tiers du monde, qui lui permettrait de s'emparer bientôt du reste. Crime et ingratitude que rien n'excuse ; mais les derniers Romains l'exécutèrent pourtant, et le fds de Cicéron fut consul de la main d'Octave. Quand M. de Lamartine dit qu'Antoine fit mourir l'orateur par peur de vertu, c'était un bien petit reste ! Antoine tout simplement se vengea ; montrant ainsi que les autres triumvirs et tout leur parti, semblable en cela au parti contraire, u qu'il n'y abeste sauvage au monde si cruelle que l'homme, quand il se treuve en main la licence et le moyen d'exécuter sa passion ». M. de Lamartine avait écrit l'histoire des Girondins sans soupçonner celte vérité; j'ignore si M. Rarr la lui fit entrevoir à l'époque où sa mémorable baignoire était \g pont sur le feu qui mène au ciel de la liberté!

Cependant, écoutons ce que se proposent aujourd'hui nos Romains, réduits à la condition, l'un de vigneron homme de lettres, l'autre d'homme de lettres jardinier.

Ils se proposent de gagner beaucoup d'argent.

Voilà un propos médiocrement héroïque, et le but que M. de Lamartine assigne à ce désir de beaucoup d'argent n'en relève guère la piètre apparence. Il faut, dit-il, gagner beaucoup d'argent pour avoir beaucoup de liberté ! On croyait jusqu'ici que la liberté qui se peut acheter avec de l'argent n'est pas celle que les hommes de cœur ont coutume de poursuivre. D'ordinaire, l'homme qui a voulu se rendre libre par l'argent, a vendu quelque chose de lui-même pour avoir de l'argent ; et avec son argent il se fait des esclaves.

Le personnage fameux auquel nous avons fait allusion au commencement de cet article, ce Gicéron à rudes boutoirs qui vient d'empoigner des sesterces d'une façon si triomphante et si imprévue, il a beaucoup d'argent et il a pris beaucoup de libertés ; est-ce que nous allons le croire beaucoup plus libre ?

Laissons parler M. de Lamartine :

Tout homme arec fierté peut vendre sa sueur :

Je vends ma grappe en fruit comme tu vends ta lleur.

Heureux quand son nectar, sous mon pied qui le foule,

Dans mes travaux nombreux en ruisseaux d'ambre coule,

Produisant à son maître, ivre de sa cherté.

Beaucoup d'or pour payer beaucoup de liberté !

Le sort nous a réduits à compter nos salaires ;

Toi des jours, moi des nuits, tous les deux mercenaires ;

Mais le pain bien gagné craque mieux sous la dent :

Gloire à qui mange libre un sel indépendant 1

Personne en lisant ces vers ne trouvera trop rigoureuse l'appréciation que j'ai faite plus haut du talent actuel de M. de Lamartine. Mais ne revenons pas là-dessus. Restons à la morale qui se dégage de ces enflures et de ces bégaiements. Que devient ici la dignité de l'esprit, la dignité des lettres ?

ALI»IIONSi: KAim ET LAMARTIltE a5

Sans doute, tout homme avec fierté peut vendre sa sueur, et sa grappe, et sa llcur ; même la sueur de son front, même la grappe et la fleur de son esprit. On l'a dit très bien avant M. de Lamartine :

Je sais qu'un noble esprit petit, sans honte et sans crime. Tirer de son travail un profit légitime.

Mais pourtant il y a des conditions à tenir. Toute sueur n'est pas glorieuse, toute fleur n'est pas à vendre ; et quoique le proverbe dise qu'il n'y a pas de sot métier, encore y a-t-il des métiers qui ne supportent pas ni qu'on en fasse en même temps un autre, ni qu'on les rabaisse en leur demandant au delà d'un certain fruit, fût-ce pour payer beaucoup de liberté. La liberté qu'ils demandent avant tout est un noble servage qui défend de songer à s'enrichir. A la fois plus modestes et plus fiers qu'aujourd'hui, les gens de lettres avaient assimilé leur profession à celle des armes, à la magistrature, au sacerdoce même, à toutes les carrières austères où l'on ne fait pas fortune. Ils ne négociaient pas, ils ne trafiquaient pas, ils ne fabriquaient pas ; ils préféraient être pauvres ; et plus ils savaient être pauvres, plus ils s'estimaient libres et plus ils l'étaient. C'est ce vaillant esprit de pauvreté qui constituait vraiment la liberté des lettres ; une fière liberté d'honnêtes gens qui servent en volontaires toutes les grandes causes publiques et qui aiment mieux donner leurs idées que remplir leur bourse. On ne voyait pas les hommes de lettres dignes de ce nom, se mettre aux ordres d'un libraire, flatter une populace, aduler un parti puissant. Ils craignaient Dieu, ils honoraient le roi et ils servaient la muse. S'ils caressaient quelque patron et lui donnaient de « l'élite » un peu plus qu'il ne méritait, l'ha-

bitude n'en est pas perdue, et ce n'était chez eux qu'affaire de dédicace ; ils eussent rougi de descendre là dans leurs livres. Leur cabinet humblement meublé était un sanctuaire ; la réclame n'y avait point le pas sur l'inspiration, n'y était pas même reçue. On la tenait à la porte, et souvent ses services bas étaient refusés. Quant aux autres trafics, il eût fallu proposer à Corneille de vendre des légumes, à Racine de faire du vin, à la Fontaine de cultiver des fleurs pour les envoyer au marché, à Molière même d'ouvrir boutique à côté de son théâtre ! Ils eussent répondu : Les lis ne labourent ni ne filent. L'avare Voltaire, le premier, se fit spéculateur. Il voulut beaucoup d'or pour payer beaucoup de liberté. 11 gagna beaucoup d'or en se fourrant dans cent maltôtes, et l'on sait quelle liberté il acheta. Toute la complaisance qu'on a pour ses ignominies n'empêchera jamais ses flatteurs eux-mêmes, s'ils ont un peu le sentiment de la dignité littéraire, d'avouer qu'en ces négoces, du moins, il a forfait. M. de Lamartine et M. Karr se vantent de leur métier extra-littéraire avec une emphase qui trahit un secret embarras.

Vous avez beau dire et beau vous targuer : l'art est quelque chose de haut, et à certains égards de divin, qui veut un homme tout entier. Il ne livre que lentement ses mystères, même à ceux qui pour les trouver ont du feu et des ailes : Ars longa. C'est la noble condition de l'artiste, de chercher toujours, de poursuivre sans cesse les secrets de l'art, quand il a travaillé toute sa vie ; de se plaindre de la brièveté de la vie qui ne lui permet pas de travailler encore, de prolonger les fatigues et les délices d'un combat si beau. Quand vous êtes vigneron, quand vous êtes jardinier, quand vous êtes un mercenaire qui fabrique des livres pour yti-dre des livres, vous n'êtes plus artiste, vous descendez ; et si

VOUS ()r(' tendez ôtre artiste dans la recherche de l'or afin d'arriver à la liberté, d'abord vous vendez la sainte liberté de l'art ; ensuite, le juif qui fait fortune en quinze mois est plus grand artiste que vous, et vous le mettez en droit d'avoir, comme artiste et comme homme, un extrême dédain pour vous. Il a de l'or plus que vous n'en avez, il est plus libre que vous ne l'êtes. Il ne s'exerce pas à faire des livres pour conquérir votre admiration, il vous commande de faire des livres pour qu'il s'en divertisse ou pour qu'il les exploite et qu'il y gagne. Vous obéirez, vous travaillerez suivant son humeur. 11 est plus riche que vous, plus libre que vous, plus homme que vous. Il lui viendra même la fantaisie d'écrire, comme par jeu, afin de montrer qu'il peut s'amuser sans vous et que vous n'êtes dans son domaine qu'un serviteur dont il saurait se passer.

Quoi ! beaucoup d'or pour payer beaucoup de liberté ! vous ne savez pas être libre sans cela ! vous ne savez pas que le moyen d'être libre est de mépriser beaucoup l'or ! Et pour acheter cette liberté que l'on se procure à prix d'or, c'est-à-dire à prix de liberté, vous produirez vos livres de la même façon mercenaire que vos légumes et votre vin ; vous demanderez à votre esprit double et triple moisson; vous ferez le commerce des primeurs ; la muse ne sera plus volontaire, elle fera sa journée et sa nuit comme un ouvrier qu'on surmène ; le métier, le vil métier, supplantera l'art, et vous jetterez le matin au public la page noircie dans votre veille distraite, sans même relire le fatras qui la couvre, mais non sans avoir compté les lignes qu'elle contient. Quant au reste, mensonge ou vérité, raison ou démence, cynisme ou pudeur, peu importe. Beaucoup d'or !

Voilà comme on était écrivain et comme on devient manœuvre ; comme on a déposé la plume pour tourner

la meule ; comme on se fait réduire par le sort à compter ses salaires ; et comme le public, justement offensé de ces besognes et de ces préoccupations, s'éloigne, dédaigne votre sueur qui n'est plus noble, dédaigne votre fleur qui n'a plus de parfum, se rit de vos cupidités de gloire qui sont des cupidités d'argent, et finalement, ferme la fenêtre quand vous passez, après avoir payé le tribut qu'on a coutume de jeter aux concerts des infirmes.

Dieu vous avait fait pour mériter mieux.

CHAMPFLELRY ET DÉRANGER

M. Ghampflenry, capitaine des réalistes, écrit en ses commentaires, parmi beaucoup d'autres maximes d'importance, celle-ci :

« 11 est difficile de prononcer le nom de Béranger « sans en dire quelques mots. ))

La correction grammaticale voudrait : « sans en dire c( quelques syllabes », mais alors la pensée serait moins profonde. Car il s'agit, la suite le prouve, de la personne même de Béranger, et non pas seulement de son nom. 11 faut donc entendre que l'on ne peut nommer Béranger sans s'arrêter un peu, sans dire quelques mots de lui. Pourquoi le grand réaliste parle-t-il comme si Béranger n'était qu'une chose ? Est-ce finesse d'esprit ou incapacité de langue? Je l'ignore. L'homme est fin, mais la fée Ironie ne l'a doué que d'un français très gros.

Malgré ce gros français, le capitaine des Réalistes n'est pas rien. Il mérite certainement qu'on l'écoute lorsqu'il ne dit que quelques mots. II parle sérieusement de son Réalisme, quoique en langue de fantaisie,

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et il a inventé le peintre Courbet, lequel a fait un ferme propos de ne jamais embellir la nature et n'a jamais enfreint son serment. N'étant point Champfleuriste, je ne suis pas non plus Courbettin ; ce peintre de laideur me semble le contraire d'un artiste; mais je n'en admire que plus le succès de l'invention. A mon avis, c'est une des fortes mouches qu'on ait su faire gober aux Athéniens, et la police ne leur tenait pas la bouche oifverte comme pour Giboyer. Oh ! que je ne dédaigne point Ghampfleury ! Il a fait un livre intitulé Monsieur Tringle, et un autre intitulé les Bourgeois de Molinchart, qui sont des ouvrages bien plus carthaginois que Madame Bovary et la Mascarade de la Vie parisienne ! On en mourrait. M. Champtleury passe pour n'être pas décoré. 11 n'y a cependant rien dans ses livres qui sente aucune espèce de religion, sauf la religion de l'art... de Courbet. Là, par exemple, il pontifie avec beaucoup de gravité, et même il ne se montre pas ennemi d'un peu de quelque petite pompe. 11 a une manière posée et quasi solennelle de déplier le torchon. Soudez cet axiome sur Béranger ! Rien dans tout le docteur Véron n'est plus majestueux. Le docteur Véron, grand réaliste aussi, et qui jamais non plus n'a embelli la nature !

Or, puisqu'il est certain qu'on ne peut prononcer le nom de Béranger « sans en dire quelques mots », écoutons les quelques mots de M. Champfleury. Ils sont, d'ailleurs, intéressants.

M. Champfleury nous révèle que Béranger n'admirait guère ses contemporaias, tant littéraires que poli-

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tiques. Je n'en suis pas démesurément étonné; et si l'on venait, d'ailleurs, m apprendre que la plupart de ces illustres en tout genre, surtout les poètes, qui ont salé Héranger de tant de louanges publiijuos, qu'il leur a rendues, nourrissaient néanmoins pour lui les secrets mépris qu'il avait pour eux, je dirais que je le savais déjà.

Le pontife Champfleury lui-même est froid envers l'amant de Lisette. Je le soupçonne de vouloir le dessaler un peu. Il croit n'avoir pas l'air d'y toucher, mais la fée Ironie ne lui a donné qu'un gros français.

Béranger, dit-il, u s'amusait surtout du manège de (( ces écureuils qu'on appelle les hommes et qui touru nent dans la cage politique... Au coin de son feu, (( entouré de quelques vieux amis, se sentant impropre (( aux affaires publiques, le poète se moquait finement (( avec celui qui entrait, de celui qui venait de sortir... (( II avait un fonds de scepticisme et de raillerie qui u n'épargnait personne... » Personne que lui-même! Sur son propre compte, il était plus croyant et ne se disait point de sottises : « J'ai voulu devenir le premier (( dans la chanson, est une phrase que je lui ai entendu (( répéter souvent. » D'où le sagace Champfleury conclut que (( le poète n'échappait pas aux glorioles dont {( se nourrissent tant d'hommes qui dépensent leur vie (( au service d'une idée. » Ou sent la pointe ! Même le prudent réaliste craint d'en avoir trop dit, et se hâte de rajuster la couronne qu'il vient de chilTonner. 11 jure que Béranger était la meilleure pièce que l'on pût voir et le plus grand sage : « 11 faut étudier de près ces u natures baptisées par la fée Ironie (divinité-réa- (( liste?)... Se moquant des hommes, ils aiment loi (( hommes. La petitesse des sentiments leur fait pitié, « et ils en rient de peur d'en pleurer, toujours prêts

3a CHAMPFLEURY ET DERANGER

« cependant à venir en aide au malheur. » Le réaliste connaît la théorie des vérités douces à pratiquer et qui se paient, comme on dit, sur la bête.

Avec tout cela, il a une dent contre le bonhomme qui avait u voulu devenir le premier dans la chanson » et qui a dépensé (économiquement) sa vie au service de cette idée. Ce qui suit n'est pas sans amertume :

« En 1849, Béranger se faisait vieux et, croyant se (( dépouiller de certaines illusions, en arrivait à une (( sorte de négation des œuvres modernes. Suivant le c( chansonnier, la littérature s'arrêtait au dix-huitième (( siècle. )) — Le jeune Champfleury n'entendait pas cela sans quelque douleur. « Etait-ce une idée récon- (( fortante pour un pauvre garçon qui a besoin de tant (( d'illusions dans la vie littéraire? »

Ce vieux Béranger avait d'autres idées scandaleuses : il conseillait de s'assurer le pot-au-feu. a Mais, reprend (( M. Champfleury, comment s'assurer le pot-au-feu? {( Où se trouve l'emploi qui n'enlève ni faculté d'ob- (( server ni indépendance? Béranger le prêchait à tous (( ses amis (??), avouant toutefois qu'il n'avait aucun (( crédit, pour l'avoir dépensé depuis longtemps, et ce (( bienveillant donneur de conseils, pour toute conclu- « sion, en arrivait à ouvrir sa bourse à certaines âmes (( fîères qu'il mettait en fuite. » Bref, « en voulant (( encourager les jeunes gens, Béranger, sans s'en douce ter, jouait le rôle d'un décourageateur (!!) ».

Mais M. Champfleury, comme on le voit en ses commentaires, ne se laissa pas dccourageater.

Il continua à poursuivre la belle chimère du Réalisme et il la poursuit encore, avec l'espoir de l'enlacer dans ses bras chimériquement nerveux.

Fit-il bien? Béranger avait-il tort ? Je n'en sais rien, je n'en veux rien savoir. Je ne sais même pas pourquoi

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je viens de passer une demi-heure à tirer la robe augurale de M. Cliampfleury, qui est, après tout, un homme adonné aux idées et un pontife très innocent. Quelle raison avais-je de rire de son style? — Il faut que j'aie eu « peur d'en pleurer ».

Fermons la parenthèse 1

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