HENRI BRISSON, FILS DE VOLTAIRE
Heureuse nouvelle, consolation de la patrie en deuil I Quand nous parlions de ce voile sacrilège jeté sur le Voltaire du Théâtre-Français, le voile était déjà arraché par la main pieuse d'un adjoint au maire de Paris. Ainsi Napoléon 111, le Sédantaire, n'a pas emporté tous les Chevreau. Il nous en a laissé un au moins. On le nomme le citoyen Henri Brisson.
Aux élections de 1869, il briguait l'honneur de prêter serment à la constitution impériale. Le premier pas dans la vie politique, c'est de se donner un serment à lâcher. M. Brisson accomplit ce rite indispensable, mais ne passa point. L'opposition irréconciliable lui préféra M. Ferry, non comme plus pur, mais comme plus sage. Aux yeux qui pouvaient les comparer, M. Ferry semblait offrir encore je ne sais quoi d'humain. Précédemment un petit monde de spécialistes, munis de bons microscopes, comptaient M. Brisson dans les infiniment petits du journalisme. Quelqu'un du 4 septembre le prit entre ses doigts et le posa dans la municipalité, probablement par la raison qui fit mettre
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M. Rochefort dans le gouvernement, pour ne l'avoir pas dehors.
D'après la Cloche, c'est un vainqueur de premier choix, un homme qui n'entend pas la raillerie sur l'article Voltaire, et qui sait se poser de trois quarts lorsqu'il adresse la parole aux gens en péril de destitution.
Voici le récit vraiment épique de la Cloche. Il est à reproduire comme u signe du temps ». On y voit en quelques lignes la propre figure du despote subalterne, plus un type de complaisant et un type de patient qui l'accompagnent, et le tout forme une peinture parfaite de l'heure présente. Le style est impayable. Impossible d'exprimer mieux le contentement et pourlèchement de certaines natures, lorsqu'il leur est donné de voir le parvenu qui monte insulter le pauvre diable d'homme de mérite qui descend.
(( Nous avons raconté comment, sur la demande de quelques-uns de ses sociétaires et de quelques membres de la société de Saint-Vincent de Paul (?), M. Ed. Thierry avait couvert d'un voile noir la statue de Voltaire, dans le péristyle du théâtre.
« L'administration s'est émue à la nouvelle de cette profanation (sic).
(( Hier, le citoyen Henri Brisson, adjoint au maire de Paris, s'est rendu au Théâtre-Français et a ordonné au directeur davoir à retirer immédiatement le voile dont il avait eu l'audace de couvrir Voltaire.
(( — Vous devriez vous souvenir, monsieur, a ajouté Brisson, que Voltaire est l'immortel initiateur de la Révolution française.
« Sur ce, il sortit, laissant M. Ed. Thierry réfléchir tristement sur les étranges retours des choses d'icibas. »