LE CITOYEN FELIX PYAT
ajoute : a Si ce dernier soupir est une Ame, je dois déclarer que c'est une âme qui pue. » 0 Pyat 1 ne laissez pas la Gâcon rôder autour de votre esprit. Elle dirait des mots énormes.
Du reste, M. Pyat, n'étant pas muni
D'autant de jugement que de barbe au menton,
peut croire que Dieu s'est donné des torts envers lui. Il a sujet de penser, dans ses moments de doute, que Dieu le fit cruellement pour être sifïlé. M. Pyat ne fut point heureux dans la carrière des lettres. Yapereau dit bien qu'il eut d'immenses succès au théâtre, mais il ne le fait pas croire. Un homme qui eut d immenses succès au théâtre ne demande pas que l'on assassine les rois et que l'on émonde le genre humain. Ce sont les auteurs siffles et nés ad hoc qui ont de ces mélancolies ou biles noires. Les gens à succès veulent se réserver des claqueurs ; les gens à sifflets veulent couper des sifflets. Ce n'est point malice naturelle, c'est plutôt esprit de justice, n'estimant jamais qu'on les ait pu siffler justement. Ils sont tous ainsi. Robespierre, Marat, CoUot, cinquante autres ennemis enragés de Dieu et des hommes, tous auteurs et historiens siffles ! Il n'est rien tel que le sifflet pour déranger la cervelle littéraire. On admirera toujours César-Auguste, parce qu'ayant lu à ses courtisans une tragédie de sa façon qu'ils refusèrent d'admirer, il ne les fit pourtant point mourir. C'est la vraie grandeur d'Auguste :
Je suis maître de moi comme de l'univers.
Selon beaucoup de gens, cette grandeur dépasse la mesure humaine. Plusieurs qui ont hanté les académies et tripots de littérature, disent que la chose est impossible, à moins de quelque miracle, et que certai-
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nement Auguste n'avait [).'is In sons poôfujuc, nutrcmcnt il eût fait étrangler ses confidents. Les sages Kornains - se fièrent si peu sur l'exemple d'Auguste, que tous, un peu plus tard, applaudirent avec frénésie les vers et la voix de Néron. Et ils firent bien.
Pour revenir à M. Pyat, la vérité est qu'il n'eut pas d'imnnenses succès au théâtre, mais qu'il eut d'immenses revers en police correctionnelle, toujours pour faits de littérature, autre indice d'une étoile malheureuse. Jules Janin d'abord le fit tourmenter par les juges ; c'est Yapereau qui le dit, et cela dura six mois. Ensuite le gouvernement le rechercha fréquemment, mais ne le trouva point. Comme le fameux prince Etienne, notre ci-devant maire, il est de ceux qui ont toujours la chance d'échapper. Seulement le prince Etienne, tout en se cachant, se place. M. Pyat n'a que le génie simple de la cachette. Mais quoique simple, il l'a beau. Un jour qu'il avait mis le feu dans Paris (le feu de la sédition), il sut se garer en pleine eau, chez des blanchisseuses. C'est moins fort qu'Arago, mais c'est plus fort que Gribouille. Gribouille eût été se cacher tout bêtement dans le feu.
(3n reconnaît à de pareils traits un homme qui ne hait point ses sûretés, et ne se lance point sans avoir mûrement songé à la retraite. Comment donc un pareil homme se jette-il en tant d'affaires et s'en fait-il une si grosse avec Dieu ? Quant à Dieu, puisqu'il a l'infirmité de croire qu'il n'y croit pas, tout s'explique. Mais quant à la police, il y croit au point de la fuir même avant de l'entrevoir, et il l'alYronte.
Il y a ici un mystère couvert à qui ne connaît pas la violente démangeaison qu'on appelle l'amour de la gloire chez les impotents. L'impotent qui a contracté l'amour de la gloire, et l'infortuné qui a pris la gale