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I 10 LE CITOYEN FELIX PYAT

sont condamnés à publier leur maladie. Dussent-ils en mourir, ils se grattent, et le glorieux plus que le galeux. Le glorieux n'y peut tenir. Il entend d'avance les applaudissements, il voit d'avance éclater la bombe qui va remplir le ciel de la lumière de son nom, et quelle que soit sa timidité de coeur, il se gratte héroïquement. C'est par ce moyen que Dieu, laissant au glorieux la liberté de cacher sa ridicule maladie, fille de l'orgueil, le contraint néanmoins à trahir et à réveiller 1» sifflet.

Dieu ne demande pas à Vinfellx Pyat de nous dénoncer sans relâche la stérilité de sa pensée, la lourdeur de son ©«prit et l'infériorité grotesque de sa littérature ; mais l'amour de la gloire le pousse à des saccades impérieuses, et le voilà par les rues, secouant ses castagnettes de bois blanc, jusqu'à ce que la gendarmerie importunée le fasse courir, tout blême, vers l'arche de salut, ce fameux bateau de blanchisseuses.

Sans cette terrible passion, M. Pyat ne serait point le plus fougueux des hommes. Il ne blasphémait pas avant de s'être essayé devant le sifflet, et on l'a connu patient. Un jour Proudlion, le robuste butor, embusqué derrière la tribune, le grêla de coups de poing d'avocat auxquels cette peau de rhinocéros semblait aussi peu sensiiDle qu'aux baisers de l'aurore. On crut qu'ils se tireraient ensuite chacun au moins une pinte de sang, n'ayant ni l'un ni l'autre aucune crainte de Dieu. Mais point du tout, et M. Pyat remit l'offense. Ainsi c'est un homme doux primitivement.

0 Pyat, votre fureur contre les rois ne leur a pas beaucoup nui, et ils l'ont, au contraire, fort bien exploitée contre la presse ; votre fureur contre Dieu ne lui nuit pas beaucoup, et pour mon compte, plus je vous lis, plus je me sens de foi. Mais je crains que vous ne

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