LE CITOYEN FELIX 1'^ A 1 III
VOUS fassiez grand mal à vous-mcme et je vous a\eitis. Il se peut que vous ne soyez pas assez fou pour cire encore un innocent.
Remarquez que déjà vous avez mené une vie errante et malheureuse sans rien du tout produire qui vous ait fait le moins du monde estimer. A'ous cherchez à vous donner une tournure de Dante vengeur, mais M. Hugo a pris ce rôle et vous enfonce, encore qu'il n'y réussisse pas tout à fait. Vous êtes mal grimé, le laurier dantesque manque à votre casquette non moins qu'au bonnet de coton du traducteur Ratisbonne, et vos rugissements les plus sauvages laissent dominer toujours le bêlement berrichon. Vous n'êtes pas terrifiant, mon ami, vous êtes sciant. Quel avantage pouvez- vous trouver à scier le peu de gens de bien qui se croient encore obligés de vous lire quelquefois ?
Laissez cela. Vous voila vieux, et Dieu, qui existe, vous écoute et se souvient.
Il se souvient, notez ce point-là. Un de ces jours il vous enverra l'appariteur. L'appariteur vous trouvera, fussiez-vous dans le bateau. Et toutes les blanchisseuses de la Seine n'auront pas assez de linge sale pour vous cacher ni assez de savon pour effacer vos écritures. 11 faudra venir au juge, il faudra être interrogé sur faits et articles, il faudra répondre. Ce sera un mauvais métier éternel d'avoir tant blasphémé.
Homme ami de vos sûretés, munissez-vous de quelque jésuite qui sache vous faire répandre une larme sur tant de mauvaise encre. Un seul jésuite et une seule larme vous seront alors de plus de secours que l'admiration et le savon de dix mille blanchisseuses.
Et comme disent les jésuites : Pensez-y bien !