M. DELESCLUZE
3 décembre.
Qui n'a entendu parler de l'illustre feu Pedeîoup, maître de pension dans le quartier MoufTetard, homme sévère, mais juste, lequel sut incomparablement tenir ies élèves au régime des haricots, forçant les récalcitrants à conjuguer le verbe Je me tais en silence ?
Gel insigne Pedeîoup était le précurseur de M. Delescluze, maire d'un arrondissement insurgent et directeur du Réveil, journal insurgé. Comme Pedeîoup, M. Delescluze est venu au monde pour dicter la loi et imposer silence. Fidèle à sa vocation, il s'est proclamé et s'est reconnu dictateur.
Sa mairie insurgente lui donne du tintouin, et son Réveil insurgé penche à s'endormir éternellement ; mais sa dictature est pleine de consolations. Elle s'exerce sans obstacles ; tous les jours le Réveil prodigue ses décrets, et personne ne dit mot.
Véritablement, le digne M. Delescluze est rare par la gravité avec laquelle il se soutient dans cette folie, d'ailleurs commune. On marclie sur les dictateurs, mais personne ne l'est comme lui. 11 a sa façon, qui le sort
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du trivial. Il décrite, il confirme ce qu'il a décrété, il s'obéirait si on voulait le laisser faire. Le bonhomme Blanqui, avec sa barbe plus argentée, n'est auprès de lui qu'un folâtre. lUanqui a ce malheureux mérite de sociolof/ue, par où il rentre dans la classe des penseurs, ce qui lui ôte du sérieux. M. Delescluze, ([ui ne sait rien, qui ne prouve rien et semble fort ne penser rien, est bien plus dictateur. Il dicte, et voilà une loi. Ainsi dictait Pedeloup, jadis immense ; mais M. Delescluze est venu, et Pedeloup n'est plus qu'une figure.
Ne pouvant faire exécuter ses lois, M. Delescluze se dédommage en donnant des avis et des avertissements toujours justes et toujours sévères, lien donne beaucoup, il en donne à tout le monde. On l'écoute et, en général, l'on courbe la tête. L'autre jour, il est mal tombé, il a rencontré un récalcitrant. Pedeloup en sursauta dans la tombe !
Vn je ne sais qui, un je ne sais quoi, im monsieur de quelque chose, sorti de quelque gentilhommière bretonne, s'était permis de médire du potentissime Duportal, préfet démocratique de Toulouse, et, qui plus est, ami du surpotentissime Delesrluze.
Le dictateur n'a point d'égaux, mais il avoue des amis. Il a dicté que son ami Duportal méritait des louanges, et il a averti le gentilhomme de rentrer dans sa gentilhommière. Mais le gentilhomme s'est rebiffé, et l'on peut croire que, pour cette fois, c'est le dictateur qui conjuguera le verbe Je me tais en silence. Il y aiu-a quelque tremblement de terreaux environs du tombeau de Pedeloup !
Nous reproduisons la lettre du gentilhomme comme un document très supérieur au personnage et à l'incident qui l'ont provoquée. Certainement il n'y aurait pas beaucoup à s'occuper d'une correction reçue par le die-
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tateur Delescluze ; mais la correction ne va pas qu'à lui et elle a une valeur politique très réelle. On y voit la vigueur du courant antiterroriste et antirévolutionnaire, et c'est sur quoi nos fiers-à-bras rouges feront très bien de méditer. Qu'ils évitent de se mesurer avec ce courant-là ! Il aurait bientôt fait de monter plus haut que les bottes de Flourens.
S'ils veulent se rappeler ce que nous leur disions avant-hier du caractère de la nouvelle garde nationale, ils verront que nous donnions d'exacts indices de son esprit. On entend très ouvertement et, à notre avis, très opportunément dans cette lettre remarquable. Ecoutez bien, citoyens. C'est la France à qui désormais vous avez affaire.
Cette France accepte la République, et ne veut pas de vous, et elle est particulièrement ferme sur ce dernier point. Elle ne veut pas de votre ineptie barbare, de votre arrogance, de vos brigandages.
Tenez-le vous pour dit, roulez le chiffon rouge. Le présent carnaval est le dernier. Et ne vous obstinez pas, sinon vous serez empoignés et mis à Charenton jusqu'à guérison parfaite.
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3 novembre.
Une forte manie du citoyen Blanqui et de son clan de phraseurs généralement féroces, mais plus généralement ridicules, est de croire qu'ils prouvent quelque chose lorsqu'ils traitent dejésuite quiconque les contredit ou les bride un peu. S'ils consentaient à être moins niais, on serait peut-être moins éloigné de s'entendre.
M. Blanqui, en personne, déclare cv jésuites » les trois bataillons du faubourg Saint-Germain qui l'ont dérangé l'autre jour, quand ses affaires étaient si bien emmanchées : « C'est l'armée catholique qui a gagné par une trappe la bataille de l'Hôtel de Ville. Que VUnivers illumine. » Blanqui.
Eh bien .'jésuites, catholiques, entrés par une trappe. Et après? N'a-t-on pas le droit d'être catholique autant pour le moins que d'être blanquiste ? Et où est le tort d'entrer par une trappe, quand M. Blanqui, dans la maison, barricade la porte? il fallait barricader aussi la trappe et empêcher le catholique d'entrer par la fenêtre ou par la cheminée. Lorsqu'il plaît à M. Blan-
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qui de livrer la bataille, pourquoi serait-il interdit au jésuite de la gagner?
L'Univers ne veut pas illuminer pour cette victoire. Il nous plaît d'économiser les lampions, qui pourront servir à faire la soupe. La Patrie en danger va-t-elle se fâcher, parce que l'Univers n'illumine pas quand Blanqui est battu ?
Tout cela est bien nigaud. On s'étonne que M. Blanqui, un homme si a fort », fasse entendre de telles plaintes et emploie de pareils arguments, lorsque ces sortes de plaintes et d'arguments n'assassinent plus.
M. Blanqui semble se regarder du même œil dont le contemplent les pierrots rouges dont il s'entoure. 11 est à ses propres yeux un citoyen à part, un pontife, un père de la patrie à qui l'on ne peut toucher sans sacrilège. Il s'accorde tout le respect qu'il refuse à Dieu. II se persuade que ce sentiment est général.
C'est une grande fatuité et une grande illusion. I^our notre compte, nous ne donnons point du tout dans cette religion-là. A nos yeux et à beaucoup d'autres, M. Blanqui n'est pas ce qu'un vain peuple pense. Nous voyons bien sa barbe blanche, ses années de prison, son clan de phraseurs presque tous positivement ineptes. Avec tout cela, il n'est intellectuellement et politiquement qu'un assez pauvre sire, n'ayant jamais bien réussi qu'à se faire enfermer.
Ce qui distingue peut-être un peu M. Blanqui, c'est une certaine nostalgie de la prison. Quand il a vécu à l'air libre pendant deux ou trois mois, il monte un coup pour se faire réintégrer, et il y parvient, non pas toujours sans peine, grâce aux gouvernements cpi'il rencontre ; mais enfin on le coffre. 11 y a convié depuis trente ans tous les gouvernements ; aucun n'a pu s'en défendre.
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Accordons que ce parti pris ne manque pas d'une certaine grandeur. Ou dictateur ou prisonnier ! S'il avait été dictateur luie petite fois, ce serait plus joli. Mais il a perpétuellement manqué la dictature, et il n'esl, après trente ou quarante ans, que le prisonnier le plus amnistié du monde.
Il a été honoré par beaucoup de condamnations, c'est vrai ; méritées, c'est vrai ; voilà sans doute de quoi faire le fier. Mais il ne doit pas oublier qu'il a été défleuri par beaucoup d'amnisties. Méritées ou non, ces amnisties devraient le porter à l'iumiilité.
H ai)pelle cela u souffrir pour le peuple ». Libre à lui. Mais libre à d'autres de trouver que le peuple français ne doit aucune reconnaissance à M. Blanqui pour son aptitude à se faire boucler. Si c'est son jeu, d'autres en font les frais, ^ous préférons l'aptitude d'un bon joueur de violon, ou même celle de l'homme à la boule. L'homme à la boule aussi souffre pour le peuple, et le jeu est plus périlleux pour lui et moins coûteux pour ncius.
Quant aux idées de M. lUancpii, elles sont détestables, mais nous nions qu'il en soit l'inventeur. C'est très connu, très usé, et il n'y a pas là-dedans, pas plr.s que dans tout le reste du parti révolutionnaire, une parcelle de saine nourriture pour la fin intellectuelle du genre humain. Prudhon figurait beaucoup mieux l'animal qui pense ! L ne seule phrase d'un monsieur du clan Blanqui, dans le numéro de ce jour, nous livre tout l'homme et toute l'école :
(( Maudit sois-tu, dogme fatal de la Providence, qui, l'infiltrant du surnaturel dans l'humain, tues dans leur germe les initiatives et amènes Jacques Bonhomme à voir des sauveurs là où il n'y a que des bourreaux. »
Voilà de leur nouveau, et de leur fort ! ^'ous nions
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