‹ Pages choisiesChapitre 62 sur 122 · M. LECOMTE DE LISLE · texte numérisé non relu

M. LECOMTE DE LISLE

les barbares et les impuissants. Dans leur immense vocabulaire, où ils reçoivent tous les mots, ils ne rencontrent pas le mot juste, soit que leur ignorance le dédaigne et l'écarté, soit que leur faible main échoue à le mettre en son lieu. Ils riment pour dire ce qui leur passe par la tétc ; mais, ce qui leur passe par la tète, ils ne le savent pas bien. Rien de moins clair pour eux que leur propre pensée. De là des extravagances d'images, des insuffisances et des pataquès dans l'expression qui ne tardent pas à faire sourire le lecteur, d'abord abasourdi. Et il s'en va avant la fin, s'apercevant que tous ces oripeaux descriptifs, ces tintamarres de couleur et de lumière, ne sont que le déguisement du vieil abbé Delille. Seulement, sous le fatras de ses périphrases, Jacques Delille marchait d'un pas plus leste. L'épagneul de salon dont les jolies petites pattes couraient sans broncher à travers les porcelaines, et secouaient par moments de jolies petites perles fausses, est devenu un éléphant chargé d'une tour de guerre pleine de soldats farouches et surtout bariolés. 11 simule bien la marche pesante, toutefois la terre ne tremble pas.

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