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M. LECONTE DE LISLE

treinte. Autant que nous en pouvons juger à la distance où nous sommes de ses œuvres et de son temps, l'abbé Jacques puisait moins dans le fond j)ublic. Les descriptions de M. Lcconle de Lislc sont bourrées de réminiscences plastiques fournies par l'architecture, la statuaire, la peinture et le dessin, à qui d'ailleurs toute notre poésie matérialiste emprunte considérablement, surtout dans les vastes et abondants domaines de leurs caprices.

M, Leconte de Lisleest né sujet, non pas fils de M. Hugo. 11 serait plutôt, s'il n'avait qu'un seul père, le fils du coloriste Eugène Delacroix. Sans doute M. Hugo est le père de celui-ci et de toute la race, ancêtre infiniment plus grand que sa postérité. Cependant Delacroix nous semble avoir donné à notre poète plus que ne lui a donné aucun autre. Il est sa partie colorante, qui domine tout et se sacrifie tout. On peut dire qu'il a Eugène Delacroix dans les yeux.

Ecoutons un instant ces rauques et stériles tapages.

Dans la description de la tempête qui annonce le déluge, les nuées, « émergeant de la cuve ardente de la mer », tantôt « pendent dans l'air comme des blocs d'airain », tantôt, « hurlantes », s'écroulent, tandis que :

Vers le couchant rayé d'écarlate, un œil louche Et roujre s'enfonçait dans les écumes d'or.

Le soleil (c'est lui), un œil louche et rouge ! Passe pour rouge, mais pourquoi louche ? C'était bien la peine de faire une révolution contre ceux qui appelaient le soleil u le flambeau radieux », ou a l'astre qui nous éclaire ! » et c'est une imagination à embellir la poésie héroïque, d'y faire entrer des mots et des images qui dépareraient la prose familière des journaux.

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Plus loin, nous trouvons :

.... Le sable aux dunes noires, Plein du cri des chacals et du renaclement De l'onagre

Et la strophe suivante :

Chargées D'un livide brouillard, chaud des fauves odeurs, Que répandent les ours et les lions grondeurs. Ainsi que font les mers par les vents outragées, On entendait râler de vagues profondeurs.

Aspect d'Hénokhia :

Thogorma dans ses yeux vit monter des murailles De fer d*où s'enroulaient des spirales de tours. Et des palais cerclés d'airain sur des blocs lourds ; Ruche énorme, géhenne aux lugubres entrailles Où s'engouffraient les Forts, princes des anciens jours.

On a vu la gravure chez tous les marchands. Voici les cariatides. Hommes :

Ils s'en venaient

Plus massifs que le cèdre et plus hauts que le pin.

Suant, échevelés, soufflant leur rude haleine

Avec leur bouche épaisse et rude, et pleins de faim.

Femmes :

Elles allaient, dardant leurs prunelles superbes; Les seins droits, le col haut, dans la sérénité Terrible (?) de la force et de la liberté. Et posant tour à tour dans la ronce et les herbes. Leurs pieds fermes et blancs, avec tranquillité.

Vieillards :

Le poing sur leurs crosses,

Des vieillards regardaient dans leurs robes de peaux, Spectres de qui la barbe inondant leurs poitrines De son écume errante argentait leurs bras roux, Immobiles, de lourds colliers de cuivre aux cous, Et qui d'en haut dardaient, l'orgueil plein les narines. Sur leur race des yeux profonds comme des trous.

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