INTRODUCTION XV
ques, et sa conversion religieuse compléta sa conversion littéraire. L'influence de Rabelais et de Montaigne est visible dans son style. Veuillot étudia de très près nos vieux auteurs classiques et se créa une forme personnelle en s'assimilant leurs tournures, encore très reconnaissablcs à travers l'originalité qui lui est propre. On lui a reproché ses archaïsmes, ses transpositions, ses enrichissements hardis, ses imitations fâcheuses. On lui passe volontiers ces défauts, parce qu'il a gardé les véritables qualités, les qualités essentielles de notre vieille langue : audace, trouvaille, condensation, sobriété, relief, gauloiserie inexprimable ; c'est par là que Veuillot est vraiment écrivain. Son style sort directement de Montaigne pour rejoindre La Bruyère, qui fut son maître définitif, celui dont il s'appropria le plus sincèrement le genre et les procédés. Les Libres Penseurs, les Portraits parlementaires des Mélanges, que Sainte-Beuve louait sans réserves, sont en ce genre d'admirables réincarnations et, à leur tour, de purs modèles, u Lisez les comptes-rendus des séances de la Chambre en 18A7, ^^ ®* ^9» ^ ^^* Sarcey, ce sont de véritables drames, étincelants de verve comique. Tous les personnages politiques y ont un rôle sérieux ou grotesque ; on les voit, on les entend, ils revivent, peints en quelques coups de crayon et de main d'ouvrier. La Rruyère n'est pas plus fin ; il a une imagination moins puissante. Si, dans quelque cent ans, on veut des détails sur nos assemblées délibérantes, on les ira chercher dans ces articles, comme on retrouve la cour de Louis XIV dans les Mémoires de Saint- Simon. »