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LE ROMANTISME

Je formai naturellement le dessein de relire nos classiques. Tout m'y plut, et ce fut un grand bonheur pour moi, par la salubre impression qui me resta dans l'esprit et dans le cœur. Intellectuellement et moralement, je me plaçais dans des courants qui emportaient beaucoup de miasmes dangereux et qui apportaient beaucoup de bons germes.

Je me suis expliqué le succès des romantiques. Quoiqu'ils ne se crussent pas révolutionnaires politiquement et ne voulussent pas l'être, ils l'étaient en effet, et plus adroits serviteurs de la Révolution que ces penauds de l'Académie, qui prétendaient tout à la fois défendre la bonne littérature et les principes de 1789. Les romantiques secouaient des jougs salutaires, insultaient à des statues jusque-là respectées ; ils mettaient la langue littéraire à la portée et à l'usage de tout le monde ; ils faisaient large place à toutes les sensualités, par eux décorées d'un spiritualisme commode. Même avec des talents, les braves gens qui s'intitulaient classiques n'auraient pu résister.

Cependant l'extrême pauvreté du fonds romantique, par cela môme qu'elle attirait la multitude, devait éloigner les esprits fiers. Il suffisait d'un peu de réflexion, et de voir ce projanam accourant de toutes parts. J'avais cette fortune de ne pouvoir me rencontrer en communauté d'opinion avec certaines gens que je ne

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fusse tout de suite intérieurement averti d'y regarder de près, et le moindre choc, la moindre lumière me détachait et me faisait changer. Ce n'est pas, Dieu merci, ce qu'on ai)pelic esprit de contradiction, à quoi je me sens une aversion raisonnable ; c'est le fait simple du naturel. Ainsi je quittai le romantisme et je me préservai toujours de l'impiété. Certain petit journal du lieu, de cette race qui nous a donné le Siècle, ne fortifia pas médiocrement mes dispositions à respecter l'Église, qu'il attaquait sans cesse. Instinctivement je me révoltais contre ces opinions malhonnêtes et mal rédigées.

c( LE CID »

Mes nouvelles lectures affermissaient et développaient mes bons instincts, me faisaient peu à peu mûrir. Quoique je ne lusse que des littérateurs, ne connaissant rien encore de Bossuet, ni de Bourdaloue, avec les seuls poètes je m'avançais. Ma préférence était pour Corneille. Ce que je préférais de Corneille, c'était le Cid ; j'y trouvais dans le langage, dans la passion, dans l'aventure, une fleur indicible. C'était la même sensation que j'éprouvais en me promenant seul, de grand matin, à travers la campagne où se mêlaient la rosée, le brouillard et le soleil naissant, tandis que mon àme, pleine d'ardeur et de tristesses confuses, cherchait l'impossible par des chemins inconnus, voulait jouir de tout, voulait sacrifier tout, et pleurait également ou d'abandonner Chimène ou d'abandonner l'honneur. Je lis encore le Cid, je n'y revois plus cela. L'homme qui vibrait avec cette passion, qui comprenait : Paraissez,

Navarrois, Maures et Castillans ! estimant tout simple que don Rodrigue à lui seul exterminât une cohorte, puisque c'était l'unique moyen d'épouser dona Chimène, cet homme-là est mort, aussi mort que, quelques années après avoir fait le Cid, était mort l'homme qui l'avait fait. Maintenant je donne le premier rang à Polyeucte, parce que je suis chrétien, et c'est un progrès ; autrement je le donnerais à Cinna, et ce serait une décadence.

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