‹ Pages choisiesChapitre 75 sur 122 · RACINE · texte numérisé non relu

RACINE

Racine suivait Corneille d'assez loin. La distance est moins grande aujourd'hui ; Corneille est toujours le premier. Dans Racine je préférais Andromaqae et Bajazet. Athalie était trop forte pour moi, et n'est pas devenue à mes yeux, je l'avoue, le chef-d'œuvre de ce grand poète. Je reconnais la compétence supérieure des juges qui mettent Athalie au-dessus du reste, mais je suis gêné par le son que la parole biblique a laissé dans mon oreille ; ce n'est pas celui que le poète me rend, et ses vers et ses personnages, tout admirables qu'ils sont, portent une coiffure à la Louis XIV qui n'est plus la simplicité inspirée. Le chef-d'œuvre de Racine, à mon gré, serait plutôt Phèdre. On me dira que Phèdre n'est pas beaucoup plus Grecque que Joad n'est Hébreu. Mais je pense que l'on peut arranger les Grecs comme l'on veut, et qu'il faut laisser les Hébreux comme ils sont.

LK FONTAISE

Je lus les Fables. J'eus bien quelque peine à saisir l'arôme gaulois ; j'y vins pourtant, et ce fut une jouissance exquise. Les gens de collège, s'expliquant sur la manie de faire tant étudier les poètes du siècle d'Auguste, prétendent qu'ils forment ainsi le goût de leurs écoliers. Je crois que ces garçons de douze à dix-huit ans, la plupart nés pour la médecine et le notariat, dégustent avec fruit Phèdre, Virgile et Horace ! Il y paraît à leur admiration pour M. Scribe. Quant à moi, je n'arrivai que vers ma vingt-quatrième année à sentir le charme profond des Fables de La Fontaine. Je ne parle point des Contes ; c'est un régal de vieillard corrompu ; ils me répugnèrent ; je ne les ai pas lus tous, je n'en relirai aucun.

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