MOLIERE
Molière ne me plut que le dernier, sans enthousiasme. Mon goût n'est pas à la comédie ; la comédie n'est pas un goût de jeunesse : la nature humaine y est mise trop bas. Je devins chrétien avant d'avoir pu descendre, et les lumières religieuses rendirent invincible et définitive mon antipathie pour un certain ordre de raillerie et de dérision. J'aimais néanmoins cette grâce de style, cette originalité saine, cette liberté si supérieure à la platitude laborieuse ou à l'enflure et à l'amidon des modernes.
2 26 COISFESSIOÎ* LITTERAIRE
Une parenthèse sur Molière. Ayant lu sa biographie écrite par un admirateur nommé Bazin, j'ai dit ce que j'y avais trouvé. Je n'y avais pas trouvé tout à fait un honnête homme. J'ai été incomparablement plus injurié pour avoir exprimé cet avis, que M. Proudhon pour avoir dit que Dieu est le mal. On m'a accusé d'impiété. Des écrivains qui insultent à toutes les bonnes renommées de la terre et qui calomnient jusqu'aux saints du ciel, des journaux qui assassinent encore Louis XYI et Marie-Antoinette dans leurs feuilletons, ont eu l'ingénuité de croire qu'ils me feraient regretter d'avoir esquissé la figure du compère des Béjart. Mais enfin Molière a rencontré un vengeur qui mérite plus de considéra tion : c'est madame Sand.