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LA ROCHEFOUCAULD

Je ne fis jamais grand cas de Larochefoucauld ; c'est un précieux peu aimable et peu sincère. Son amourpropre aurait sans cesse besoin d'une définition qu'il

CONFESSION LITTÉUAIRi: aSi

ne donne pas, ou qu'il ne donne pas juste, et les trois quarts de ces fameuses Maximes sont des pauvret(';s qui ne valent que par le tour, des bulles de savon, des noix creuses. On ôte l'enveloppe amère et dure et il n'y a rien.

LA BRUYERE

La Bruyère, au contraire, m'enthousiasma. J'aimais sa pointe, son éclat, son poli. Il a baissé dans mon estime. Cette fine pointe ne pénètre pas toujours bien avant, elle est habituellement trempée de fiel. Le volume des Caractères, quoique court, devient pesant dès le milieu. La Bruyère est un vieux garçon mécontent des femmes, un littérateur mécontent de la société. Il ne se trouve pas en assez bonne place pour un homme qui sait le grec et qui écrit bien le français. Nous qui voyons l'Académie pleine d'anciens ministres, nous pouvons penser que la patrie n'aurait pas été perdue quand même Antisthènes, au lieu de gouverner l'État, se fût fait vendeur de marée.

Malgré ces critiques, que j'ai faites plus tard, combien tous ces écrivains sont honnêtes et la plupart chrétiens dans le fond, et que je m'applaudis de les avoir aimés ! C'est grand dommage qu'ils n'aient pas davantage tiré leurs inspirations du Christianisme. Avec cette connaissance de la langue, cette force de pensée et le loisir que la société leur faisait, ils auraient créé des monuments contre lesquels il semble que le génie du mal se fut épuisé sans fruits, et l'on ne pour-

rait pas étudier le français sans devenir bon catholique. Déjà par elle-même la langue du dix-septième siècle est un rempart contre l'impiété ; et c'est pourquoi les uns, du dessein formé, les autres instinctivement, délaissent tant de chefs-d'œuvre. On parle beaucoup de la bonne, de la grande éducation littéraire que la France reçoit : je doute qu'il existe mille Français en état de goûter Molière.

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