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LAMARTINE

J'ai laissé M. de Lamartine. Je le mettais au-dessus de tout pour l'ampleur et la douceur du flot poétique. Il me semblait en le lisant que je voyais mes émotions couler de mon cœur, et que c'était là les pensées qui s'efforçaient de chanter en moi. Je croyais alors que les

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sensations étaient des pensées. Jocelyn parut. Je n'avais aucune religion ; cependant je fus choqué du sujet. Je trouvai que Jocelyn était faux en tout, faux amant, faux dans son langage et plus ennuyeux que le vainqueur d'Ivry et de Gabrielle, célébré sur la trombone de Voltaire. A présent que j'ai vu de vrais prêtres, Jocelyn, avec son rabat moucheté de pleurs amoureux, me semble surtout ridicule. Jocelyn est un philanthrope et un protestant habillé en prêtre. D'un philanthrope et d'un protestant, jamais on ne fera un personnage poétique. C'est contre nature. Aucun moyen de tirer une poésie vraie d'un sentiment faux. Jocelyn a été tué par l'ennui. La vaine élégance du vers ne l'a pas sauvé. 11 n'en restera que quelques morceaux détachés, peu nombreux, et ce sera, je pense, le destin de tout ce qu'a écrit M. de Lamartine au profit des lâchetés contradictoires du doute contemporain. Ni la piété ni l'impiété de l'âge prochain ne voudront de cet auteur. Il avait de beaux dons. Quel jet de poésie, même dans la prose ! Gomme les images abondent, se précipitent, s'entassent I Que de richesses pour ne faire qu'un bruit stérile 1

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