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NOTRE OPINION SUR BERRYER

12 décembre 1868.

Nous avons à diverses reprises annoncé une appréciation nouvelle et plus étendue de la vie publique et du caractère de M. Berryer. Dupe nous-même de l'émotion qu'on a si habilement soulevée contre nos premières paroles sur cet illustre mort, l'opinion semblait avoir été absolument surprise, et il nous paraissait opportun d'affirmer notre devoir et celui de la vérité.

Mais l'effervescence tombe, ou plutôt la mystification a fait son temps. Nous n'avons plus à nous défendre d'avoir injurié la gloire au lit de mort, et nous pouvons renoncer à une campagne agressive où nous n'eussions pu éviter d'affliger des amis.

Les légitimistes, le parti légitimiste et la presse légitimiste sont trois choses pour nous fort distinctes. Parmi les légitimistes, nous nous flattons de compter nombre de personnes avec qui nous sommes à peu près en complète communauté de sentiment ; car, étant catholiques avant tout, l'accord s'établit aisément sur le reste, qui demeure subordonné aux volontés de la Providence. Dans le parti légitimiste, nous avons des adversaires plus ou moins déclarés. Dans la presse légitimiste, nous avons des adversaires généralement furieux, et par malheur, généralement aussi, médiocrement intelligents ou médiocrement délicats. Trompant

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leurs lecteurs sur le sens d'un article qu'ils se sont gardés de reproduire, ils ont déchaîné la tempête d'injures et d'exécrations par la(juellc nous venons de passer. Ils ont cette sorte de pouvoir, ils en usent ; mais ils n'ont pas le pouvoir de nous faire changer de place. Nous restons où leur assaut nous a rencontré, à côté du parti légitimiste comme à côté des autres, seulement plus près parce qu'il y a des hommes que nous honorons davantage et des principes avec lesquels les nôtres ont plus d'affînilé ; nous restons pas plus serviteur qu'auparavant, non moins ami, aussi résolu à dire toute vérité, satisfait néanmoins d'échapper au risque de la dire durement.

Recueillons donc le bénéfice de notre patience, et bornons-nous au strict nécessaire.

Nous n'avons jamais fait la guerre à M. Berryer. Nous contentant de l'admirer sans le suivre, maintes fois nous l'avons applaudi, parce qu'il était dans sa destinée comme dans son goût de servir sur quelque point, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, toutes les causes d'opposition. La nôtre aussi a reçu quelque bénéfice de sa grande autorité et de son beau talent.

Assuré de ne vouloir être envers lui ni injuste ni ingrat, et très ému de la magnificence chrétienne de ses derniers jours, nous ne trouvions rien à retirer dans tout ce que nous avions dit. Ce que nous pouvions avoir à prouver ou à expliquer l'a été pleinement, en dehors de toute contention, par les éloges mêmes dont il a été salué de tous côtés et que nous avons recueillis fort au long, sans les affaiblir par aucun commentaire. De tous ces éloges, la figure de l'orateur est sortie telle que nous l'avions esquissée, douce, affectueuse, intelligente, très attachée à de certains nobles sentiments, très incertaine en matière de doctrines, et faisant trop de caresses ù la

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