ISOTRE OPINION SUR BERRYER
et vers le terme de sa carrière, dans le temps où sa belle intelligence s'était plus éclairée de la lumière chrétienne, pas une parole pour le Syllabus I Les attaques, cependant, ne manquèrent pas à la tribune, et M. Jules Favre sut bien remplir son devoir à rebours. Il nous semble que ces deux traits disent tout. Chrétien dans la vie privée, neutre dans la vie publique !
Il serait superflu d'insister sur d'autres défectuosités. Assez d'éloges publics les ont d'ailleurs signalées pour qui sait entendre et comprendre. On ne l'ignore pas : dans le parti légitimiste même, les stratégies de M. Berryer n'étaient point louées unanimement.
Si l'on ne nous permet pas de dire qu'une gloire a manqué à M. Berryer, il lui a du moins manqué une injure. Cette injure de polémique, que tout catholique agissant a reçue, elle a épargné M. Berryer. Personne n*a même songé à lui reprocher d'être clérical.
Est-ce là un homme que l'on puisse louer, à titre de chrétien, comme un O'Connel ou un Donoso Cortès, et qui ait fait le capital de sa vie d'affranchir l'Église et le peuple du Christ, liés partout?
En signalant les lacunes qu'il nous appartenait de marquer dans la vie publique de M. Berryer, nous croyons avoir été plus indulgent que ses adulateurs, en même temps que plus juste.
Ces lacunes dont on veut faire honneur à son caractère, nous en imputons le tort au malheur du temps où il a vécu. Le caractère que Dieu lui avait donné valait mieux ; ce caractère chrétien que le monde a défait ou voilé, comme il défait et voile tant de choses, mais qui. Dieu soit loué, a reparu au dernier jour.
2 3 octobre 1869.
La pompe funèbre de M. de Sainte-Beuve n'a point réussi du tout. Elle fait, dans le genre lugubre, une figure assortie à celle de son fameux dîner du Vendredi-Saint. Ce sont de tristes sujets, sur lesquels nous voudrions ne pas revenir. Nous regrettons de les voir attachés au souvenir d'un homme distingué. Mais puisque la décadence du sentiment religieux a conduit M. Sainte-Beuve, vivant et mort, à traîner cette casserole, il est bon qu'on l'entende. La sensation est assez vive pour être notée; elle donne lieu à des commentaires qui méritent d'être recueillis.
Il y a d'ailleurs une manière de derniers et douloureux hommages au talent et à la personne même de Sainte-Beuve, dans la surprise que produit cette sortie de scène. Malgré tout, l'opinion ne s'y attendait pas. Il a désobligé quasi tout le monde ; on lui sait mauvais gré de s'être retiré par cette porte basse et bête, lui qui était un premier sujet, et de ne laisser pour conclusion suprême, qu'une collection de divers aspects du néant.
En effet, cet homme qui a consacré sa vie à l'étude de la pensée et de la vie, s'en va en proclamant le rien de
tout : le rien de la pensée qui n'aboutit pas ; le rien de la vie, qui s'éteint ; le rien de la mort, qui vient enfin réduire toute vie à n'être que l'enfantement d'une ordure qui se consomme elle-même !
Ce n'est pas le premier enterrement civil, ou plutôt, comme il faut dire, le premier enfouissement que l'on voit à Paris, et qui proclame ces stupidités et ces horreurs. Mais M. Sainte-Beuve, à cause précisément de l'élévation de son esprit, a eu le privilège de les faire apparaître plus mensongères et plus révoltantes, et telles qu'elles sont. Sa mémoire si universellement présente, a obtenu cet honneur et reçu ce châtiment inaccoutumés de lui susciter dans la conscience publique un universel démenti.
Il est presque plaisant de voir le désappointement particulier de plusieurs, qui auraient désiré et conseillé cette manifestation, en espérant un tout autre succès. Ceux-là forment le petit troupeau des athées de distinction. Ils ne veulent pas frayer officiellement avec les naïfs solidaires, lesquels se font une religion de l'irréligion même, et sont à leur manière des pratiquants engagés. Mais il leur était certainement agréable qu'un homme de haut grade, comme M. Sainte-Beuve, eût voulu payer de sa personne et relever par son exemple les innovations décriées de ce clan de nigands et gens de rien. L'acte a été accompli. Ils ne peuvent dissimuler qu'ils sont fort ennuyés de la réaction spontanée qui les flagelle.
Après la cérémonie, un mot parisien Ta caractérisée d'une façon déconcertante : Ça manquait de musique! En français, l'expression ne peut se rendre. Que nos lecteurs de l'étranger et des provinces veuillent bien imaginer quelque chose de morne, de lourd, de désœuvré, avec une forte nuance de ridicule maussade; enfin.
pour approcher, quelque chose non pas d'ennuyeux, nnais d'enribôtant ; c'est à peu près cela qui s'appelle manquer de musique. Et Sainte-Beuve était si grand musicien I
M. Sarcey, repris de ses idées sur ou plutôt contre l'immortalité de l'àme, devant le cadavre enfoui de son i*rélat, se donne une peine inimaginable pour prouver que la vraie musique nécessaire ici était l'absence de musique. Il y avait, dit-il, leurs respects, leurs regrets, leur fidélité à la mémoire du mort, leur admiration pour ses œuvres ; et ce u sobre » convoi, réglé par Sainte-Beuve lui-môme, était conforme aux u sévères opinions » qu'il avait professées de son vivant. Oui, mais, comme il l'avoue, cette musique ne parlait pas « aux imaginations n. Cette musique manquait de musique! En outre, elle manquait de sincérité.
Les « sévères opinions » de M. Sainte-Beuve! On voit assez par l'abondance et la qualité des œuvres de M. Sainte-Beuve, qu'il menait une vie laborieuse ; il n'y a pas trace d'une vie sévère. Et quelle peut être la sévérité d'opinions qui n'ont aucun reflet dans le train de la pensée et de la vie? Où est la sévérité de croire en rien? Et quelle sévérité l'homme qui suit cette croyance est-il en mesure de s'imposer à lui-même et en droit de conseiller aux autres, autrement que comme un plaisir? 11 faut laisser ce mot mensonger d'opinions sévères qui n'exprime pas le vrai, et dire, dans le sens du XVII' siècle, que la pensée et les opinions de M. Sainte-Beuve étaient libertines.
Or, voilà ce qui choquait à ses obsèques, sans que peut-être le public s'en rendît compte. C'était pis que l'absence de musique, c'était la musique fausse : une rupture de l'homme avec Dieu professée dans la mort comme dans la vie, la négation de l'immortalité.
la négation du devoir de l'homme envers Dieu, qui implique la négation du devoir envers les hommes ; la croyance au néant, et en même temps, l'absurde et odieuse prétention de prêcher encore cette sottise et cette perversité. Ce dernier trait est presque le pire. On pardonne encore à l'orgueil du vivant de professer que le mort n'est rien, et que par-delà il n'y a rien. Il pourra dire le contraire. Mais cette insolence de l'homme au cercueil est véritablement abominable, parce que toute fibre de notre conscience nous crie qu'il a voulu mentir et qu'il ment devant la face auguste de la vérité.
L'homme est trop faillible, il est trop contraint de s'avouer qu'il a mal usé de la vie pour que sa conscience, son (( imagination », si M. Sarcey l'aime mieux, reste totalement inerte devant la mort, ou c'est qu'ayant encore le mouvement il n'a déjà plus l'être. Tant qu'il conserve quelque chose de son intelligence et de son cœur, il aspire à ne mourir pas devant le Maître connu ou innommé de toute créature; il a au moins un besoin vague, quelquefois éperdu, d'espérance, de réconciliation, de réparation, de miséricorde.
La prière, la forme religieuse répond à cet universel et indestructible instinct. On passe par l'église comme par le lieu du pardon, la prière, et la présence du prêtre en est le gage. Voilà cette musique qui manque à l'enfouissement. Le prêtre est l'anneau qui rattache l'homme à l'immortalité ; il le rattache parce qu'il est le signe d'une satisfaction nécessaire au pardon.
M. Sarcey n'a pas assez réfléchi sur la source et le caractère de cet eftet de l'imagination, appelant la musique aux obsèques de Sainte-Beuve, et se dépitant parce qu'elle y manquait. S'il veut creuser davantage, il comprendra que les fronts penchés des amis, leurs
regrets, leur respect, leur admiration ne suppléeront jamais la présence de l'homme sur les lèvres duquel Dieu a mis la parole de réconciliation : verbum reconciliationis. Tous les sentiments dont parle M. Sarcey existaient, nous n'en voulons point douter, dans le sobre convoi de l'athée; mais que la dose était petite, et qu'on en était peu touché, et que la musique manquait!
17 août 1878.
M. Granier de Cassagnac publie des Souvenirs du Second Empire pleins de probité et d'intérêt. Il a l'esprit commode, mais la mémoire implacable, ce qui compense parfaitement la bénignité de l'humeur historique. C'est un homme du bon vieux temps où la presse n'était pas encore sauvage, et où le terrain politique comptait beaucoup d'adversaires qui pouvaient s'estimer. Lui-même, homme d'estoc signalé, n'a pas manqué d'amis parmi ceux qui le craignaient fort, et en a aimé plus d'un qu'il trouvait redoutable. 11 a vu de grands changements tout à fait inattendus ; il les note sans appuyer. C'est un lutteur fatigué, qui peutêtre se demande pourquoi il s'est tant battu et ce que veut de lui ce fond de bon sens qui l'a tant éloigné ou rapproché d'une foule d'autres, desquels maintenant il ne peut dire au juste s'il est près ou loin.
Parmi ces figures diverses, la plupart déjà fantômes, il en est au sujet desquelles il semble se poser la question qu'il s'adresse à lui-même : Pourquoi l'empereur et M. Hugo se sont-ils détestés? Mais se détestaient-ils
VICTOR HUGO ET IfAPOLÉON III 2']S
réellement? Us étaient faits pour se chérir et pour marcher ensemble. Ils avaient beaucoup de traits semblables et beaucoup de vues communes. Ils avaient commencé par se comprendre, ils sont devenus ennemis sans cesser d'avoir une secrète sympathie l'un pour l'autre. M. Granier de Cassagnac, qui les a pratiqués et aimés l'un et l'autre, se demande la cause de leur inimitié profonde, durable, et, de la part de M. Hugo, si envenimée, on pourrait dire féroce. L'auteur des Souvenirs en donne une raison imprévue :
(( Je reste persuadé que si, au lieu d'arriver à Paris au mois d'avril i85o, j'y étais arrivé au mois de septembre 1849, Victor Hugo aurait été l'un des plus fidèles et des plus grands ministres de l'empereur. La rupture de ces deux éminents esprits eut lieu le 20 octobre 1849. Victor Hugo ne l'avait pas voulue, et l'empereur la regretta amèrement. »
M. Granier de Cassagnac raconte son amitié profonde pour M. Hugo. Cette amitié a été pleine de charme pendant vingt années ; elle avait fait un article enthousiaste sur M. Hugo, article qui avait franchement débarrassé M. Hugo de la rivalité présomptueuse d'Alexandre Dumas, et M. Hugo avait fait entrer M. Granier de Cassagnac au Journal des Débats, et ensuite dans la Légion d'honneur, en récompense des services éminents qui] rendait à la cause de l'ordre. La Légion d'honneur n'était pas le moulin d'aujourd'hui où pénètrent, quand ils veulent, les moindres otllcieux. L'amitié était pure et chaude. M. Granier raconte qu'il fut des premiers et des plus francs adorateurs. Au journal, au salon, au parterre, il adorait et il conseillait. Le passage suivant mérite d'être cité :
(( De tous les amis littéraires de Victor Hugo, je fus le seul mêlé aux questions politiques, en communica-
tion d'idées avec lui sur ce sujet. Il était libéral, mais sincèrement religieux et profondément monarchique. Voltaire était sa bête noire.
«Victor Hugo me pardonnera de révéler à ce propos une fantaisie qui l'obsédait. J'écrivais dans la Revue de Paris un article de critique hebdomadaire, a Mon cher, « me disait-il souvent, je ne serai content que lorsque « vous aurez dit dans un article que Voltaire est bête. « Je ne me sentis pas assez d'autorité pour prendre la responsabilité de ce jugement. »
Ce Hugo anti-voltairien était monarchiste philippien comme tout le monde, mais en même temps monarchiste napoléonien, comme Louis-Philippe lui-même; et (( sa maison était sinon un point de ralliement, au moins un lieu de rencontre pour les anciens impérialistes ». La Tnémoire implacable de M. Granier de Cassagnac rappelle les noms qui se rencontraient là. Rien de plus pur ! et il ajoute :
« C'est donc à un esprit rempli des souvenirs de l'Empire que M. Thiers s'adressait en i84o, lorsque, étant ministre de l'intérieur, il demanda à Victor Hugo, pour inaugurer le retour des cendres de l'empereur, l'ode admirable où le poète s'écrie :
Sire, vous rentrerez dans votre capitale Sans tocsin, sans combat, sans lutte et sans fureur, Traîné par huit chevaux sous l'arche triomphale, En habit d'empereur.
Mais les mauvais jours vinrent. Les cendres remenèrent habit d'empereur. Louis-Philippe avait fait son temps. La monarchie partit, la république parut, bientôt accompagnée de l'inséparable dictature. M. Hugo se sentit perplexe. Qu'allait-il faire? 11 était député et il y avait bien des républicains. Il voltigeait autour du
VICTOU HUGO ET NAPOLÉON III 2']b
Président, les républicains voltigeaient autour de lui, et M. Granier de Cassagnac n'était pas là. Un jour, il fut question de Rome et du rétablissement de l'autorité du pape. Le prince, par l'organe de ses ministres, prit (( une attitude modératrice ». M. Hugo en prit une hostile, et s'attira le mémorable discours de Montalembert. Ce fut fini. M. Hugo devint rouge pourjamais.
(( A la première rencontre, le prince », qui avait compté sur M. Hugo, u ne fut pas maître d'un mécontentement trop vif, et le poète d'un dépit trop marqué ».
M. de Cassagnac raconte ensuite comment l'empereur exprima ses regrets de cette séparation désormais consommée. 11 venait de lire la circulaire de Victor Hugo adressée aux électeurs de Paris en 1848, dans laquelle il prédisait qu'un jour les démagogues renverseraient la colonne pour en faire des gros sous. «. Avec un sourire triste : Connaissez-vous cela ? me dit-il en me tendant le papier. N'est-ce pas que c'est beau et Jîer? Eh bien! j'ai à me reprocher et à regretter une grande faute. Victor Hugo se montrait affectueux pour ma personne et rallié à ma cause. Un jour j'ai été trop exigeant, et je l'ai blessé. Un homme de cette valeur eût été une force pour mon gouvernement et eût jeté de l'éclat sur mon règne. »
Notre témoin pense encore que s'il avait pu rapporter cette conversation à M. Hugo, il l'aurait ramené, parce que, dit-il, u on peut ne pas revenir d'une haine justifiée; mais un homme comme lui revient d'un malentendu ». Oui, mais si, par hasard. Napoléon l'avait sifllé? ce que fît en ce moment toute la France : c'est autre chose que M. Hugo entend bien, et dont un homme comme lui ne revient pas.
M. Granier de Cassagnac se ressent de sa vieille hugolAtrie, et Napoléon lui-même en avait un peu.
C'est presque involontaire. Qui n'a été atteint de ce mal? qui n'en a longtemps gardé quelque chose? Nul talent n'a été plus furieusement à la mode que celui de M. Hugo. Les premiers qui l'ont suivi n'ont pas tous à regretter la passion qu'il leur inspira. Pour un moment, M. Hugo a ôté la France à Béranger et aux voltairiens de gargote. Beaucoup de romantiques devinrent chrétiens. L'aurore de cet astre sitôt gâté fut belle et parut bonne. Elle dura assez pour que la foule prît l'habitude d'applaudir. Certaines admirations violentes n'ont besoin que d'être illégitimes pour devenir incurables. Elles se fatiguent du juste avant d'abandonner le pécheur. C'est peut-être le cas de M. Granier. Quanta Napoléon, il était fait pour suivre et pour s'entêter. Pas une erreur de son époque ne l'a manqué, ni religieuse, ni politique, ni littéraire ; et, comme son époque, il rapportait tout à lui, content de lui-même, indifférent au reste : Dieu peut me faire du mal, Hugo peut me faire du bien. — Une fois là, il y restait. En ce point, ils se ressemblaient, M. Hugo et lui. Chacun voulait bien de l'autre pour second, mais lui d'abord! Néanmoins, Napoléon n'était point méchant, et avait cette supériorité de ne point vouloir se venger. Extérieurement, il était modeste. M. Hugo paraît n'avoir aucune sorte de modestie. 11 est le tonnerre, l'emphase et la rancune. C'est un de ces géants qui ne veulent voir autour d'eux que des nains : Va pour Napoléon, mais que ce soit Napoléon le Petit !
11 y a quelque chose de cela partout en France. La grandeur légitime est éteinte, et l'on voit en son lieu quelque chose d'orgueilleux et de bas qui veut et ne peut pas grandir. Cela s'est nommé le peuple souverain, et se compose des fils spirituels de J.-J. Rousseau, un histrion. Le peuple souverain est un peuple d'aspi-
rants à la royauté. Tous prétendent être rois, non par la naissance, mais par la taille. La taille royale est un produit de la culture politique. Tous veulent passer sous l'arche triomphale en habit d'empereur. Croyezvous qu'en faisant ce beau vers, M. Hugo ait pensé à d'autres qu'à lui-même?
La Révolution est la sorcière Macbeth qui montre à chacun l'habit d'empereur. On n'admirera jamais assez le bon sens du Français qui n'a pas le désir de devenir Napoléon. La Révolution nous a communiqué cette gale. Napoléon III et Victor Hugo ont été de nos jours les hommes qu'elle a le plus tourmentés. On veut être Napoléon, empereur, pontife... et pourquoi pas Dieu * ?
La tradition n'a pas été interrompue. Louis XVÏII lui-même voulut la continuer ou la reprendre, Louis- Philippe y marcha, M. Thiers accéléra le pas. Napoléon III prit la course, regrettant de ne pouvoir saisir M. Hugo qui avait résolu un peu tard de le devancer. Et que de gens partout pour aider des Napoléons futurs, vivre à leur ombre et les supplanter s'il y a lieu !
On pourrait réussir. Le public est fait à ce jeu et s'y prête. Ne sommes-nous pas égaux? Seulement, il n'y a point d'ordre, et les concurrents sont trop nombreux ; ils se pressent, ils se culbutent, sont écrasés. Recommençons ! Celui qui arrivera finira la révolution ; car enfin il faut qu'elle finisse, ou c'est la France qui finira. Louis-Philippe, Thiers, Napoléon III, tous les journaux bien pensants ont fait cette promesse sédui-
I. En 1878, ce propos parut excessif; mais M. Hugo mort eut l'arche triomphale pour chambre funéraire ; il y fut déposé en cercueil d'empereur.
santé. M. Gambetta la renouvelle en promettant que la révolution ne finira pas. Il a peut-être raison.
Il nous semble que cette idée de faire durer la révolution pour la terminer est assez dans le génie de M. Hugo, et selon nous il aurait trouvé le vrai moyen de rétablir en proposant tout de bon le culte de Voltaire ; car il est venu là, ce fameux poète qui disait que Voltaire est bête, ce qui d'ailleurs est la pure vérité. Mais alors il ne comprenait pas.
On a tout entrepris, tout essayé pour terminer la révolution. On parle de tout recommencer. Nous pensons que c'est ce qu'il faut faire, mais toutefois nous ne répondons de rien. M. Hugo lui-même, aidé d'un quatrième Napoléon ou d'un second Louis-Philippe, ou d'un premier Marcère, n'y ferait pas grand chose. Qu'on l'abolisse, qu'on la prolonge, qu'on la recommence, la révolution durera tant que durera ce qu'elle a institué. Pour nous en tirer il faudrait consulter l'Église. Mais nous sommes trop voltairiens, c'est-àdire trop bêtes. Nous mettons cette opinion sous le couvert de M. Hugo.
Voltaire a été le roi et même le dieu d'un certain nombre de garnements et d'un plus grand nombre de sots. Des garnements et des sots, si nombreux et si puissants qu'ils soient, ne font jamais qu'une bande, tout au plus qu'une horde. Gouverner ou pousser cela, ce n'est pas régner ; et cela ne compose pas un peuple, pas plus que la Société des Gens de Lettres ne compose une église. Mais il ne faut pas trop regarder aux titres des livres que font les gens d'esprit. L'auteur du Roi Voltaire^ est homme d'esprit. « Dans les révolutions, dit Donald, il n'y a de gens d'esprit que ceux qui savent faire fortune et ceux qui ne s'en soucient pas. )) De même dans les Lettres.
Je suppose un Charlemagne, un homme au cœur juste, au bras fort, qui, montrant sa longue épée, dirait : w Voici l'appui du droit et de la justice, l'arme du devoir envers le Christ et le peuple du Christ. » Que deviendrait le peuple du roi Voltaire ? Dans les réduits