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LA RÉVOLUTION DE 1848 QQS

les protégeait comme tous les autres citoyens qui observent les lois et respectent l'ordre, et que si on voulait des proscriptions, il fallait chercher un autre instrument. Dupin, procureur général près de la Gourde cassation ; Hébert, celui qui était ministre ce matin, apportèrent le concours de leur éloquence à Thiers et à Barrot. Ils demandèrent au Gouvernement d'appliquer les édits du parlement de Louis XV et la loi révolutionnaire de 1792 contre les congrégations religieuses. Le pauvre Martin du Nord, en gémissant, promit d'être aussi persécuteur qu'on le voudrait, et la chose fut faite.

« Cette loi de 1793, rendue à la vie pour servir contre les Jésuites, est la même que Duchâtel et Hébert ont invoquée pour interdire les banquets. Il en est résulté le coup de pied populaire qui abat aujoud'hui Duchâtel, Dupin, Hébert, Thiers, Odilon Barrot, la Chambre, la Charte et la Dynastie. Mais tous ceux que les arrêts de la justice divine vont frapper n'en liront pas les motifs, assez clairs pourtant !

(( Encore un détail. Parmi les individus qui se sont le plus agités et qui, peut-être, ont le plus agi dans la cohue qui défaisait tantôt la royauté constitutionnelle, j'ai remarqué un comédien. De tels personnages sont ordinaires en ces sortes de scènes. Quand les Pouvoirs tombent de ces chutes irrémédiables, toujours parmi les mains qui leur attachent la corde au cou, ils peuvent reconnaître celle de quelques esclaves favoris.

(( Si le maître encore tout-puissant veut connaître ceux qui le haïssent davantage, qu'il regarde ceux qui servent le plus à ses plaisirs. Toute âme flétrie est irréconciliable ennemie de la société.

(( J'ai parcouru ce soir la rue Saint-Honoré. Les filles publiques ne se trompent point à ce qui se passe.

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Elles marquent leur allégresse. Plusieurs se sont ornées du bonnet phrygien; elles chantent d'une voix avinée : Mourir pour la patrie, et l'une d'elles m'a gratifié, en passant, du titre de citoyen et du tutoiement fraternel. C'est la première fois qu'on me fait cet honneur. La demoiselle méritait bien une correction, mais il faut respecter des égales.

(( On fabrique quelque part un Pouvoir. L'officine est à l'Hôtel de Ville, d'où nous avons reçu ce soir une première proclamation que tu verras ce soir dans les journaux. J'ai appris que j'avais nommé (en ma qualité de membre du peuple souverain) le citoyen Etienne Arago, directeur général des postes, et fait un préfet de police de deux autres citoyens dont les noms me sont inconnus. Mais j'aurai le temps de les apprendre ! Quel sera le reste ? En tout cas, il faut un gouvernement, et le mélange hétéroclite que nous annonce la proclamation est peut-être ce que l'on peut avoir en ce moment de meilleur. On ne peut pas croire que Lamartine soit devenu un terroriste. Marrast, Ledru-Rollin, Arago, Marie sont des bourgeois, et des bourgeois qni doivent avoir peur autant, pour le moins, que ceux qu'ils font 'trembler.

« En attendant, une chose est sûre : c'est que l'obéissance de Paris et de la France ne manquera pas à ces Messieurs ou à ces citoyens. Nous avons fait nousmêmes notre soumission, comme tu le verras par le journal de demain. Prie le bon Dieu pour moi. Tout ce que je vais écrire pendant quelques jours, on croira que c'est le clergé qui le dit. Je voudrais bien qu'un autre en eût l'honneur et la responsabilité. Les quelques lignes que tu liras ont été tracées par moi sous les yeux de Montalembert, qui les a approuvées. Il n'y avait au journal que la rédaction, et personne de plus.

LA RÉvoLUTiOTt DE i8^8 agS

Montalembert seul est venu nous apporter ses conseils et nous serrer la main. C'est le seul aussi de tous nos amis qui ait en ce moment quelques bonnes raisons pour quitter Paris, ou tout au moins pour ne pas se montrer dans les rues. Nous avons été d'autant plus touchés de le voir que nous étions un peu brouillés depuis quelque temps. Il est fort triste et il tremble pour l'Église; mais sa tristesse et ses alarmes sont d'un chrétien. Nous nous sommes dit : C'est maintenant qu'il faut servir !

« Demain, sans doute, nous aurons la République. Quelle autre chose est possible? Adieu. Puisses-tu n'entendre jamais tirer des coups de fusil sous les fenêtres de la chambre où dorment ta femme et tes enfants ! »

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