LES MEDECINS
jours. Le pauvre malade est traité moins selon sa maladie que selon le hasard du quartier où il habite et de la porte où on le dépose. Quelquefois, par zèle scientifique, on fait exception à la règle, on essaie du nouveau, non pour guérir, mais pour savoir. Par exemple, on est curieux de connaître la qualité du sang dans un malade parvenu au troisième degré de la phtisie : on prend le premier sujet qu'on rencontre, et on saigne ce misérable qui n'a plus qu'un souftle. On renouvelle l'expérience, on la contrôle. Qu'y a-t-on gagné ? On y a gagné de savoir qu'au troisième degré de la phtisie, la qualité du sang est telle ; cela fait bien dans un mémoire. Quant au phtisique, on le savait incurable ; aussi n'est-ce pas pour lui qu'on l'a saigné.
Qu'on juge des élèves qui doivent se former à de pareilles leçons. Devenu docteur après quatre ou cinq années de séjour h Paris, l'étudiant, muni des idées morales et religieuses qui se puisent dans les collèges de l'État et qui se développent sur les bancs de l'amphithéâtre, retourne dans sa province, très disposé à s'amuser, très résolu à s'enrichir, mais n'ayant du reste, ni le désir, ni souvent même la possibilité d'étudier. Il est docteur, il a son diplôme, sa lancette ou son émétiane, et peut-être encore quelque feuille médicale pour le tenir au courant des nouveautés ; que lui faut-il de plus? Cependant il se trouve sur un terrain inconnu, où le peu qu'il a appris ne saurait lui servir sans être redressé par de solides observations. Les lieux, le climat, l'air, les eaux, les mœurs ne sont plus les mêmes, partant les maladies diffèrent. N'importe, il saigne, il purge comme il l'a vu faire à Paris ; et si son journal lui indique quelque chose de neuf, il expérimente comme à Paris. Les médecins capables et honnêtes qui sont quelquefois appelés en province,