INTRODUCTION XVII
fort agréable. Imaginons Fontenelle — avec cette physionomie fine et reposée que lui a donnée Rigault — dans un grand parc normand, à côté de son élégante marquise, qui semble déjà du xviii^ siècle, et dont il faudrait chercher les pareilles dans les sanguines de Watteau. C'est la nuit, et u la beauté du jour est comme une blonde qui a plus de brillant, mais la beauté de la nuit est une beauté brune qui est plus touchante ». La marquise est à la fois fine et naïve, avec des coquetteries et des mutineries de jolie femme, qui a l'habitude d'être courtisée. Je ne la trouve pas si démunie de caractère qu'on l'a quelquefois dit. Fontenelle, qui se méfiait de l'attention des femmes en matière scientifique, n'en demande pas à cette tête charmante et frivole plus qu'il n'en faut pour entendre la princesse de Clèves. Et il ne lui expose rien moins que le système de l'univers et la théorie des tourbillons. <( Là nature, dit-il, est un grand spectacle qui ressemble à l'Opéra. » Sans doute, et il va offrir à sa compagne un ballet bien réglé d'étoiles fixes, de planètes et de satellites, sans compter les comètes qui viennent y introduire du caprice et de la fantaisie. -^ Prenons-y bien garae : celte" parole cllIKlcible el caime aissout l'antique sphère céleste, qu'habitaient encore tant d'imaginations; la voûte étoilée s'évanouit, et les mondes à l'infini, « bouillonnent dans leur gloire», comme ditle poète. Fontenelle fait apercevoir à sa marquise « une grande mer de lumière et de feu » qui n'est autre que l'antique soleil. 11 augmente le silence effrayant des espaces. Elle est quelque peu désenchantée d'habiter une chose qui tourne. « Pour moi, je commence à voir cette terre si efïroyablement petite, que je ne crois pas avoir désormais d'empressement pour aucune chose. Mais Fontenelle n'a garde jTéprouver un vertige, comine pascal. L'étendue se driale : « Il me semble, dit-il respire avec plus de liberté. » La joie d'avoir conquis des vérités nouvelles l'emporte sur tout autre sentiment esprit se meut, avec une volupté allègre, dans l'univers de cristal qu'ont bâti Descartes et la science.
Déjà, dans la Pluralité, songeant aux habitants des planètes et des constellations, il avait indiqué une difficile théolqgique. Il s'en était tiré, si je puis dire, par une pirouette. Qui vous dit que les mondes soient habités par des hommes, ou des êtres capables de participer aux
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