INTRODUCTION IX
cœur mauvais : mais il laul le troubler le moins possible. Sur la discipline morale de Fontenelle, interrogeons ce petit écrit sur le bonheur où il a mis Tessentiel de sa sagesse. D'abor.l il faut se guérir de l'optimisme. « Apprenons combien il est dangereux d'être des hommes. Rien n'est si délicat, si fragile qu'un état heureux. » On se libérera des « maux imaginaires ». Il pense, avec le fin et sceptique Ménandre, que le chagrin est un supplément bien inutile du malheur. « Nous ne sommes pas assez parfaits pour être tmijoui^s affligés » : Fontenelle se console aisément de luette imperfection. Pour lui, on ne doit jamais rire ni pleurer. Il faut se bâtir en soi un asile où l'on se retire au besoin : u Le plus grand secret du bonheur, c'est d'être bien avec soi. » D'ailleurs on laissera le moins possible au hasard. Et voici une formule où le Normand et le mathématicien vont de compagnie avec le philosophe : « En matière de bonheur, il n'est question que de calculer, et la sagesse doit toujours avoir les jetons en main. »
Quant aux choses extérieures et fortuites, grande occasion de tumulte et de désordre, il s'y engagera le moins possible. Descartes avait pris pour devise : Bene vixit qui bene latuît. Le disciple eût pu l'emprunter au maître. « Celui qui veut être heureux se resserre et se réduit le ^ plus possible. » Fontenelle évita les procès, bien que né à Rouen. (( Quand il entrait dans un logement, dit \l'"« Geoffrin, il laissait les choses comme il les trouvait; il n'aurait pas ajouté ni ôté un clou. »
Il goûtait les louanges, mais il n'en était point <• enivré », c'est-à-dire qu'il en arrêtait TefTet au point précis où il lui eût brouillé l'entendement. Il méprisait les attaques et ne leur répondait guère. On dit que son ami Houdar de la Motte fut le premier qui mit de la politesse dans la polémique : Fontenelle inaugura le système du silence. Car nos ^ ripostes ne font qu'exciter nos^âdversaires, dissiper notre S temps et nous échauffer la bile. '
D'ailleurs il savait quel fonds faire sur la nature humaine. Il ne tarit point sur l'incurable inintelligence de ses semblables. " Partout où il y a des hommes, il y a des sottises, et les mêmessottise^ » Les peuples sont admirables pour ne l>as eniéncîrê leurs propres intérêts; les individus sont de même. Il ne jugea point utile de travailler à changer leur condition, et l'abbé de Saint-Pierre, son ami. ne réussit pas