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ELOGE DE MORIN

compagnie son successeur à sa place de pensionnaire.

Comme Morin était un homme qui, à proprement parler, ne se rangeait pas à ses devoirs, mais qui s'y trouvait naturellement tout rangé, ce ne fut pas un effort pour lui que de se rendre assidu à l'Académie, malgré la grande distance des lieux, tant que ses forces lui permirent d'en faire le voyage. Mais sa diète, qui était fort propre à prévenir des maladies, ne Tétait pas à donner beaucoup de vigueur. Il avait soixante-quatre ans au temps du renouvellement et de son entrée dans la compagnie ; et son assiduité ne dura guère plus d'un an après la mort de Dodart, à qui il succéda en 1707.

Quand TourneforL alla herboriser dans le Levant en 1709, il pria Morin de faire en sa place les démonstrations des plantes au Jardin royal, et le paya de ses peines en lui rapportant de l'Orient une nouvelle plante, qu'il nomma Morina orientalis. Il a nommé de même la Dodarle, la Fagonne, la Bignonne, la Phelypée; et ce sont là de ces sortes de grâces que les savants peuvent faire non seulement à leurs pareils, mais aux grands. Une plante est un monument plus durable qu'une médaille ou qu'un obélisque. II est vrai cependant qu'il arrive des malheurs même aux noms attachés à des plantes ; témoin le nicoliane^ qui ne s'appelle plus que tabac.

Morin avançant fort en âge, fut obligé de prendre un domestique; et, ce qui est encore plus considérable, il se résolut à une once de vin par jour : car il le mesurait aussi exactement qu'un remède, qui n'est pas éloigné d'être un poison. Alors il quitta toutes ses pratiques de la ville, et se réduisit aux pauvres de son quartier, et à ses visites de IHôtel-Dieu. Sa faiblesse augmentait, et il fallut augmenter la dose du vin, mais toujours avec la balance. A soixante-

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dix-huit ans ses jambes ne purent plus le porter, et il ne quitta plus guère le lit. Sa tête fut toujours bonne, excepté les six derniers mois. Il s'éteignit enfin le !*''■ mars 1715, âgé de quatre-vingts ans, sans maladie, et uniquement faute de force. Une vie longue et saine, ihne mort lente et douce, furent les fruits de son régime.

Ce régime si singulier n'était qu'une portion de la règle journalière de sa vie, dont toutes les fonctions observaient un ordre presque aussi uniforme et aussi précis que les mouvements des corps célestes. Il se couchait à sept heures du soir en tout temps, et se levait à deux heures du matin. Il passait trois heures en prières. Entre cinq et six heures en été, et Thiver entre six et sept, il allait à THôtel-Dieu, et entendait le plus souvent la messe à Notre-Dame. A son retour il lisait rÉcriture Sainte et dînait à onze heures. Il allait ensuite jusqu'à deux heures au Jardin royal, lorsqu'il faisait beau. Il y examinait les plantes nouvelles, et satisfaisait sa première et sa plus forte passion. Après cela il se renfermait chez lui, si ce n'était qu'il eût des pauvres à visiter; et passait le reste de la journée à lire des livres de médecine ou d'érudition, mais surtout de médecine à cause de son devoir. Ce temps-là était destiné aussi à recevoir des visites, s'il en recevait; car on lui a entendu dire : Ceux qui me viennent voir me font honneur^ ceux qui n'ii viennent pas me font plaisir; et Ton peut bien croire que chez un homme qui pense ainsi, la foule n'y est pas. II n'y avait guère que quelque Antoine qui pût aller voir ce Paul.

Il en est de même d'un journal de plus de quarante années, où il marquait exactement l'état du baromètre et du thermomètre, la sécheresse ou l'humidité de l'air, le vent et ses changements dans le cours d'une journée, la pluie, le tonnerre, et jusqu'aux brouillards ;

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