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KLOGR DU MARQUIS DE DANGEAU

binaisons, puisé dans ses réflexions seules, eut beaucoup Tavanlage au jeu des reines. Il suivait des théories qui n'étaient connues que de lui, et résolvait des problèmes qu'il était seul à se proposer. Cependant il ne ressemblait pas à ces joueurs sombres et sérieux, dontrapplicaliouprolondedécouvre le dessin, et blesse ceux qui ne pensent pas tant : il parlait avec toute la liberté d'esprit possible; il divertissait les reines, et égayait leur perte. Comme elle allait à des sommes assez fortes, elle déplut à Téconomie de Colbert, qui en parla au roi, même avec quelque soupçon. Le roi trouva moyen d'être un jour témoin de ce jeu, et, placé derrière le marquis de Dangeau, sans en être aperçu, il se convainquit par lui-même de son exacte fidélité; et il fallut le laisser gagner tant qu'il voudrait. Ensuite le roi l'ôta dujeu des reines; mais ce fut pour le mettre du sien, avec une dame qu'il prenait grand soin d'amuser agréablement. L'algèbreetla fortune n'abandonnèrent pas Dangeau dans cette nouvelle partie. Si l'on veut joindre à cela d'autres agréments qu'il pouvait trouver dans une cour pleine de galanterie, et que l'air de faveur où il était alors lui aurait seul attirés, quand sa figure n'aurait pas été d'ailleurs telle qu'elle était, il sera impossible de s'imaginer une vie de courlisan plus brillante et plus délicieuse.

Un jourqu'il s'allaitmetlreau jeu du roi, il demanda à Sa Majesté un appartement dans Saint-Germain, où était la cour. La grâce était difficile à obtenir, parce qu'il y avait peu de logements en ce lieu-là. Le roi lui répondit qu'il la lui accorderait, pourvu qu'il la lui demandât en cent vers qu'il ferait pendant le jeu ; mais cent vers bien comptés, pas un de plus ni de moins. Après le jeu, où il avait paru aussi peu occupé qu'à l'ordinaire, il dit les cent vers au roi. Il les avait faits exactement comptés, et placés dans sa mémoire ; et ces trois elTorls n'avaient pas été troublés par le

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cours rapide du jeu, ni par les différentes attentions promptes et vives qu'il demande à chaque instant.

Sa poésie lui valut encore une autre aventure, précieuse pour un courtisan qui sait que dans le lieu où il vit rien n'est bagatelle. Le roi et feue Madame avaient entrepris de faire des vers en grand secret, à Tenvi l'un de Taulre. Ils se montrèrent leurs ouvrages, qui n'étaient que trop bons ; ils se soupçonnèrent réciproquementd'avoireudu secours; et parl'éclaircissement où leur bonne foi les amena bientôt, il se trouva que le même marquis de Dangeau, à qui ils s'étaient adressés chacun avec beaucoup demystère, était l'auteur caché des vers de tous les deux. Il lui avait été ordonné de part et d'autre de ne pas faire trop bien; mais le plaisir d'être doublement employé de cette façon ne lui permettait guère de bien obéir ; et qui sait même s'il ne fit pas de son mieux, exprès pour être découvert?

Quand la bassettc vint à la mode, il en conçut bientôt la fin par son algèbre naturelle : mais il conçut aussi que la véritable algèbre était encore plus sûre; et il fit calculer ce jeu par feu Sauveur, qui commença par là sa réputation à la cour, ainsi qu'il a été dit dans son éloge. L'algébriste naturel ne méprisa point l'algébriste savant, quoiqu'il arrive assez ordinairement que pour quelques dons qu'on a reçus de la nature, on se croit en droit de regarder avec dédain ceux qui en ont reçu de pareils, et qui ont pris la peine de les cultiver par l'étude.

Avant cela, un autre homme devenu fort célèbre, mais alors naissant, avait songé à se faire par Dangeau une entrée à la cour. C'est Despréaux qui lui adressa le second ouvrage quil donna au public, sa satire sur la noblesse. Le héros était bien choisi, et par sa naissance, et par sa réputation de se connaître en vers, et par la situation où il était, et par sonincU-

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nalion à l'avoriscr lo mérilo. Les plus snliri(niosct les plusiiiisanLhropcs sont assez maîtres de ieiirljile, pour se mt^'Hagcr adroitement des protecteurs.

En 1065, le roi fil I)anii;eau colonel de son régiment, qui, depuis ({ualre ou cinq ans qu'il était sur pied, n'en avait pas eu d'autre que Sa Majesté elle-même, dont un simple particulier devenait en quelque sorte le successeur immédiat. On sait que le feu roi a toujours regardé ce régiment comme lui appartenant plus que le reste de ses troupes. Le nouveau colonel y fit une dépense digne de sa reconnaissance, et de la prédilection du roi. Il servil à la tête de sa troupe à la campagne de Lille en 1667. Mais au bout de quelques années il se défit du régiment, pour s'attacher plus particulièrement à la seule personne du roi, qu'il suivit toujours dans ses campagnes en qualité de son aide de camp.

Gomme il était fort instruit dans l'histoire, surtout dans la moderne, dans les généalogies des grandes maisons, dans les intérêts des princes, enfin dans toutes les sciences d'un homme de cour, si cependant elles conservent encore longtemps cette qualité, le roi eut la pensée de l'envoyer ambassadeur en Suéde : mais il supplia très humblement Sa Majesté de ne le pas tant éloigner d'elle, et de ne lui donner que des négociations de moindre durée, et dans des pays plus voisins, si elle jugeait à propos de lui en donner quelques-unes. Les rois aiment que Ion tienne à leur personne, et ils se défient avec raison de leur dignité. Il fut donc employé selon ses désirs : il alla plusieurs fois envoyé extraordinaire vers les Électeurs du Rhin : et ce fut lui qui avec le même caractère conclut, malgré beaucoup de difficultés, le mariage du duc d'Yorck. depuis Jacques II, avec la princesse de Modène. Il fut chargé de la conduire en Anglelerre, où il fit encore .dans la ^.uite un autre voyage par ordre du roi.

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Le reste de sa vie n'est plus que celle d'un courtisan, à cela près, selon le témoignage dont le feu roi Ta honoré publiquement, qu'il ne rendit jamais de mauvais offices à personne auprès de Sa Majesté. Il a eu toutes les grâces et toutes les dignités auxquelles, pour ainsi dire, il avait droit, et qu'une ambition raisonnable lui pouvait promettre. Il n'a jamais eu le désagrément qu'elles aient fait une nouvelle surprenante pour le public. Il a été gouverneur de Touraine, le premier des sixmenins que le feu roi donna à Monseigneur grand-père du roi, chevalier d'honneur des deux dauphines de Bavière et de Savoie, conseiller d'Etat d'épée, chevalier des ordres du roi, grand maître des ordres royaux et militaires de Notre-Dame du Mont-Carmel, et de Saint-Lazare de Jérusalem.

Quand il fut revêtu de cette dernière dignité, il songea aussitôt à relever un ordre extrêmement négligé depuis longtemps, et presque oublié dans le monde. Il apporta plus d'attention au choix des chevaliers; il renouvela l'ancienne pompe de leur réception et de toutes les cérémonies, ce qui touche le public plus qu'il ne pense lui-même; il procura par ses soins la fondation de plus de vingt-cinq commanderies nouvelles; enfin, il employait les revenus et les droits de sa grande maîtrise, à faire élever en commun dans une grande maison destinée à cet usage, douze jeunes gentilshommes des meilleurs noblesses du royaume. On les appelait les élèves de Saint-Lazare; et ils devaient illustrer l'ordre par leurs noms, et par le mérite dont ils lui étaient en partie redevables. Cet établissement dura j)rès de dix ans : mais il lui aurait fallu, pour subsister, des temps plus heureux, et des secours de la part du roi, dont les guerres continuelles ôtèrent entièrement l'espérance. Ainsi Dangeau eut le déplaisir de voir sa générosité arrêtée dans sa course, et ses revenus appliqués à ses seuls besoins. lia laissé

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