LA MESSE SUR LES TOMBES DE LA VICTOIRE
9 novembre 1914.
Au matin, je m'en suis retourné de Lunéville à Gerbéviller et un peu au delà, vers Moyen. Il avait plu toute la nuit, la terre était défoncée; il faisait froid, et le vent apportait, par intervalles, le bruit sourd du canon. Sur les vallonnements du plateau que nous suivions, au-dessus de la Morta^gne^ plus un arbre, rien que des troncs coupés à un mètre de terre. Ces troncs mutilés attestent encore l'acharnement d'une bataille de vingt jours, mais les derniers cadavres viennent d'être enterrés, et je me hâte pour assister à la messe sur les tombes.
Quand j'approchai de Moyen, il y avait à droite de la route, dans les champs, une petite foule. Vers cette foule, de toutes parts, à travers les terres, des gens silencieux s'acheminaient.
Je quittai la voiture et m'en allai à pied vers ce rassemblement. Un groupe d'officiers vint à ma rencontre et nous nous serrâmes la main, en même temps qu'ils se nommaient. Rien de plus. A quoi bon parler? Cet horizon rempli de tertres funèbres exprimait assez nos pensées.
Un paysan s'approcha et me dit :
« Je suis le maire de X... J'avais cinq maisons.