LA MESSE SUR LES TOMBES
même temps, sur la même ligne, à Gerbéviller, ils étaient retenus jusqu'au soir par 51 alpins, sous la conduite de l'adjudant Chèvre, qui fut porté à Tordre du jourdeTarmée. Cette double audace, en arrêtant toute la journée le débouché de deux corps d'armée allemands au sud de la Mortagne, a permis à nos armées de prendre leur disposition d'attaque. De là cette fureur des Allemands sur nos villages. S'ils avaient pu franchir Tobstacle et puis forcer la trouée de Charmes, les opérations de Joffre étaient irrémédiablement compromises, et ses armées coupées. Mais, durant vingt et un jours, dans nos villages malheureux et désormais glorieux, les deux armées de Castelnau et de Dubail tinrent bon. Et le 11 septembre, entre sept et huit heures du soir, tout d'un coup, ils sont partis en apprenant le résultat de la bataille de la Marne, qui ne fut possible que par vos souffrances et votre ténacité... »
... Ainsi je célébrais, devant mon auditoire de soldats et de paysans, les effets immédiats de leurs sacrifices. J'aurais pu continuer; d'autres fruits mûriront, à travers les siècles, sur l'arbre mystique dont ces morts vont être les racines. Mais ce qui resterait à entendre ne se communique pas avec des paroles. Il suffit de suivre du regard de l'âme, dans le ciel de Xermamenil et de Gerbéviller et parmi les nuages du bois de la Chipotte, des héros qui maintenant ne cesseront plus de flotter au-dessus de nos têtes en Lorraine. C'est déjà letîr^ ombre projetée qui fait la beauté morale extraordinaire de nos populations au milieu des horreurs de la guerre. L'horreur n'est pas supprimée, mais
ce qui Test c'est le trouble, le vertige de nos esprits. Heureux les peuples au milieu desquels ces morts ont placé leur demeure ! Heureux le ciel qui va les voir à jamais déployer leurs ailes et soulever les vivants !