LE CŒUR DES FEMMES DE FRANGE
19 novembre 1914.
On croit qu'il est perdu, le génie des hommes qui sculptèrent au moyen âge les Vierges de compassion, en mémoire des douleurs de la Mère de Dieu au pied de la Croix. Mais prenez en main cette lettre trouvée dans un fourgon de train de blessés. Prenez, lisez et vous saurez que si l'envahisseur barbare détruit les chefs-d'œuvre de Reims et de nos églises rurales, ce qui les inspira ne s'est pas épuisé. Sous le sein ifles femmes de France subsistent un pur trésor de âtié et cette âme même que nos aïeux avaient tppelée et placée dans la pierre des cathédrales. La guerre nous restitue neufs et simples. Nous étions devenus des aveugles, mais la plus vieille beauté française s'élance de l'ombre et nous apparaît, et les grandes heures de la guerre, cloches d'alarme, cloches de victoire, nous ont ranimés, nous ont ramenés à la nature vivante, à la vérité du fond de notre race.
Écoutez ce que les mères françaises écrivent à leurs fils. Non pas une, mais toutes, chacune à sa manière. C'est une lettre glissée des mains d'un soldat blessé que nous avons pu retrouver. Le ca-
ractère général d'une telle effusion et la certitude qu'elle sera accueillie par le respect unanime m'excusent de mettre sous les yeux du public ce pauvre papier sans orthographe, ni syntaxe, ni ponctuation, papier royal pourtant, où palpite un cœur formé par des siècles de discipline noble et savante, et tout-puissant sur tous les cœurs qui se souviennent.
Mon cher enfant,
En réponse à ta lettre qui nous a fait grand plaisir. Nous l'attendions avec anxiété. Voilà dix jours que tu la faite. Depuis ce temps les événements on du bien changer et recevras-tu la mienne. Oui, je l'espère. Je dois te rassuré d'abord sur le sort de ton père il est rentrer il n'a été parti que trois jours, le temps de conduire un détachement à Bourges, mais il pourrait se faire qu'il recommencerai. En tous cail ne reste au foyer qu'une place vide, mais qu'elle est grande!
Mon cher enfant tu me parle de sacrifice; oui, cent est un, et je puis te le dire cest bien le plus grand que Dieu puisse me demander. Cependant je courbe la tête sous sa main puissante. Je me dis parfois que je l'ai mérité : mais toi tu ne dois pas payer (non je me refuse à croir).
Enfant chéri, tu me parle du devoir et de l'honneur. Je n'ai jamais douté que tu t'y rangerais. Oui, mon fils, Ihonneur du soldat est detre sur le champs de bataille lorsque la patri est en danger, et le devoir du Chrétien est de se préparer à paraître devant Dieu, Famé innocente et pure. Tu voix ou je veux en venir. Va, mon enfant, va avec la bénédiction de ta mère et de ton père et celle bien plus puissante de ta mère des cieux. Je te laisse sous sa sainte protection, invoque la dans le danger; elle sera toujours là pour te protéger et t'abriter car dans des moment si tragique le secours ne peut venir que du ciel.
Tu me dis aussi d'accepter avec courage hélas parfois il me fait défaut, cependant je tacherai de me résigner et j'espère te revoir malgré tout. Je termine.