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LE CŒUR DES FEMMES

Reçois, cher et bien aimé enfant, toutes les tendresse et tous les baisers les plus doux de ta mère qui voudrait pouvoir voler ver toi. zo- t \

(Signature).

Si tu à besoin d'argent et qu'il peut te parvenir fais nous le savoir.

Je me tais un instant pour vous laisser relire...

Quelles paroles jaillies de tout Tètre ! Quelle dignité dans l'expression 1 Reconnaissez le son des grandes âmes. Qui de nous sait un chant plus juste et d'une discrétion plus noble dans la tendresse et la douleur extrêmes^ C'est ainsi que nous parle au portail des églises la dame des cieux, la dame du ciel de France. C'est le langage enseigné, depuis des siècles, aux femmes de chez nous, langage parfait de modestie et de mesure dans la passion, langage des chefs-d'œuvre classiques.

Chez cette paysanne, le trouble, l'angoisse et la raison s'équilibrent et haussent l'amour maternel à son point de perfection. Que son fils soit blessé, elle ne s'évanouira pas. Stabat mater dolorosa. C'est la doctrine du haut moyen âgé, qui précède, annonce l'héroïsme cornélien. La Vierge contemplait debout les blessures de son fils. Pourquoi? Parce qu'elle y /voyait, non le signe de la mort, mais le signe du Isalut du monde. Ainsi les mères françaises de 1914, auprès de leurs fils soldats, songent au salut de la France. 11 se mêle à la tendresse de cette lettre quelque chose de grave et d'universel.

J 'ai le goût des papiers rares et précieux qui nous rapprochent des grands esprits. Que ne donnerais-je pas d'un exemplaire d'Èsther dédié, signé par

Racine aux jeunes filles de Saint-Cyr, ou d^une première édition du Cid! Mais cette lettre d'une femme illettrée, ce papier écolier taché passe les reliques les plus somptueuses de l'art, et Payant lu, relu, copié, je l'ai replié avec un respect religieux. Je venais de voir dans l'ombre la source d'où découle depuis des siècles le génie de notre race.

La douleur s'introduit chez les êtres pour y faire apparaître toute la beauté morale que peut produire leur nature. C'est ce qu'ignorent les Prussiens. Toujours envieux de la nation chevaleresque, ils ont voulu renverser à terre nos maisons de certitude et de foi, et nous livrer aux inquiétudes de l'esprit. Ils croyaient notre trésor d'âme gaspillé dans nos vaines disputes, et morte pour jamais l'antique sérénité. Mais dans le même instant qu'ils jetaient ce cri de mort, ce cri de haine joyeuse au vieux monde du sentiment, leurs injures nous révulsaient et l'esprit de sacrifice transfigurait notre nation. Ils ont mis des ruines au cœur de Reims et de nos villages de Lorraine et du Nord et de l'Ile-de-France, et voici

! que la France entière devient cathédrale nationale. Tous les Français sont unis, et même les ennemis de la religion se sont soudain reconnus fils de ceux qui, le long des siècles, ont prié dans les vieilles maisons de prières. Nous reprenons le sentiment

' de notre unité. Toutes les épaules des hommes se touchent dans la tranchée; tous les cœurs des femmes s'accordent.

Le cœur des femmes de France n'est pas cet instinct, cette ingénuité des premières heures du monde, voisine encore de l'innocence animale ; c'est

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