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KAMERAD

19 décembre 1914.

Les chefs de TAllemagne sentent que la victoire leur échappe. Ils ne croient peut-être pas à leur défaite complète (qui, moyennant une prolongation de nos efforts et de nos sacrifices, est certaine), mais ils reconnaissent que leur coup est manqué. L'effroyable supériorité que leur assurait leur magnifique préparation guerrière a, par miracle, échoué. Nous avons été servis par un étatmajor et des soldats que la France n'aura jamais assez de voix pour bénir. Honneur au généralissime, honneur à ses généraux, à Gastelnau et à Sarrail, à Pau, Dubail, Foch, Maud'huy, à tous ceux dont j'ignore le nom, quelles qu'aient été leurs opinions, leurs amitiés, leurs légendes vraies ou fausses ! La patrie les remercie, eux et leurs officiers et les plus modestes soldats couverts de la boue des tranchées. Ce sont des hommes-miracles. Abrités tant bien que mal derrière le 75, ils ont supporté la supériorité première des mitrailleuses et de l'artillerie lourde allemande, et, grâce à l'ingéniosité de l'esprit français, grâce à la fermeté de l'âme française, tout étant réparé, voici la civilisation sauvée.

C'est bien ! disent les Austro- Allemands dans leurs

sinistres conciliabules; c'est un coup à recommencer !

Ils voudraient annuler la partie. « Kamerads! » Et les voilà qui esquissent le geste de mettre les deux mains en Tair... C'est un guet-apens. Il le faut dénoncer. Il faut que Ton distingue Tarrière-pensée de TAUemagne. L'Allemagne veut faire circulera travers les pays alliés une va^ue idée que la guerre pourrait cesser, idée amollissante et propre à jeter des inquiétudes entre l'Angleterre, la Russie et la France. Et, cette paix, qu'elle laisse entrevoir comme une déclaration de maldonne, comme un retour à l'état antérieur, elle l'emploierait, c'est trop certain, comme un armistice, pour rompre nos amitiés et reconstituer ses forces matérielles.

Nous ne serons pas dupes de cette grossière manœuvre. Assez de fois nos soldats sont tombés dans les pièges allemands. Quand je suis allé en Lorraine, on m'a raconté qu'au col de la Ghipotte ils s'avançaient les bras en l'air et criant : « Kamerads! )> Et puis, soudain, se jetant de côtéf démasquaient des mitrailleuses qui massacraient nos frères trop confiants; on m'a dit encore, et Pouvourville en a fait un récit inoubliable, qu'ils ont bombardé une nuit Nancy, parce qu'on leur avait généreusement permis de ramasser leurs morts, et que leurs prétendues civières et fourgons funèbres contenaient des pièces d'artillerie. Écartons les pièges de ces fourbes.

Ces avances indirectes, cauteleuses, ces sapes de l'Allemagne font comprendre l'inconvénient qu'il y aurait aujourd'hui à ouvrir des discussions parle-

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mentaires. Il pourrait se trouver des individus pour avoir une opinioiv à la tribune sur ce qui ne peut être traité en public que par le gouvernement. C'est déjà bien assez dangereux qu'il y ait des couloirs où fermentent des centaines de forces inoccupées. Les meilleures activités, quand elles n'ont pas de direction, d'issue, et qu'elles tournent sur elles-mêmes, gênent, troublent, encombrent et même peuvent nuire. On ne sait que faire des deux personnels parlementaires ; ils se sont très bien conduits au 4 août ; on compte sur leur excellente tenue pour mardi; pour janvier, c'est l'inconnu. Les meilleurs disent qu'en janvier il faudra qu'ils parlent, qu'ils se sont sacrifiés assez longtemps, que c'est de leur dignité de rouvrir la tribune et, pis encore, que c'est constitutionnel.

La tribune ! Le problème serait d'y trouver un sujet de conversation. Si les hommes distingués qui composent la représentation nationale pouvaient laisser en dehors de leurs développements et, en quelque sorte, en dehors du jeu, l'armée et la diplomatie, la défense nationale serait déjà un peu mise à l'abri. Mais il y a les ambitions ministérielles! C'est terrible où elles peuvent mener ceux qu'elles tenaillent! Ouvrons l'œil, citoyens, et que personne ne vienne dans les couloirs nous apporter ses idées sur une meilleure conduite de la guerre ou sur un plus prompt règlement de la paix, que personne ne nous apporte un écho pacifiste des menteuses avances de l'Allemagne !

Silence aux intérêts individuels et de parti ! Continuons d'être nationaux, sans plus.

Il n'est plus permis qu'il y ait des « pacifistes ». L'abbé Wetterlé, qui a assisté aux congrès et à leurs réunions préparatoires de la paix en qualité de membre du Reichstag, nous a dit cent fois que « les pacifistes ne furent jamais, si on en excepte quelques naïfs égarés au milieu de criminels conscients (ce sont ses propres expressions), que les pionniers du germanisme. Les congrès de Berne et de Bâle n'avaient pas pour mission de prévenir la guerre, mais d'en régler les conditions de manière à ce que son issue fût plus favorable à l'Allemagne.. . Ce sont les mêmes criminels, dit-il encore, qui maintenant tentent le sauvetage de l'Allemagne . Si les troupes de Guillaume étaient entrées triomphalement à Paris, les pacifistes n'auraient pas plus bougé qu'ils ne le firent au mois 4'août quand la neutralité belge fut honteusement violée. Mais voilà le Rhin menacé... »

Espérons que nous ne verrons réapparaître chez aucun Français le bout de l'oreille de l'âne pacifiste. Les sacrifices consentis par la nation veulent pour récompense une paix de cent ans. Nous poursuivons le brisement de l'empire qui a déclaré la guerre à tout ce qui n'est pas germanisme. Ils sont venus chez nous pour rompre les os de notre nation. Allez voir ce qu'ils ont fait des pays oii leur flot a passé. J'ai vu Senlis, aperçu Reims, visité un coin de la Somme, les Vosges, la Lorraine. Les vaillants Belges pleurent au milieu de nous la Belgique qu'ils reconstruiront, et nos réfugiés français nous nomment des centaines de villages et de petites villes qu'il sera difficile de remettre debout et de rani-

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